DESOBLIN Augustin

Par Yves Le Maner

Né le 26 juillet 1873 à Beaudignies (Nord), mort le 9 juin 1956 à Aulnoye (Nord) ; employé de chemin de fer ; syndicaliste, militant socialiste puis communiste, coopérateur du Nord, secrétaire général de l’Union des syndicats de cheminots du Réseau Nord, CGT puis CGTU ; député du Nord (1924-1932).

Fils d’un jardinier, Augustin Desoblin entra comme manœuvre à la compagnie des chemins de fer du Nord en 1897 et devint quelques années plus tard mécanicien au dépôt d’Aulnoye (Nord). Il fut l’animateur de la grève du dépôt d’Aulnoye lors du grand mouvement des cheminots de 1910 ce qui entraîna son licenciement ; il fut alors jusqu’à la guerre représentant de commerce en vins et en ciment et agent d’assurances à Aigneries (Nord). Membre du Parti socialiste SFIO depuis 1910, il appartint au groupe de militants qui créèrent le journal Le Réveil Ouvrier à la veille du premier conflit mondial ; il fonda également plusieurs coopératives ouvrières dont « L’Émancipation » d’Aulnoye dont il fut pendant quelques années président chargé de pouvoir. Choisi par le congrès des sections socialistes de l’arrondissement comme candidat aux élections législatives de 1914 dans la 3e circonscription d’Avesnes, il fut devancé par le radical Daniel Vincent.

Mobilisé en août 1914 comme ouvrier métallurgiste dans une usine d’armement de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), Desoblin fut réintégré par la Compagnie du Nord le 1er juillet 1916 et affecté au dépôt de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime). Quelques mois plus tard, il reconstituait le syndicat des cheminots de Rouen-Nord dont il assura le secrétariat de 1917 à 1919 ; il fut nommé à la même époque au poste de secrétaire général de l’Union des syndicats CGT du Réseau Nord. Placé en congé en raison de son accession à la commission paritaire de la Compagnie en 1919, il intensifia son action de propagande, se plaçant nettement dans la fraction « révolutionnaire » de la CGT. Maintenu dans ses fonctions à la tête de l’Union du Réseau Nord, il fut à ce titre l’un des principaux organisateurs de la grève des cheminots de 1920 au dépôt d’Aulnoye où il avait reprit la tête de la section syndicale dès mars 1919. Élu conseiller municipal de cette localité en mai 1919, il continua de mener de front action syndicale et action politique. Candidat sur la liste SFIO du Nord aux législatives de novembre 1919, il arriva en deuxième position avec 151 121 voix (sur 374 022 suffrages exprimés) ce qui fut insuffisant, la liste socialiste n’ayant enlevé que neuf sièges.

Rallié au Parti communiste lors de la scission de décembre 1920, Augustin Desoblin en fut le candidat aux cantonales de 1921 (pour le conseil général) et de 1922 (renouvellement du conseil d’arrondissement) dans le canton de Berlaimont ; il fut à deux reprises devancé par le candidat du Bloc national. Toujours en 1922, il entraîna le syndicat des cheminots d’Aulnoye dans l’adhésion à la CGTU ; secrétaire général de l’Union des syndicats unitaires du réseau Nord pendant quelques mois, il se contenta ensuite d’un poste à la commission exécutive de l’organisation. Il siéga également à la commission administrative de la Fédération CGTU des Transports jusqu’en 1924, date à laquelle il abandonna ses fonctions syndicales pour se consacrer entièrement à son mandat de député. En effet, placé en deuxième position derrière Delourme sur la liste du BOP, Desoblin avait été élu député du Nord au quotient avec 65 239 suffrages sur 451 028 votants lors des législatives générales de mai 1924. Membre du groupe communiste à l’Assemblée (le PC avait obtenu quatorze sièges), il fit partie de la commission des Douanes et de celle des Travaux publics et des voies de communication ; orateur brillant, il intervint fréquemment à la tribune, notamment lors des débats budgétaires et des discussions houleuses suscitées par le problème des réparations de guerre dans les régions sinistrées.

Augustin Desoblin fut également à l’origine de trois propositions de loi relatives aux conditions de travail et aux retraites des cheminots et des ouvriers mineurs. Enfin, il rapporta la proposition de loi Baron visant à la création de délégués ouvriers à la sécurité dans les chemins de fer (1928).

Pendant la première législature qu’il accomplit au Parlement (1924-1928), il semblerait que Desoblin ait été l’un des délégués du PCF auprès de l’Internationale communiste.

À nouveau battu aux cantonales de 1928 pour l’accès au conseil général, il fut par contre reconduit dans ses fonctions de député à l’issue des législatives générales qui eurent lieu en avril de la même année et qui furent marquées par le retour du scrutin uninominal. Candidat dans la 2e circonscription d’Avesnes, Desoblin n’arriva qu’en troisième position au premier tour avec 5 033 voix derrière le républicain Goblet et le centriste Riche. Mais, il bénéficia du refus de Riche de se désister au profit du candidat de droite et obtint le report des voix de Forest (SFIO) et de Sarot (USC) ; il sortit finalement vainqueur de cette élection triangulaire avec 8 081 suffrages contre 6 987 à Goblet et 5 424 à Riche. Enfin, faisant acte de candidature pour la troisième fois au cours de l’année 1928, il réintégra le conseil municipal d’Aulnoye (d’où l’avait chassé la consultation de 1925) à l’occasion d’une élection partielle. Au cours de sa seconde législature à l’Assemblée (1928-1932), Desoblin participa aux travaux de la commission des Mines, de la commission des Régions libérées et de celles des Pensions, de la Marine marchande et enfin des Travaux publics.

Mais, en 1931, de sévères tiraillements commencèrent à opposer Augustin Desoblin à la direction du PC alors que cette dernière tentait de reprendre en main la région Nord secouée par une série d’exclusions de ses dirigeants des premières heures (Lauridan, Porreye, etc.). Déjà, à la fin de l’année 1925, le dirigeant des cheminots unitaires du Nord avait été l’un des signataires de la Lettre au Comité exécutif de l’Internationale communiste, dite Lettre des 250, qui critiquait le régime autoritaire du Parti et les conceptions politiques de sa direction. Cependant, les heurts de 1931 prirent une tournure beaucoup plus personnelle. À l’occasion du renouvellement du conseil d’arrondissement, la direction régionale décida d’imposer la candidature de Stievenard dans le canton de Berlaimont ; au second tour le PC fit machine arrière et soutint la candidature de Desoblin qui s’était présenté à titre individuel. Cette réconciliation fut de courte durée. En effet, de sérieux accrochages se produisirent bientôt au sein du groupe parlementaire entre l’intéressé et plusieurs dirigeants nationaux dont Doriot* et Cachin*. La rupture définitive survint à la fin de l’année 1931 lorsque Desoblin décida de s’abstenir à l’occasion du vote par la Chambre des députés de la loi Dumat sur le contingentement de la main-d’œuvre étrangère, alors que la direction du PC avait demandé un vote négatif à ses élus. Convoqué devant le Comité central, il justifia sa prise de position par le refus d’adopter « ... une attitude contraire à la raison et à sa conscience. » Le 24 décembre, Desoblin faisait l’objet (en compagnie de Doeblé*) d’un blâme public émanant du Bureau politique dont les Cahiers du Bolchevisme publièrent le texte le 15 janvier 1932 : « Le Bureau politique considère... [l’attitude de Desoblin] comme une capitulation opportuniste devant l’ennemi capitaliste et son soutien, le Parti socialiste. » La dernière partie de cette phrase contient très certainement le véritable motif de l’exclusion de Desoblin qui fut prononcée le 14 mars 1932 lors du VIIe congrès du PCF. L’intéressé avait en effet dénoncé à plusieurs reprises la tactique « classe contre classe » et ses effets souvent désastreux au niveau électoral et il était allé jusqu’à demander en public une alliance avec la SFIO en vue des élections législatives de 1932. Après avoir envoyé le 31 mars 1932 une lettre de démission suite à son exclusion, Desoblin fit acte de candidature aux législatives dans la 3e circonscription d’Avesnes sous les couleurs de l’Union socialiste-communiste dont O. Sarot* était alors l’un des leaders pour le Nord. N’ayant obtenu que 876 voix sur 14 018 votants au premier tour, il se désista en faveur du radical-socialiste Lacourt, mettant ainsi un terme à sa participation aux élections législatives.

Augustin Desoblin s’attacha alors à développer le Parti d’Unité prolétarienne aux côtés d’Oscar Sarot. Il participa au Ier congrès régional du PUP en 1933 et, l’année suivante, il entra au bureau régional comme délégué à la propagande – voir Marcel Gruson* –, fonction qu’il conserva jusqu’à la fusion avec la SFIO en 1936. Secrétaire de la section d’Aulnoye, il participa à plusieurs congrès fédéraux et nationaux du PUP et en fut le candidat, sans succès, aux cantonales de 1934 (canton de Berlaimont) et aux municipales de 1935 à Aulnoye. Il était membre du comité central du PUP en 1934. Après avoir participé au mouvement du Front populaire, A. Desoblin mit fin à son action politique. Retraité à Aulnoye, il y mourut le 9 juin 1956 à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

Marié, Augustin Desoblin était père de deux enfants

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article3184, notice DESOBLIN Augustin par Yves Le Maner, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 30 novembre 2008.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13091. — Arch. Dép. Nord, M 35/8, M 37/74, M 37/75, M 37/76 B (avec photographie), M 37/80 et M 154/204. — Arch. Dép. Seine-Maritime, 10 M. P. 1333 et série R non classée. — Cahiers du Bolchevisme, 15 janvier 1932. — L’Unité, 3 novembre 1934. — M.-F. Talon, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1974, op. cit. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires, op. cit.

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