ÉLIE Charles, Étienne

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

Né vers 1817 à Paris. Garçon marchand de vins, sommelier, commis d’une fabrique de produits chimiques, puis comptable. Républicain, membre de sociétés secrètes et militant révolutionnaire. Quarante-huitard

En 1831 il aurait combattu en Pologne avec la division auxiliaire française sous le commandement de Werkowick (à 14 ans ?).,
Demeurant à Romainville, île de Calypso, puis 17, rue Contesse-d’Artois (?), il était garçon marchand de vin, sans doute rue de la Ferronnerie (IVe arr., maintenant Ier, puis acheta un fonds, rue de Bussy (Buci, Xe arr., maintenant VIe ?), qu’il dût abandonner rapidement, séjourna ensuite à l’hospice à cause d’une blessure. il fut arrêté deux fois pour vol en mai et juillet 1834 et condamné à 6 mois le 13 août 1834 et incarcéré à Bicêtre le 5 septembre. Sans doute membre de la société des Familles, il fut condamné deux fois pour rébellion et violences à agent, en 1835 et 1837.
Officiellement célibataire et sommelier ou marchand de vin, il vivait depuis 1838 environ avec Marguerite Toussaint, fille publique, et demeurait rue de la Vannerie, n°37 (VIIe arr., maintenant av. Victoria, Ier). Membre de la Société des Saisons, il participa aux journées insurrectionnelles de mai 1839 et fut accusé d’avoir tiré sur la troupe. Il ne fut cependant arrêté que le 7 novembre 1839. On saisit dans sa cellule un mot de soutien à sa compagne également arrêtée, mais qui ne semble pas avoir été poursuivie, manque de dossier, ainsi qu’un billet à la gloire des républicains.
Il fut condamné par la Cour des pairs au procès de la 2e catégorie des accusés, le 31 janvier 1840, à 15 ans de détention et envoyé à Doullens où il entra dans la nuit du 3 au 4 février 1840. Il y fut considéré comme un « homme froid, sévère, parlant peu et en même temps doux et bon. Menacé d’anévrisme, il vit sobrement et prend une part bien légère aux amusements de ses camarades ; il a du chagrin de sa position » (17 mai 1840). Le directeur de Doullens et le préfet demandèrent sa grâce car « c’est un homme dont les passions étaient vives et l’exaltation grande. Sa santé débile a tout calmé (il est menacé de perdre la vue). Il cherche à se séparer de ses camarades, sans avoir la force de leur dire qu’il renonce à compter parmi les républicains. Je le crois maintenant sans danger ». Il fit partie des 17 évadés du 13 septembre, ce qui lui coûta 3 mois de plus, le 1er octobre 1840, par le tribunal correctionnel de Doullens. Signataire de la pétition Lombard* du 10 octobre. Transféré au Mont-Saint-Michel (Manche) où il entra le 26 mars 1841, il participa tout de suite aux manifestations de protestation des détenus et subit les terribles répressions. Il fit partie des amis de Barbès* qui, disposant de moyens financiers importants, jouissait d’une grande influence sur les détenus. Bien que soumis au régime cellulaire, il semble avoir disposé de suffisamment de loisirs pour faire la connaissance de la fille d’un homme à tout faire devenu geôlier, parce que bon « assomeur » des récalcitrants, Anne Marie Navet, « jeune pêcheuse du Mont... ». Avec l’appui du pouvoir qui donna très vite son autorisation, ils se marièrent les 12 (civilement) et 14 février 1844 (religieusement). Il devint aussi l’ami de Martin Bernard*. Ce mariage facilita les contacts des prisonniers avec l’extérieur, rendus difficile depuis de départ de la mère d’Auguste Blanqui*, malgré la présence de la femme de Delsade*. Il fut libéré par la remise de peine du 10 octobre 1844.
Il entra, en 1848, au service de son ami Caussidière comme capitaine adjudant-major de la garde républicaine, commandant la compagnie des Montagnards, du 24 février au 17 mai, date à laquelle il fut licencié.
Le 23 juin, on le trouve dans un café, place Dauphine, avec vingt-quatre anciens officiers de la garde républicaine, qui envoyèrent en délégation quatre des leurs pour offrir « leurs services » à la Commission exécutive, laquelle les refusa. Ils furent tous arrêtés, mais lui fut libéré le lendemain. Reconnu pour avoir combattu à la barricade du Petit-Pont, il fut de nouveau arrêté le 25. Objet de deux décisions, l’une de transportation par contumace, l’autre de libération (en septembre 1848), il reprit la vie de conspirateur traqué, changeant d’état deux ou trois fois par an et déménageant furtivement. Au début de 1851, il était écrivain public à la Chapelle. On l’arrêta le 24 janvier à la barrière Pigalle avec les chefs de l’Union des Communes.
En décembre, il était sur les barricades de la barrière Saint-Denis, des rues Saint-Martin et Bourg-l’Abbé et du boulevard du Temple. Condamné à « Algérie plus », sans avoir été interrogé, il fut transporté.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article30626, notice ÉLIE Charles, Étienne par Notice revue et complétée par J. Risacher , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

SOURCES : Arch. Nat. CC 728. — Arch. Min. Guerre, A 12030 et B 851. — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY4/22-5463, DY4/23-6102, DY4/48-6023. — Arch. Dép. Somme, série Yb 15. — Cour des pairs. Procès politiques, 1835-1848, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1984, CC 728 n° 178. — Edmond L’Hommedé, Le Mont-Saint-Michel, prison politique sous la monarchie de Juillet, Paris, Boivin et Cie, 1932, 195 p. — C. Latta, Un républicain méconnu, Martin Bernard, 1808-1883, Saint-Étienne, Centre d’Études foréziennes, 1980. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993. — Note de P.-J. Derainne.

Version imprimable Signaler un complément