GERVAIS François, Guillaume, dit Gervais de Caen

Par Jean Risacher

Né le 6 mars 1803 à Caen (Calvados), mort le 3 décembre 1867 à Paris. Médecin. Ardent républicain sous la monarchie de Juillet.

Médecin en 1827, décoré de Juillet, membre de la Société des Amis du Peuple, apparemment assez agressif, il fut inculpé dans tous les procès de la Société. Lors d’une saisie par la police des publications de la Société, chez l’imprimeur Mie, il se rebella et fut arrêté le 31 août 1831 pour rébellion, attaque à main armée d’un commissaire de police, incitation à la haine et au mépris du gouvernement. Le jury d’assises l’acquitta le 29 octobre. Demeurant 36, rue de la Verrerie (VIIe arr., maintenant IVa), il comparut au procès des Quinze pour délit de presse, avec Blanqui*, Raspail* et les autres, fut acquitté de l’accusation principale, mais condamné à l’issue du procès, à six mois de prison pour outrages à fonctionnaires publics lors du procès, le 12 janvier 1833, Incarcéré le 6 avril 1833 à Sainte-Pélagie, il en sortit le 2 octobre 1833, peine expirée. Membre de la Société des Droits de l’Homme, il fut arrêté dès le 12 avril 1834 dans les locaux de La Tribune, écroué le 15 avril à Sainte-Pélagie pour complot, mais libéré le 11 juillet sur ordonnance de non-lieu de la Cour des pairs. Par contre, il fut condamné le 12 juin 1834 par la cour royale pour diffamation envers le préfet de police et ses agents à 2 mois prison et 500 F d’amende, incarcéré le 2 août 1834 à Sainte-Pélagie, libéré le 30 septembre 1834, bien qu’ayant été l’un des animateurs de la révolte des prisonniers politiques à Sainte-Pélagie du 28 septembre 1834. Il fut une nouvelle fois condamné pour outrage à magistrat le 4 avril 1835 par la cour royale à 1 mois (du 13 avril au 12 mai), ce qui ne l’empêcha pas de rejoindre les défenseurs des accusés d’avril, Au procès des défenseurs, à la Chambre des pairs, alors que la plupart des « appelés » disaient ne pas avoir rédigé ni signé l’adresse, il entama une longue polémique avec le chancelier Pasquier sur les problèmes de procédure dans lesquels ce dernier fut rapidement dépassé. Il conclut : « je répondrai pour ma dignité personnelle parce que je ne reconnais à personne le droit de me dominer... et qu’il a été cru que la chambre voulait faire perdre aux appelés leur crédit dans le pays. » Il fut condamné pour cela, par jugement du 4 juin 1835, à 1 mois d’emprisonnement, à Sainte-Pélagie (21 juin-20 juillet), et 2 000 F d’amende. Il devint par la suite industriel, administrateur des mines de la Loire, préfet de police du 14 octobre au 20 décembre 1848 – son secrétaire général étant Robert Richard O’Reilly* - et directeur de l’École de commerce après Adolphe Blanqui.

Par courrier du 23 septembre 1861, son successeur à la Préfecture de Police donnait au ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics un avis favorable à la promotion de Gervais au grade de chevalier de la légion d’honneur. Il écrivait : … « M. Gervais (de Caen) a été, sous le règne du Roi Louis Philippe, l’un des fervents adeptes de la démocratie et, de 1831 à 1835, il a subi quatre condamnations pour diffamation et outrages envers des magistrats, savoir :
1° 6 mois de prison, cour d’appel de Paris, le 12 janvier 1832, pour outrages à des magistrats ;
2° 2 mois de prison, assises de la Seine, le 12 juin 1834, pour diffamation envers le Préfet de Police ;
3° 1 mois de prison, jugement de Paris, le 4 avril 1835, pour outrages à un magistrat ;
4° 1 mois de prison, chambre des Pairs, le 4 juin 1835, pour offenses envers la Cour.
Appelé peu de temps après la Révolution de Février aux fonctions de Préfet de Police, Mr Gervais (de Caen) paraît depuis cette époque, avoir modifié ses opinions et s’être rallié à la cause de l’ordre. Il a fait, il y a quelques années, partie d’une commission d’inspection en Algérie sous le ministère du Prince Napoléon auquel on le dit entièrement dévoué. Depuis la mort de Mr Blanqui, Mr Gervais (de Caen) dirige l’Ecole Supérieure de Commerce ; il est dans une belle position de fortune et on le représente favorablement sous le rapport de la conduite et de la moralité… ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article31632, notice GERVAIS François, Guillaume, dit Gervais de Caen par Jean Risacher , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 21 avril 2016.

Par Jean Risacher

SOURCES : Arch. Nat., F12 5154 (notes de Pierre Baudrier). — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou D Y 8 7 n° 796 ; D Y 8 7 n° 1133 ; D Y 8 8 n° 1500 ; D Y 8 8 n ° 1799 ; D Y 8 8 n° 1914. — Gazette des Tribunaux, 1-3 juin 1835. — Cour des pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983, CC 590 d 1 n° 1 ; 596 d 1 n° 1. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993.

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