DERRION Michel, Marie

Fabricant d’étoffes de soie, né à Lyon, le 9 germinal an XI (29 mars 1803), mort à Rio-de-Janeiro (Brésil), le 12 mars 1850. Saint-simonien devenu fouriériste, fondateur du Commerce véridique et social, première coopérative de consommation française (1835-1838).

Derrion naquit, 12, rue du Bât-d’Argent, à Lyon. Il devint l’associé de son père qui était un négociant assez important et un fabricant d’étoffes de soie, d’esprit, d’allures et de mœurs libres. Bourgeois et négociant aisé, Michel Derrion appartint au groupe saint-simonien des « Compagnons de la femme ». Voir Arlès-Dufour*. Sans abandonner ce groupe, il passa au fouriérisme vers 1834. Il vivait hors mariage avec une modeste ouvrière dévideuse ou couturière, Honorine Michel, qui lui donna une fille qu’il reconnut aussitôt. Après la mort d’Honorine Michel, survenue le 8 septembre 1835, il contractera une nouvelle union libre, avec une ouvrière dévideuse, Césarine Gavinet, dont il aura deux filles qu’il reconnaîtra encore.
En 1834, il collabora au journal lyonnais L’Indicateur. Voir Favier A.* Dans le numéro du 26 octobre 1834 était annoncée la parution de son ouvrage : Constitution de l’industrie et organisation pacifique du commerce et du travail, ou Tentative d’un fabricant de Lyon pour terminer d’une manière définitive la tourmente sociale. Dans ce livre, Derrion rappelait que, quelques semaines avant le déclenchement de l’insurrection d’avril 1834, il avait pris, vis-à-vis des membres de l’association des Mutuellistes, l’engagement de travailler à l’établissement d’« un nouvel ordre social ». Toutefois, il tenait à préciser qu’il n’appartenait à aucun groupe politique et il ajoutait : « La véritable cause du malaise matériel du peuple provient du désordre avec lequel s’opèrent la production et la répartition des richesses, fruit de son travail. Le remède, c’est une organisation pacifique de l’industrie et du commerce. » Il s’adressait donc aux travailleurs et aux industriels eux-mêmes pour leur proposer une nouvelle organisation industrielle. Il estimait que deux moyens d’action étaient indispensables : un chef d’industrie ou primogérant et des capitaux. Le primogérant, assisté d’un conseil, devrait fonder et faire fonctionner plusieurs maisons de vente au détail et au demi-gros d’objets de consommation courante : épicerie, boucherie, boulangerie, soieries, châles et nouveautés. Après viendrait la création d’une fabrique centrale d’étoffes en soie. On devait faire quatre parts égales des bénéfices : un quart destiné à payer des primes d’encouragement au personnel, un quart servant à payer des dividendes aux capitaux investis, un quart pour accroître le fonds social et un quart appartenant aux travailleurs. Quant aux capitaux, il entendait les recueillir par souscription publique, volontaire.
Dans les jours qui suivirent, Derrion développa ses idées dans L’Indicateur qui, le 8 février 1835, ouvrait une souscription gratuite « pour la fondation d’une vente sociale d’épicerie devant commencer la réforme commerciale ». Jusqu’à la fin du mois de mai, le journal recueillit peu, 920 francs. Mais Joseph Reynier avança personnellement plus de 3 500 francs et, grâce également à d’autres concours, put démarrer la Société Derrion et Cie. Elle commença par la vente de denrées d’épicerie. Deux magasins furent successivement ouverts. Le capital initial de 9 000 francs fut porté au bout de six mois, le 1er février 1836, à 10 770 francs (Derrion avait rêvé d’un capital initial de 100 000 francs). Le montant des ventes du premier semestre d’exercice fut de 96 000 francs. Bientôt le développement du « Commerce véridique » (c’est le nom sous lequel l’entreprise était le plus connue) fut tel que l’on put ouvrir six magasins. La police soupçonna des activités politiques subversives derrière ces opérations commerciales qui éveillaient aussi la jalousie des commerçants lyonnais. Les tracasseries administratives firent que peu à peu la coopérative fut abandonnée par les consommateurs. L’affaire tomba au cours de l’année 1838, et Derrion, qui avait englouti sa fortune dans cette entreprise, dut quitter Lyon. En 1838 et 1840, on le vit figurer dans l’équipe du Nouveau Monde de Jean Czynski. Il signa l’appel, publié en janvier 1840, pour une souscription en faveur de l’établissement d’un premier phalanstère. Avec le docteur J. Benoît Mure, il lança l’Union industrielle afin de fonder au Palmétar (Brésil), une colonie sociétaire, selon les idées de Fourier. Ce devait être, en accord avec les autorités brésiliennes, un centre de colonisation ouvrière par la constitution d’une ou de plusieurs « communes » agricoles et industrielles.
Derrion, Reynier Joseph et Jamain devaient conduire les premiers émigrants au Brésil. Derrion embarqua avec le premier convoi, mais des discussions internes firent échouer l’entreprise. Derrion se fixa à Rio-de-Janeiro, où il vécut en donnant des leçons. Sa foi phalanstérienne ne l’abandonna jamais. Chaque année, le 7 avril, au cours d’un banquet, il prenait la parole pour célébrer l’anniversaire de la mort de Fourier. Il faisait des abonnés à Démocratie pacifique. La veille de sa mort, survenue le 12 mars 1850, il mettait la dernière main au discours qu’il devait prononcer à la mémoire de Fourier, le 7 avril suivant.
Voir parmi les fouriéristes lyonnais dont le premier groupe fut constitué après les causeries d’Adrien Berbrugger (1833) : Barrier F.*, Bonnard*, Chaboud E.*, Charavay*, Chastaing M.*, Coignet A.*, Coignet F.*, Edant G.*, Fabvier E.*, Favier A.*, Favier J.-B.*, Gauthier Cl.*, Dr Imbert*, Jamain*, Journet J.*, Juif J.*, Morellet A.*, Morlon*, Niboyet*, Niboyet E.*, Rémond*, Reynier J.*, Rivière cadet*, Romano L.*, Vallier G.*

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29863, notice DERRION Michel, Marie , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : Articles dans le journal de Lyon L’Indicateur (1834-1835). — Constitution de l’industrie et organisation pacifique du commerce et du travail ou Tentative d’un fabricant de Lyon pour terminer d’une manière définitive la tourmente sociale, Lyon, 1834, in-8°, 56 p. (Bibl. Nat., R/33-479).

SOURCES : J. Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. I, seule étude approfondie de la vie et de l’œuvre de Derrion. — Voir aussi Jean Gaumont, « Le commerce véridique et social (1835-1838) et son fondateur Michel Derrion (1803-1850) », Annuaire de la Coopération, 1835-36, Paris, 1836.

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