GROUVELLE Laure

Née vers 1803 à Metz (Moselle) ; ardente républicaine en Lorraine dès la Restauration, membre de sociétés républicaines et éducatives ; compromise dans un complot, sombra dans la folie lors de son incarcération.

Laure Grouvelle était la fille du secrétaire général du Conseil exécutif provisoire après le 10 août 1792, mort en 1806 et la sœur de Philippe Grouvelle*, actif républicain. Sous la Restauration, elle habitait 20, place des Maréchaux, à Metz, et fréquentait les milieux républicains d’avant-garde autour d’Émile Bouchotte* et d’Auguste Dornès*. Venue à Paris peu après la Révolution de 1830, Laure Grouvelle se fit très vite remarquer par son dévouement comme infirmière bénévole dans les hôpitaux pendant l’épidémie de choléra de 1832, mais elle participa également à l’activité de sociétés de propagande démocratique et sociale et aux complots qu’elles pouvaient organiser. Elle fit ainsi partie de l’Association pour l’Instruction gratuite du peuple et de son comité désigné le 4 juin 1832, mais dissoute après l’échec de l’insurrection des 5 et 6 juin et reconstituée le 13 janvier 1833 sous le nom d’Association libre pour l’Éducation du peuple. Soupçonnée de complot, elle subit une perquisition de son domicile, le 27 juillet 1833.
Le 12 juillet 1835, Laure Grouvelle participa avec Armand Barbès* et Étienne Arago* à l’évasion de Sainte-Pélagie des vingt-huit détenus pour les événements d’avril 1834, pénétrant dans une maison contiguë, sous prétexte de la nécessité de rattacher une jarretelle, raison fragilisée par le retard pris lors de l’opération... qui cependant réussit.
En 1836, elle dut remettre aux familles les vêtements de Morey et Pépin qu’elle s’était procurés pour en faire des objets de culte. Quelques années plus tard, Laure Grouvelle fut compromise dans le projet d’attentat de Aloysius Huber* et Jacob Steuble* contre Louis-Philippe, découvert en décembre 1837, et elle fut condamnée en mai 1838 à cinq années de détention, au cours desquelles elle devint folle. Sa peine expirée, elle fut enfermée pour démence à l’hospice de Tours où se retrouvaient également en 1844 Auguste Blanqui*, Michel Dupoty* et Huber...
Les républicains de la monarchie de Juillet la considéraient comme une héroïne digne de l’Antique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article32061, notice GROUVELLE Laure , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 21 août 2018.

SOURCES : L’Intelligence, mai 1838. — Jean-François Rittiez, Histoire du règne de Louis-Philippe, Paris, V. Lecou, 1855, 3 vol.. — J.-J. Barbe, À travers le vieux Metz, les maisons historiques, 1913, p. 216-217. — H. Contamine, Metz et la Moselle, de 1814 à 1870, Nancy, 1932, t. I, p. 267. — G. Weill, Histoire du parti républicain en France (1814-1870), Paris, 1928, p. 59, 127. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993. — Muriel Toulotte, Étienne Arago (1802-1892). Une vie, un siècle. Perpignan, publications de l’Olivier, 1993. — Gazette des Tribunaux, 27 février 1836, p. 419, col. 2 et 3. ; 28 février, p. 423, col. 2 et 3. - - Notes de Jean Risacher.

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