DEMANET Hippolyte

Par Philippe Darriulat

Né le 27 novembre 1821 à Paris, mort le 15 septembre 1892 à Labosse. Chansonnier.

Hippolyte Demanet
Hippolyte Demanet
Communiqué par Philippe Darriulat

Après avoir suivi des études secondaires chez les frères, il reprend le métier de son père en confectionnant des souliers en satin pour dames. D’après Bachimont, il n’a que quinze ans lorsqu’il présente ses premières chansons dans les goguettes de la capitale où il a vu le jour. Sa renommée est suffisante pour qu’il soit admis en 1846 au sein de la Lice chansonnière et désigné, sous la monarchie de Juillet, comme président de la goguette Les Amis de la vigne dans laquelle, d’après Alexis Dalès, on préfère les chansons politiques aux refrains bachiques. Si Hippolyte Demanet est un chansonnier qui propose des titres appartenant à tous les styles appréciés en goguette, il se fait assez vite remarquer pour ses textes engagés. Avant la Révolution de 1848 on l’entend chanter L’Aveugle, un homme se réjouissant de son infirmité qui lui cache les misères et les corruptions du monde, et surtout La Mendiante où il présente la liberté obligée de quémander l’aumône aux passants. Lorsque le régime de Louis-Philippe est renversé, Hippolyte Demanet présente de nombreux refrains militants systématiquement repris dans les recueils de chansons républicaines, notamment dans La Voix du peuple, ainsi que dans Le Républicain lyrique. Dans La Royauté mise au tapis (août 1848) et Chant de victoire et d’appel à l’unité il se félicite du caractère européen de la révolution et appelle les peuples à la fraternité ; dans La Nouvelle Carmagnole et Le Vieux démocrates il affirme la filiation entre la première et la deuxième République ; dans Profession de foi, Petit neveu d’un grand homme candidat à la présidence et Le Vote de ma portière il marque son opposition à Louis-Napoléon ; dans Pétition d’amnistie des femmes des transportés et Dis-moi soldat, il témoigne de sa sympathie pour les combattants des journées de juin. Très vite il s’inquiète de l’avenir de la Révolution qu’il a soutenue. Dans Une question, ou en avons-nous pour très longtemps ? il se demande si la République peut survivre à l’action conjointe des « légitimistes », des « régentistes » et d’un « Bonaparte » ; dans Au nouvel an (janvier 1849) – une chanson qui dénonce à la fois les « Juifs » et le « chauvinisme » - il s’interroge sur l’avenir quand « La noblesse et la bourgeoisie,/ Se liguent, pour mieux écraser (…) le peuple ». Comme de nombreux militants de la Montagne, son discours se radicalise dans une dénonciation de la bourgeoisie (Le Sommeil des riches et Orgie des banquiers) et tend de plus en plus vers le socialisme (Profession de foi des socialistes et Rattier aux socialistes). Un socialisme qui reste cependant très marqué par ses convictions chrétiennes et promet un retour à l’ordre naturel voulu par « le Créateur ». Comme la plupart de ses camarades, Hippolyte Demanet est cependant plus chansonnier que militant et, après 1851, il revient à des textes bien moins dangereux, dédiés à l’amour et au vin, qu’il fait circuler dans les recueils destinés aux balles des colporteurs (Echo des concerts, Echo populaire, La Bande joyeuse). La vague patriotique qui traverse le pays au moment de la guerre de Crimée le touche comme la quasi-totalité des chansonniers (L’Escadre de la mer Noire, Conseils à Nicolas, Départ pour la Turquie). Mises à part ces chansons bellicistes, son seul engagement sous l’Empire semble avoir été son activité dans les loges maçonniques en l’honneur desquelles il écrit plusieurs hymnes. Ayant abandonné son premier métier, à une date inconnue, il devient en 1855 contrôleur de la compagnie des omnibus, une activité qu’il quitte en 1890, deux ans avant sa mort. Il aurait aussi fait du théâtre et il est l’auteur de nombreux ouvrages sur les règles des jeux de cartes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29764, notice DEMANET Hippolyte par Philippe Darriulat, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 24 août 2017.

Par Philippe Darriulat

Hippolyte Demanet
Hippolyte Demanet
Communiqué par Philippe Darriulat

ŒUVRE : Chansons, Paris, P. Tralin, 1873.

SOURCES et bibliographie : AN ABXIX (collection Bachimont). — Henri Avenel, Chansons et chansonniers, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1890. — Boisson, Marius, Charles Gille ou le chansonnier pendu (1820-1856), histoire de la goguette, Paris Peyronnet 1925. — Philippe Darriulat, La Muse du peuple, chansons sociales et politiques en France 1815-1871, Rennes, PUR, 2010. — Alphonse Leclercq « Les Goguettes d’autrefois » dans Les Echos parisiens, artistiques et littéraires, n°3, 5 et 7, 1re année, juin, juillet et août 1873.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément