DURAND Joseph, Antoine, dit DURAND de Gros.

Par Notice revue et complétée par J.-M. Cosson

Né le 6 février 1792 à Rodez (Aveyron), mort le 20 juillet 1869 à Gros (commune d’Onet-le-Château, Aveyron) ; agronome ; propriétaire-cultivateur à Gros ; saint-simonien devenu fouriériste.

Fils d’un commerçant, Joseph Durand fit d’abord son droit à Toulouse. À la mort de son père, il abandonna le barreau de Rodez et se tourna vers l’agriculture.
De 1820 à 1835, il transforma complètement ses domaines de Gros et d’Arsac, ayant ameubli, engraissé les sols et arrosé, par une déviation de l’Aveyron, ceux qui pouvaient l’être. Il avait aussi amélioré l’état de ses troupeaux.
J. A. Durand (de Gros) fut en effet l’un des premiers agronomes français à irriguer ses terres, en pratiquant, dès 1828, l’ouverture d’un canal d’irrigation à Gros, long de deux kilomètres. On peut d’ailleurs en voir encore quelques vestiges.
Frappé par le fait que les salaires fixes ne pouvaient pas stimuler les travailleurs, il arriva, après de longues réflexions, à la conclusion que l’association du capital et du travail était le moyen le plus propre à accroître la productivité. Il étudia Saint-Simon et Fourier et publia, en 1833, une brochure : Religion saint-simonienne.
D’autre part, dans un Essai sur les causes qui s’opposent aux progrès de l’agriculture et sur les moyens de les détruire, il préconisait en termes fouriéristes « l’association des terres, [...] l’association de l’industrie agricole avec l’industrie manufacturière [...] l’association des travailleurs aux pertes et aux bénéfices [...] l’association de consommation... ». Il allait jusqu’à offrir, pour un premier essai de son système, son domaine de Gros — 300 hectares — sous la surveillance d’un gérant nommé par la Société centrale d’Agriculture de l’Aveyron. Celle-ci reçut le mémoire avec intérêt, mais devant la résistance de ses membres, finit par refuser les offres du propriétaire de Gros.
Il fit lui-même chez lui quelques essais, propres à amener les travailleurs à accepter le précepte saint-simonien : « À chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres. » Mais il n’obtint pas de résultats positifs. Ainsi échouaient les plans d’association qu’il avait préparés pendant des années et auxquels il avait tenté d’intéresser le public par de nombreux écrits. Il attribuait son échec à l’indifférence des pouvoirs publics, dont il se plaignait vivement.
Il n’hésitait pas à s’attaquer à tout ce qu’il estimait comme une injustice, dérangeant en cela le milieu très conservateur aveyronnais. Polémiques et contre-attaques faisaient souvent la une des journaux. Il dérangeait et aimait ça.
Ce fut dans ces dispositions qu’il accueillit la révolution de Février. Sous la Seconde République, il fut l’un des facteurs essentiels de la vie politique aveyronnaise. Mais son franc-parler et ses idées avancées l’empêchèrent d’être élu député. Lors du coup d’État du 2 décembre 1851, il participa à la Commission constitutionnelle provisoire créée par les républicains aveyronnais opposés au coup d’État. Arrêté puis condamné à l’Algérie plus, il fut le dernier Aveyronnais à rentrer d’exil, en 1859, sans jamais avoir reconnu le pouvoir napoléonien. Particulièrement surveillé par la police, fatigué par les dures années d’exil, il mit dès lors toute son énergie à rétablir un domaine qui s’était défloré pendant toutes ses années d’absence. Son enterrement fut l’occasion pour les républicains aveyronnais de braver les rigueurs du régime impérial en lui rendant un dernier hommage.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article30522, notice DURAND Joseph, Antoine, dit DURAND de Gros. par Notice revue et complétée par J.-M. Cosson, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 19 avril 2018.

Par Notice revue et complétée par J.-M. Cosson

ŒUVRES : Religion Saint-Simonienne, 1833. — Essai sur les causes qui s’opposent aux progrès de l’agriculture et sur les moyens de les détruire.A Messieurs les électeurs de l’arrondissement de Rodez, 1844 et 1845. — L’agriculture aveyronnaise devant le jury du concours pour la Prime, signé : Un paysan du Causse, Paris, 1861. —Nombreux articles dans les journaux aveyronnais.

SOURCES : François Mazenc, Le coup d’État du 2 décembre 1851 dans l’Aveyron, Albi, 1872. — Henri Affre, Biographie aveyronnaise, Rodez, 1881, pp. 162-163. — Journal de l’Aveyron, 28 juillet 1869, article nécrologique par Prosper Mazenc. — Journal de l’Aveyron, 21 novembre 1937 : « Essai de communisme agraire en Aveyron ». — Jean-Michel Cosson, La trilogie Durand de Gros, apôtres de la science et martyrs de la liberté, Rémy et Canitrot, 1993. — Jean-Michel Cosson, Joseph-Antoine Durand (de Gros) et le coup d’Etat du 2 décembre 1851, tiré à part. — L. Erignac, Trois siècles de luttes ouvrières en Bas-Rouergue, éditié par la Fédération aveyronnaise du PCF, 1977.

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