FAURE Philippe

Né le 14 décembre 1823 à Châlons-sur-Marne, mort le 13 janvier 1856, en exil, à Jersey. Journaliste socialiste. Directeur du Bonhomme manceau, du 19 octobre 1849 au 30 mars 1850.

Sa famille était originaire de Saint-Gaudens et son père, sous-intendant-militaire, avait reçu la Légion d’honneur et la croix de Saint-Louis. Il devint très tôt orphelin de père et fut élevé par sa mère. À six ans, il lisait déjà le latin couramment et comprenait assez de grec pour se passionner au récit des aventures d’Ulysse. Très jeune, grâce à sa mère, il entra en contact avec Béranger*, Lamennais*, Marrast* (lui aussi originaire de Saint-Gaudens).
Il s’associa aux propagateurs de la « Société d’Enseignement » fondée par les disciples de Jacotot, puis, à l’âge de dix-neuf ans, il entreprit un voyage en Algérie dont il publia un compte rendu dans la Revue sociale, éditée à Boussac par Pierre Leroux*. Philippe Faure resta toujours intimement lié à Pierre Leroux. Du 27 avril 1847 au 29 février 1848, il publia 22 lettres dans le journal de Leroux, L’Éclaireur du Centre. Il fréquentait, en outre, Jean Reynaud*, Luc Desages*, Louis Blanc, et Gustave Sandré.
Il affichait des opinions socialistes mais, à la veille de la révolution de 1848, tout comme Pierre Leroux, il aurait voulu temporiser. L’heure ne lui semblait pas propice pour proclamer la République dans un pays où les premiers germes de l’idée socialiste commençaient à peine à percer. Après avoir consulté Lamennais, il se décida à combattre sur les barricades de Février. Dans son testament, rédigé le 22, il affirmait son appartenance à la religion catholique. Dès le 29 février, dans sa dernière lettre à L’Éclaireur du Centre, il disait déjà sa déception : « L’ordre se rétablit peu à peu, les ouvriers s’assemblent, les clubs se rouvrent, l’agitation se calme... J’espère, je compte sur l’intelligence du peuple pour laisser le temps au gouvernement de satisfaire à ses réclamations et pour faire justice des honteuses excitations d’hommes qui n’ont pas osé paraître pendant le combat. En attendant, beaucoup se jettent à la curée des emplois ; c’est dégoûtant, et les vils laquais de l’ancien régime prennent la livrée républicaine avec un empressement repoussant. »
Lamennais accueillit Faure à bras ouverts à la rédaction du Peuple constituant. Quand ce journal sombra (« Silence aux pauvres ! »), Proudhon enrôla Faure dans l’équipe du Représentant du Peuple, puis du Peuple. Quand ce dernier eut succombé sous les amendes et les emprisonnements de ses rédacteurs, Faure défendit dans La Voix du Peuple la liberté de la presse, la liberté de réunion et d’association, la Pologne, la République romaine, la Hongrie. Il se mêla ardemment aux luttes électorales du « Comité socialiste de la Seine », à la direction duquel il appartenait.
Devant les mesures cœrcitives qui frappaient la presse de province, les républicains de la Sarthe avaient décidé de s’unir à ceux de Maine-et-Loire pour faire paraître, en commun, un organe susceptible de rassembler toutes les nuances de l’opinion républicaine. Madier de Montjau leur conseilla d’en confier la direction à Faure, à qui la disparition du Peuple laissait des loisirs. La difficulté était de faire accepter par les républicains modérés un ancien collaborateur de Pierre Leroux et de Proudhon. En raison du caractère conciliant de Philippe Faure, il n’y eut pas de heurt au début : « Le Bonhomme manceau (c’était le nom du journal) que l’on renflouait, restera ce qu’il était : fidèle défenseur des institutions républicaines, champion de l’égalité, apôtre de l’union des sectes, des classes, des partis... C’est pourquoi Le Bonhomme manceau a pour principe la souveraineté du peuple ; il combattra de toutes ses forces l’influence cléricale, l’arbitraire gouvernemental, l’exploitation capitaliste. »
Dans le premier numéro de sa nouvelle série Le Bonhomme manceau inséra de vives attaques contre le cléricalisme qui plurent à tout le monde. Puis éclata la grève des mineurs de Sablé, qui réclamaient une augmentation de salaires. Faure s’efforça de démontrer que la justice et le bon droit étaient du côté des travailleurs : « Une question de salaire est une question économique et non politique ; qu’ils soient républicains ou royalistes, les ouvriers n’en sont pas moins tous atteints dans leur existence, dès qu’il s’agit de toucher au salaire qu’ils reçoivent en rémunération de leur labeur ; et tous, sans exception de parti, discutent et débattent leurs intérêts avec les capitalistes pour lesquels ils travaillent [...] la République réalisera les progrès réclamés par la justice et marchera à l’abolition du prolétariat, à l’extinction du paupérisme. »
Grâce à l’action de Faure, l’opinion publique se rangea en majorité du côté des grévistes qui ne furent condamnés qu’à cinq ou quinze jours de prison. Toutefois, cette campagne de Faure amena une rupture entre socialistes et républicains modérés. Le 13 février 1851, parut Jacques Bonhomme, organe des modérés. À la fin de 1850, en quelques jours, Le Bonhomme manceau avait été condamné trois fois par le tribunal correctionnel d’Angers. Le montant des amendes était de 4.100 francs et son gérant avait eu, en outre, un mois de prison. Le dernier numéro parut le 28 novembre 1851. Faure dut s’exiler au moment du coup d’État.
Il vécut d’abord à Londres, où il fréquenta l’« Union socialiste ». Puis, à Jersey, près de Victor Hugo, qui le mit en relations avec Cobden. Revenu à Londres il donna des leçons de français. De nouveau à Jersey, il apprit le métier de typographe, travailla pour L’Homme de Ribeyrolles, ou d’accord avec Pierre Leroux.
La notification de sa grâce, publiée par le Moniteur du 4 février 1856, ne lui était pas parvenue lorsqu’il mourut, dans sa trente-troisième année. Voir Gallois Napoléon*, Leroux Pierre*, Sand George*, Silly Jean*

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article30808, notice FAURE Philippe, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 29 mars 2019.

ŒUVRES : Auguste Desmoulins, gendre de Pierre Leroux, a publié en 1860, à Jersey, les correspondances envoyées en 1848 à L’Éclaireur du Centre, sous le titre Journal d’un combattant de Février.

SOURCES : Jules Clarétie, « La vie à Paris », Le Temps, 4 août 1883. — Léon Guyon, « Un journaliste de 1848 : Philippe Faure », La Révolution de 1848, n° 17 (nov.-déc. 1906), et n° 18 (janv.-févr. 1907). — Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, Paris, 1961.

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