DÉSAGES Luc

Né le 10 septembre 1820 à La Châtre (Indre), mort le 22 juin 1903 à Angles-sur-l’Anglin (Vienne). Gendre de Pierre Leroux. Socialiste de la Seconde République, exilé à Jersey en 1852 et qui n’en revint qu’en 1879.

Luc Désages était le condisciple de l’avocat Ulysse Charpentier*. . À Paris il devint le familier de Pierre Leroux* dont il épousa la fille Pauline. On le voit, en 1844, fêter les Pâques socialistes autour de Pierre Leroux, à Neuilly-sur-Seine, en compagnie d’Auguste Desmoulins*, de Nétré* et de Terson*.
Quand, en 1845, Pierre Leroux fonda à Boussac (Creuse) une colonie agricole et une imprimerie sociétaire, Luc Désages alla l’aider et il collabora aux publications de Pierre Leroux à Boussac ; La Revue sociale (1845-1848) et le journal L’Éclaireur de l’Indre (1847-1848). Dans la rédaction du journal assurée par une « triade » Désages était la sensation, Pauline Roland* le sentiment et Grégoire Champseix* la connaissance : à eux trois ils constituaient un tout, selon Pierre Leroux, parce que chacun était une des trois facultés composant l’âme humaine.
Désages se rendit à Paris en janvier 1848 avec Pierre Leroux pour trouver des souscripteurs aux publications du groupe de Boussac.
L’ancien député Maurat-Ballange ayant attaqué les doctrines « communistes, communionistes ou socialistes » dans sa profession de foi pour les élections à l’Assemblée constituante, datée de Bellac, le 4 avril 1848, Désages répondit, le 14, dans une lettre insérée dans le n° 19 du Peuple de Limoges (25 avril). Il terminait ainsi : « Je signe en adepte de la doctrine de l’Humanité et du communionisme. »
Pierre Leroux ayant été élu représentant de la Seine dut bientôt quitter Boussac. Ses deux gendres, Luc Désages et Auguste Desmoulins furent chargés de la direction de l’imprimerie.
Luc Désages publia une brochure à l’occasion de l’élection à la présidence de la République du 10 décembre 1848 : Simple Discours aux Socialistes, Paris, novembre 1848. Il y passait en revue les candidats.
Suite à la fermeture, à Lyon, le 15 juin 1849, des magasins des Travailleurs unis et de l’Association des industries réunies, Luc Désages et son beau-frère Auguste Desmoulins furent arrêtés le 20 juillet à Boussac. Ils ne furent pas conduits dans une prison de la Creuse, mais amenés à Lyon dans une charrette, liés, garrottés avec des chaînes de fer. Le voyage dura un mois. Pauline Charlotte Leroux, qui avait cru mourir de saisissement lors de son arrestation, perdit un enfant au cours de ce « voyage ». Elle avait signé avec Luc Désages le 23 juillet une promesse de mariage, mais ne put jamais se marier avec lui du fait de son arrestation, du moins en France.
Pierre Leroux envoya, le 24 septembre 1849, une lettre au bureau de l’Assemblée législative au sujet de ces arrestations et de ces sévices. Un mois plus tard (22 octobre), il évoquait toute l’affaire devant l’Assemblée, appuyé par le député de la Haute-Vienne, Théodore Bac. Le ministre Odilon Barrot fit une réponse évasive. Luc Désages et Auguste Desmoulins furent acquittés par le second conseil de guerre de Lyon.

Luc Désages gagna Moulins au printemps 1851 pour préparer la relève du journal Le Républicain démocrate de l’Allier et pour assurer en permanence la rédaction de la nouvelle feuille Le Travailleur de l’Allier et de la Creuse, qui parut du 15 mai au 27 novembre 1851.
Arrêté à l’occasion du coup d’État du 2 décembre, Luc Désages fut condamné par la Commission mixte de l’Allier à la transportation en Algérie. En attendant la transportation, il fut envoyé à Lyon puis sur les pontons de Corse. La transportation fut alors commuée en exil.
À Londres, Désages participa un moment avec Jules Leroux, Landolphe*, Malarmet*, Nétré*, Philippe Faure*, Alfred Talandier*, Auguste Desmoulins, Ernest Lebloys*, Martin Nadaud*, Vasbenter* et d’autres aux activités d’un petit groupe de socialistes animé par Cabet*, Louis Blanc* et Pierre Leroux, qui s’efforçait de mettre sur pied un programme acceptable pour toutes les « écoles » socialistes. (G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire).
Installé à Jersey, avec Pierre Leroux, Luc Désages collabora aux travaux de son beau-père. Dans la revue L’Espérance éditée par Pierre Leroux à Jersey, il donna l’analyse de la leçon d’introduction au cours de philosophie professé en public par Pierre Leroux.
Luc Désages demeura à Jersey volontairement comme professeur de français jusqu’en 1879. Il s’établit alors au hameau de Remerle, dans la commune d’Angles-sur-l’Anglin (Vienne).
Luc Désages était franc-maçon. Il avait été initié à Jersey.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29876, notice DÉSAGES Luc, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 14 mars 2019.

SOURCES : P.-F. Thomas, Pierre Leroux, Paris, 1904. — Édith Thomas, Pauline Roland, Paris, 1956. — Le Moniteur Universel, numéro du 23 octobre 1849 (Compte rendu des séances de l’Assemblée nationale : interventions des députés Pierre Leroux et Théodore Bac). — Victor Schœlcher, Le Crime de Décembre en province, Bibliothèque démocratique, in-16, 1875. — Jean Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, 2 vol. in-8°, Paris, Fédération nationale des Coopératives de consommation, 1923.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément