DEFLOTTE Paul, Louis, François ou FLOTTE (de) Paul

Né le 1er février 1817 à Landerneau (Finistère). Officier de marine, démocrate socialiste, transporté de Juin 1848, député de Paris en 1850, expulsé en 1852, combattant de l’Unité italienne en 1860. Mort au combat à Reggio-de-Calabre. Il ne portait pas son titre de vicomte.

Paul de Flotte
Paul de Flotte
Site Charles Fourier

Entré à l’École navale en 1832, nommé enseigne de vaisseau en 1839, lieutenant de vaisseau en 1846, il avait embarqué sur L’Orion et L’Astrée, vers Alger et les Antilles, en 1833-1836, sur La Vénus vers les mers du Sud, en 1836-1838, sur La Zélée dans les mers du Sud en 1838-1840, sur La Reine Blanche aux Antilles en 1841, sur Le Hussard aux Antilles en 1841-1842, sur La Didon aux Antilles en 1842-1843, sur La Gloire à Brest en 1845. Il fit un voyage autour du monde avec Dumont d’Urville et Jacquinot, chirurgien de la Marine.

Il se trouvait à Paris, depuis le 1er janvier 1848, en permission illégale, quand se produisit la révolution de Février. Il demeura d’abord, rue de l’Université, chez l’artiste peintre Guesdon, puis, à partir du 16 juin, dans un garni, rue des Beaux-Arts. Il possédait aussi, rue des Marais-Saint-Germain, un laboratoire de chimie.

En présence d’un compagnon de ses voyages avec Dumont d’Urville, le 14 mai, Deflotte déclarait « désapprouver quant à lui, pour le moment, l’attaque envisagée par plusieurs clubs contre l’Assemblée. Mais cependant, si le fait a lieu, je crois de mon devoir de m’y associer complètement... Un mouvement pareil ne peut qu’être prématuré et doit être ajourné à une époque prochaine. L’existence du gouvernement ne tient plus aujourd’hui qu’à un fil et je suis convaincu qu’à la fin de juin nous aurons un bouleversement complet. Cela est facile à concevoir. Le gouvernement a contracté vis-à-vis des Ateliers nationaux des engagements beaucoup trop lourds et dont la rupture prochaine déterminera une crise effroyable. Les nombreux ouvriers attachés aux Ateliers nationaux, plongés dans une misère profonde par suite de la privation des secours, s’empresseront inévitablement de courir aux armes afin de contraindre le gouvernement à continuer son assistance. En présence de l’impossibilité où l’on sera de prolonger les secours qu’ils réclameront, une lutte terrible deviendra inévitable. Le gouvernement et la société actuelle seront facilement emportés ». Deflotte ne se serait pas montré inquiet de la résistance des départements : « Nous parviendrons facilement à dominer les provinces. Nous porterons nos forces tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Soit par nos armes, soit par la révolution, nous contraindrons les paysans à capituler et à nous permettre d’organiser la Commune. »

Aux objections il répondait : « La société est dans une impasse, elle doit y périr. La révolution de Février a posé le problème de la propriété et du travail. Il faut qu’il soit résolu. »

Il écrivit des articles en juin 1848 pour l’Accusateur public d’Alphonse Esquiros.

Le 21 juin, au Club de la salle du Vauxhall, rue de la Douane, il serait monté à la tribune pour démontrer la nécessité de se battre dans la rue. En fait, la présence de rédacteurs de Démocratie pacifique confirme ce que prétendra Deflotte, que la réunion avait pour but une association mutuelle en vue de la fondation d’une maison d’épicerie. Le 22, au club du Peuple, salle des concerts-spectacles, boulevard Bonne-Nouvelle, ouvert par les anciens du club Blanqui, Deflotte aurait fait une déclaration de principe d’inspiration fouriériste, dont un témoin retint qu’elle comportait : la rénovation de la société actuelle, la suppression de la garde bourgeoise aristocratique, la suppression de l’armée, l’intervention des Ateliers nationaux pour appuyer la rénovation sociale et pour combattre la réaction, la prise du donjon de Vincennes, un gouvernement nouveau dirigé par les « martyrs de la liberté » Raspail*, Barbès*, Blanqui*, Cabet*, Colfavru*, Esquiros*. Après s’en être pris à la religion chrétienne, ils se seraient alors prononcés pour la délivrance des prisonniers de Vincennes. Dans ces réunions, Deflotte déplorait en réalité la dissolution des Ateliers nationaux et exprimait l’opinion que cette mesure amènerait des conflits inévitables.

Le 23, Deflotte alla au Luxembourg « offrir ses services » à la Commission exécutive dont il ne put rencontrer aucun des membres. Dans la nuit du 23 au 24, il se serait présenté au poste formé par les insurgés, rue des Amandiers-Saint-Jacques, en compagnie d’un certain Trempiller, se disant président de club à Montmartre, et il aurait questionné le poste sur l’état des forces du quartier, l’esprit de la population, et demandé si les insurgés étaient en état de résister à une attaque que l’on dirigerait contre eux vers trois heures du matin. Il aurait annoncé que l’insurrection était maîtresse des points les plus importants, que le faubourg Saint-Antoine, avec 30 000 hommes et 8 pièces de canon, se portait sur l’Hôtel de Ville et, ce point enlevé, secourrait le faubourg Saint-Marceau. Tous deux étaient porteurs de cartes du club de la Révolution au nom de Deflotte et Trempiller. Avec l’escorte qu’ils obtinrent, ils gagnèrent la rive droite par le Panthéon. Les dépositions de gardes nationaux en service cette nuit-là à ce poste confirmaient simplement le passage de Deflotte.

Le 26 juin, Deflotte, qui semble avoir passé les journées de l’insurrection chez le neveu du représentant Tessié de Lamotte et chez un ex-chirurgien de la Marine, demeurant rue La Bruyère, Rabuan, frère d’un représentant, arriva rue Lepeletier, au Divan, en proie à un profond abattement. « Cet état de choses, dit-il, à des artilleurs de la IIe légion de la garde nationale, ne peut durer. Les insurgés seront tous massacrés par la garde nationale et je suis résolu à demander à Cavaignac l’autorisation de parlementer avec eux. » Comme il quittait le café dans cette intention, il fut arrêté.

Transporté, il fut gracié en décembre 1849.

Partisan des idées de Fourier*, Deflotte était lié avec Toussenel*, et aussi avec Baudin et Jean Macé. Dans une de ses professions de foi, il se prononçait pour l’institution d’une banque d’État, de deux banques hypothécaires, l’une agricole et commerciale, l’autre industrielle, d’une caisse nationale d’assurances générales, d’une armée industrielle chargée de tous les grands travaux d’utilité publique avec appropriation par l’État des exploitations de matières premières et des voies de communication. Il projetait une « Société secrète démocratique de l’Unité européenne », pour mener une nouvelle lutte : car, disait-il, « la lutte du droit contre les tyrannies royale et aristocratique est sur le point de finir. Désormais, elle va s’engager entre le peuple et la bourgeoisie, entre le travailleur et le rentier, c’est-à-dire entre la classe qui vit de son travail et celle qui vit du loyer des instruments de travail. »

Il était l’auteur d’un important ouvrage doctrinal : La Souveraineté du Peuple, essai sur l’esprit de la Révolution, Paris, 1851, in-8°, 468 pages, Bibl. Nat., 8°, Lb 55/2172).

Il avait été élu représentant du peuple à Paris le 10 mars 1850, avec 126 982 voix sur 260 198 votants et 366 655 inscrits, en même temps que Carnot* et Vidal*. Triple élection qui fit frémir les conservateurs, la sienne surtout, en sa qualité de transporté de Juin.

Paul Deflotte vota régulièrement avec la, Montagne en 1850-1851, étonnant la droite par sa modération de ton, lors de ses interventions. Toutefois la validation de son élection, le 20 mars, avait donné lieu à un débat tumultueux. Comme un député lui demandait où il était en juin 1848, Deflotte rétorqua : « Pourquoi donc m’avez-vous fait arrêter et tenir de longs mois sur les pontons, si vous ne le savez pas vous-même ? » Il en profita pour exposer que le propre des doctrines socialistes dans leur ensemble était de pousser à la destruction du pouvoir et il démontra l’impossibilité, pour quelque dictature que ce soit, de résoudre par voie d’autorité gouvernementale les problèmes sociaux posés au XVIIIe siècle par la Révolution. Cette déclaration déconcerta jusqu’aux socialistes partisans de l’intervention de l’État.

Deflotte était concerné par le décret d’expulsion du 9 janvier 1852, mais bénéficia d’un non-lieu en mars.

Il rentra de Belgique où il s’était réfugié, dès 1852. Pendant huit ans environ, sous un nom d’emprunt, il travailla en France pour les chemins de fer, à la construction de tunnels et de viaducs.

Dans le courant de 1859, Deflotte, attentif comme tous les démocrates socialistes français aux péripéties de l’unité italienne, s’aboucha avec Garibaldi. On le retrouve en 1860 avec quelques Français sous la chemise rouge.

Garibaldi, utilisant ses compétences de marin, l’avait nommé commandant de la flotille de débarquement venant de Sicile. Il aborda le littoral péninsulaire à Reggio-de-Calabre. Il fut tué au cours des opérations de débarquement ou peu après. Un monument élevé par souscription publique se dresse depuis à l’endroit où Deflotte fut frappé à mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29601, notice DEFLOTTE Paul, Louis, François ou FLOTTE (de) Paul , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 22 juillet 2012.
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SOURCES : Arch. Min. Guerre, A 552 et B 1207. — Arch. PPo., A a/428. — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français. — Arturo Colocci, Paolo de Flotte, Turin, 1912 (Cette biographie en langue italienne de Paul Deflotte a été résumée par Ferdinand Boyer dans la Revue d’Histoire moderne et contemporaine, année 1960, p. 127.)
GUENGANT Jean-Yves (2012), “Paul de Flotte”, Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juillet 2012, URL : http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=999.

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