EMMANUEL Charles

Par Philippe Régnier

Né à Paris en 1810. Astronome autodidacte. Saint-simonien de la mouvance de Pierre Leroux*.

Emmanuel ne paraît pas avoir été un adepte très actif ni très influent, bien qu’il fût personnellement connu d’Enfantin* et que sa fréquentation des réunions de la rue Monsigny, à Paris, demeurât en mémoire de Charles Lambert*. Il a cependant laissé, parmi les « professions de foi » adressées à Enfantin, un important manuscrit sur « la loi de l’individu ", datable de 1831 et marqué par la lecture de Fourier*. Tirant les leçons de la crise du « socialisme pur » qu’auraient, selon lui, pratiqué les saint-simoniens, il y appelait à concilier le respect des personnalités individuelles avec le souci du collectif, sans pour autant renier ce souci fondamental. Après avoir collaboré à la Revue encyclopédique sous la direction de Carnot* et de Leroux*, Emmanuel travailla en 1836 à la rédaction du Moniteur ottoman (publié à Istanbul), pendant un congé du rédacteur titulaire. Il aurait, selon ses propres dires, fait ses débuts d’orateur public en 1848, au club de la Sorbonne. Emprisonné après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Emmanuel publia sous le Second Empire toute une série de brochures d’astronomie. Il y contestait le calcul généralement admis de la durée de la rotation terrestre, assurait que celle-ci s’effectuait d’est en ouest, contrairement à l’opinion reçue, et soutenait que le mouvement des planètes n’était pas dû à une impulsion initiale primitive (le « coup de pied newtonien »), mais à une action motrice du soleil. Sa polémique avec l’Académie, engagée depuis les rapports très négatifs établis sur ses thèses par Liouville et Babinet en 1850, dura jusqu’en 1865 au moins, avec l’appui de plusieurs journalistes (Victor Meunier, Clément Caraguel, Louis Jourdan, Taxile Delord, etc.) et de quelques journaux (dont La Presse et Le Siècle). S’intitulant « président de la société pour l’avancement de l’astronomie ", Emmanuel fut chargé par la " Société Polytechnique » de faire des cours d’astronomie populaire aux ouvriers du XIE arrondissement de Paris. En 1872, fort du succès scientifique qu’il prétendait avoir remporté dans ce domaine (dont on sait l’importance philosophique décisive à l’époque), il se proposait, fidèle à ses idées de jeunesse, de démontrer mathématiquement que « la force vitale d’une société quelconque est proportionnelle au nombre de ceux de ses membres qui participent à tous les bienfaits de l’association, moins 1 fois + x le nombre de ceux qui sont exclus ». Quitte à encourir la périlleuse accusation de « vouloir relever le drapeau du Socialisme », il prônait une « science sociologique qui respecte également les droits inaliénables de l’individu et de la société ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article30635, notice EMMANUEL Charles par Philippe Régnier, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Philippe Régnier

œUVRE : Astronomie nouvelle ou erreur des astronomes, 2e éd., Paris, Librairie nouvelle, 1853. — Parmi ses œuvres consultées à la Bibl. Nat. : Conférences astronomiques, Paris, Librairie centrale des sciences, 1860. — La Canaillerie scientifique. Lettre à M. Le Verrier, Paris, chez l’auteur, 1865. — Lettre à M. Thiers sur la suppression de l’impôt, Paris, A. Le Chevalier, nov. 1872, en part. p. 44-46.

SOURCES : Bibl. Arsenal, Fonds Enfantin, mss. 7730/48 et 7794/43-44. — J. Balteau, M. Barroux, M. Prévost, R. d’Aman, T. de Morembert, Dictionnaire de Biographie française, Paris, Letouzey, 1933 sq.

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