DUSSOUBS Marcellin [DUSSOUBS-GASTON Martial, dit Marcellin]

Par Jean Maitron, Jean Risacher

Né à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne) le 8 juin 1815, mort le 26 novembre 1856 à Moissannes (Haute-Vienne). Avoué. Député montagnard en 1849.

Fils de Jacques Dussoubs, boulanger, et de Marie-Thérèse Gaston, Marcellin put faire ses études grâce à l’aide de son oncle maternel, Denis Gaston qui, après avoir fait fortune à La Nouvelle-Orléans, était rentré en France après trente ans d’absence et avait acquis le château du Repaire, à Moissannes près Saint-Léonard et dont il rajouta son nom au sien. Marcellin étudia d’abord au collège de La Jonchère (Haute-Vienne), puis au collège royal de Limoges, enfin à la Faculté de médecine de Paris.
Dans la capitale, il fréquenta les milieux républicains et fit successivement partie de diverses sociétés secrètes : Société des Droits de l’Homme, Société des Familles, Société des Saisons.
Demeurant 7, rue Pierre-Sarrazin (XIe arr., maintenant VIe), il fut écroué deux fois de suite à La Force pour association illicite et complot, du 30 avril au 14 mai et du 30 juin (5 jours après l’attentat d’Alibaud) au 7 juillet 1836. A cette occasion un dossier fut constitué contre lui comme « individu qui a tenu des propos séditieux ». Il fut cité à témoin à décharge par Blanqui lors de l’audience du 3 août 1836 du procès des poudres, pour tenter de confondre le délateur Lucas. Il comparut en 1838 devant plusieurs tribunaux pour des affaires liées aux fabrications de poudre, avec Raban*, Raisant*, etc. Le 19 septembre 1838, le tribunal de première instance du département de la Seine le renvoya pour fabrication de poudre en correctionnelle qui le condamna à 18 mois de prison le 17 octobre 1838. Il fut incarcéré au Mont-Saint-Michel du 19 janvier au 24 mai 1839, puis à Doullens le 3 juin 1839 où il ne cesse de provoquer des désordres avec des chants perpétuels, ou des cris comme « La République ou la mort » avec Raisant*, Raban*, Annat*, Lardon*, signalés dès la mi-juillet. Il écrivit à son frère Denis Dussoubs* le 12 août 1839. Se plaignant d’être malade le 1er octobre, il reprit avec les autres ses chants dès le 5 octobre, cherchant, d’après le directeur de la prison, à passer de nouveau en jugement pour dénoncer la conduite scandaleuse du gouvernement. Le 24 octobre, il continue avec les mêmes, moins Raban, et en plus Bruys*, Giraud* et Bezenac*. Mis au cachot le 6 février 1840 pour injure au directeur en continuant à chanter, il en sortit sans avoir cédé le 16 février. Tout resta calme une quinzaine et, le 7 mars 1840, il participait à une manifestation collective de chants séditieux, pour être enfin libéré de Doullens, le 9 avril 1840, en partance pour Moissanne (Haute-Vienne). Accompagné par un sieur Bianchi et un certain Vexiot, il passa par Paris
Après avoir purgé sa peine, il changea de faculté et termina ses études à Poitiers. Il étudia alors non plus la médecine, mais le droit. Il était un des plus ardents des étudiants en droit républicains de Poitiers, un des plus écoutés aussi en raison de ses relations avec les écrivains et les hommes politiques connus. Il participa aux manifestations républicaines d’étudiants dont la plus célèbre, a raconté Talandier, fut le banquet du 14 juillet 1842 où l’on exalta la République avec une ardeur encore accrue lorsque, dans la soirée, parvint la nouvelle de la mort du duc d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe. Les autorités s’abstinrent de poursuivre les délinquants, éloignés de la faculté quelques jours plus tard, après leurs examens.
Ses études de droit terminées, Marcellin Dussoubs acheta à Limoges une charge d’avoué. Il fit le pèlerinage de Boussac, se lia avec Pierre Leroux dont il devint le disciple. Le 2 janvier 1848, portant un toast au banquet organisé à Limoges en l’honneur de Pierre Leroux, Marcellin Dussoubs but « à l’avenir religieux qui confondra les sectes dans une même religion, celle de l’Humanité, qui nous rendra tous libres, tous frères, tous égaux, qui mettra un terme à la guerre impie que l’homme fait à l’homme depuis six mille ans... » Il s’éleva après les toasts contre certaines paroles de la Marseillaise en disant : « Nous sommes ici au nom de la fraternité et de la solidarité, il n’y a pas de sang impur. »
Lors des événements révolutionnaires de Février 1848, il était absent de Limoges (Le Peuple, journal paraissant à Limoges, n° 18, 22 avril 1848), mais son passé républicain lui valut d’être désigné par acclamations comme président d’honneur de la Société populaire créée dans les premiers jours de la révolution. Il fut nommé membre du comité organisé en mars 1848 pour rechercher les moyens d’alléger les charges des industries de Limoges. Le Ier avril, il fit, avec Pierre Leroux et d’autres personnalités, une tournée électorale à travers le département de la Haute-Vienne et, le 2 avril, fut désigné comme candidat par la Société populaire aux élections du 23 avril pour l’Assemblée constituante, mais il ne fut pas élu, ce qui provoqua, les jours suivants, le mécontentement des ouvriers (lacération par la foule surexcitée des procès-verbaux des votes de l’armée dans la matinée du 27 avril).
Le 26 avril au soir, lors d’une réunion de la Société populaire, il fut chargé avec deux autres personnalités de faire part au commissaire du Gouvernement provisoire, Chamiot-Avanturier, des décisions de cette société réclamant la formation d’un nouveau conseil municipal et le désarmement de la garde nationale, où seuls les bourgeois possédaient des armes.
Dans la journée du 27 avril, il fut parmi ceux qui s’interposèrent pour empêcher que gardes nationaux bourgeois armés et masses populaires en vinssent aux mains.
Il ne fut pas arrêté aussitôt après les événements du 27 avril, et fut nommé vice-président de la Société populaire reconstituée. Il fut élu conseiller général pour le canton de Limoges-Nord et c’est en séance du conseil général qu’il fut arrêté pour sa participation aux événements du 27 avril. Poursuivi en mars-avril 1849 devant la cour d’assises de la Vienne, il fut défendu par Théodore Bac et acquitté. Voir Briquet Ch.*
Élu à l’Assemblée législative, le 13 mai 1849, député de la Haute-Vienne, il siégea avec les Montagnards et vota comme eux. Pendant l’automne de 1851, il parcourut le département avec Théodore Bac pour dénoncer la politique du prince-président.
Lors du coup d’État, alité par suite d’un rhumatisme articulaire, il ne put participer, le 4 décembre, à la réunion des députés montagnards. Il ne put aller sur les barricades où son frère Denis le remplaça et fut tué (épisode conté par Victor Hugo dans Histoire d’un Crime). Il fit partie des députés montagnards bannis par le décret du 9 janvier 1852.
Après son retour, à l’occasion d’une perquisition à son domicile du Repaire, commune de Moissannes, en février 1854, on découvrit des lettres qui lui avaient été adressées par Pierre Leroux, par le sabotier socialiste Blanchon fixé à Paris, des brochures républicaines, des exemplaires de la Revue sociale de Pierre Leroux, un mémoire sur la mort de son frère Denis.
Marcellin Dussoubs avait dû vendre son étude d’avoué après le coup d’État. Il mourut, le 26 novembre 1856, au Repaire, que la famille dut vendre également.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article30554, notice DUSSOUBS Marcellin [DUSSOUBS-GASTON Martial, dit Marcellin] par Jean Maitron, Jean Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 21 septembre 2017.

Par Jean Maitron, Jean Risacher

SOURCES : Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY/4 32- 2021 ; DY/4 33-2724. — Arch. Dép. Somme, série Yb 15. — Cour des pairs. Procès politiques, 1835-1848, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1984, CC 699 d 2, n° 15 ; CC 725. — Pour le reste, voir Dussoubs-Gaston Denis. — Note de J. Risacher.

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