GOUJON Jean, Marie, Claude

Né le 13 avril 1766 à Bourg (Ain), il se suicida d’un coup de couteau le 17 juin 1795 (29 prairial an III) pour ne pas être guillotiné. Conventionnel démocrate, ami de l’« égalité ». Le plus populaire sans doute des « martyrs de prairial ».

Goujon avait d’abord été marin et, au cours de ses voyages, il avait été indigné par le spectacle de l’esclavage des Noirs dans les colonies européennes. Au début de la Grande Révolution, il se fixa à Meudon (Seine-et-Oise), se mit à étudier, adhéra pleinement au mouvement révolutionnaire et devint, en 1791, administrateur du département de Seine-et-Oise. Élu suppléant à la Convention, le 17 septembre 1792, avant de siéger en remplacement de Hérault de Séchelles (26 germinal an II-15 avril 1794), il avait été ministre des Affaires étrangères du 5 au 8 avril (16 au 19 germinal).
La principale compétence de Goujon, acquise par lui depuis 1791, était une compétence en matière de subsistance. Il était au courant des difficultés alimentaires des simples citoyens.
La Convention le chargea d’abord de mission auprès des armées du Rhin et de la Moselle. Quand il revint à Paris après Thermidor, il entra dans cette lutte pied à pied des Crétois, c’est-à-dire des Montagnards fidèles, contre la « réaction thermidorienne », aux Jacobins et à la Convention, que menait une minorité d’hommes convaincus et résolus. Sans pour cela être ou avoir été robespierriste, comme l’aurait voulu Albert Mathiez.
Goujon, le 18 ventôse an III (8 mars 1795), fut néanmoins le seul à souligner le sens politique qu’avait le retour pur et simple à la Convention des Girondins jusqu’alors proscrits. Ses amis les plus proches ne voyaient ou ne désiraient voir là qu’une mesure réparatrice et humaine, quand, avec un Henry Larivière par exemple, cela signifiait que l’on réintroduisait le loup royaliste dans la bergerie.
Sensible à la misère populaire, à la différenciation accrue sur le plan alimentaire que le retour à la liberté économique, voulu par les thermidoriens, introduisait dans la nation, Goujon aurait mal auguré de l’issue pour lui et pour la cause populaire. On dit qu’il aurait demandé à son médecin de lui montrer l’emplacement exact du cœur, ajoutant : « Je me tuerai si l’égalité périt. »
Qu’entendait-il au juste par « égalité », au-delà de l’égalité politique, menacée par les projets des thermidoriens, moins toutefois que le droit à la vie et à une vie de dignité pour les classes populaires ?
L’état d’esprit de Goujon était certainement, au début de 1795, à peu près celui qui apparaît dans les Mémoires de Levasseur, de la Sarthe, où, postérieurement à 1840, Karl Marx puisera une partie de ses connaissances sur les hommes et les choses de la Grande Révolution. Ainsi, volontiers, reconnaîtrait-on Goujon dans ce passage : « Mes amis de la Montagne et moi nous étions plongés dans la plus vive anxiété, sans relations avec les mouvements qui se renouvelaient sans cesse ; nous comprenions qu’il y avait sympathie entre le peuple et nous. La cause pour laquelle il entreprenait ces promenades armées dans les rues de la capitale était celle que nous défendions tous les jours à la tribune [...] Dans nos réunions particulières, nous cherchions à prévoir les événements et nous nous demandions quand et comment il nous faudrait y prendre part. [...] Nous résolûmes d’attendre les événements et de prendre parti pour le peuple où il nous présenterait quelques chances de réussite. » (Mémoires de Levasseur, t. IV, p. 208)
La journée du 12 germinal an III (1er avril 1795) ne fut pas choisie. Mal engagée, elle n’aboutit d’ailleurs qu’à l’incarcération des survivants montagnards du grand Comité de Salut public.
L’envahissement de la Convention par la foule, le Ier prairial (20 mai), qui sembla dans la soirée tourner à la victoire populaire, était au contraire ce que l’on pouvait désirer de plus prometteur.
Goujon, pour sa part, s’employa à faire désigner le nouveau pouvoir, une commission de quatre conventionnels, Duquesnoy, Prieur de la Marne, Bourbotte et Duroy, chargés de faire appliquer la série de mesures, dont les premières avaient été proposées par Romme, et qui tendaient à créer une nouvelle alliance entre la bourgeoisie montagnarde, ou plutôt entre ce qui subsistait de bourgeoisie montagnarde, et les classes laborieuses affamées.
Goujon partagea le sort de ses collègues les plus compromis, fut incarcéré à Morlaix, dans la baie, au fort du Taureau, qui devait être aussi la prison de Blanqui en 1871. Ramené à Paris pour y être condamné à mort, il réussit son suicide.
La « complainte de Goujon » entretint le souvenir de l’homme qui avait dit avant de se frapper à mort : « Je meurs pour la cause du peuple et de l’égalité. » Les babouvistes, puis les jacobins du Club du Manège (en 1799) honorèrent sa mémoire. Elle était encore chère aux fidèles de la révolution égalitaire quand parurent vers 1830 les livres qui dévoilèrent à ceux qui n’avaient pas bénéficié de la tradition orale ses traits énergiques autant que juvéniles.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article31870, notice GOUJON Jean, Marie, Claude , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : R. Guyot et F. Thénard, Le Conventionnel Goujon, Paris, 1906. — A. Kuscinski, Dictionnaire des Conventionnels. — Alessandro Galante-Garrone, Gilbert Romme. Storia di un Rivoluzionario, Turin, 1959.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément