DEBRAUX Émile [DEBRAUX Paul-Émile]

Par Philippe Darriulat

Né le 30 août 1796 à Ancerville dans la Meuse, mort le 12 février 1831 à Paris. Chansonnier.

Émile Debraux
Émile Debraux
Communiqué par Philippe Darriulat

« Pape » des goguettes de la Restauration, grand diffuseur, avant Béranger et sans doute avec plus de force que lui, de la légende napoléonienne, Émile Debraux est une des grandes figures chansonnières du premier XIXe siècle. Né le 30 août 1796 à Ancerville dans la Meuse, il fait ses études au lycée impérial puis est employé à la bibliothèque de l’école de médecine de 1816 à 1817. C’est à partir de cette date qu’il commence à fréquenter les goguettes où il se distingue très vite grâce à La mort de Brune (1815), T’en souviens-tu ? (1817) et surtout sa célèbre Ode à la Colonne présentée au Sacrifice d’Abraham en 1818. Sa popularité dans les sociétés lyriques est telle qu’en 1820, à vingt-quatre ans, il préside déjà la plus importante d’entre elles, la Grande goguette qui se réunit à l’Estaminet polonais un établissement situé au 3 de la rue des Boucheries-Saint-Germain, dont il est devenu propriétaire. Il publie alors dans les premiers recueils d’ŒUVRE de goguettiers : Le Nouvel enfant de la goguette, pour l’année 1823 (Le Couvey, 1823). Il est très vite repéré par la police impériale pour ses œuvres politiques, plusieurs brochures contenant certaines de ses chansons bonapartistes sont saisies. Cependant, ce sont des chansons grivoises qui lui valent en 1823 un séjour à Sainte-Pélagie. Condamné le 21 février à un mois et 16 francs, pour outrage aux mœurs, il profite de son séjour au « corridor rouge » pour rédiger Voyage à Sainte-Pélagie en mars 1823 (Lebègue, 1823) un recueil de chansons qu’il a composées avec certains de ses codétenus, dont Eugène Pradel et Léonard Gallois. D’après Eugène Baillet, les amis de Debraux sont alors convaincus que l’arrestation du chansonnier est la conséquence de son engagement, ce que ce dernier se garde bien de démentir. Présenté comme un martyr il bénéficie de la solidarité des goguettiers qui organisent plusieurs réunions en sa faveur. A sa libération il est accueilli en héros et sa chanson Le Prisonnier est acclamée partout où il passe. En 1824 il participe à la fondation du Gymnase lyrique une société créée en opposition au Caveau jugé trop académique. Il multiplie alors les titres à la gloire de l’époque impériale : Fanfan la tulipe, Marengo, Les Souvenirs, Le Tonnerre…A côté de ces chansons de mémoire il propose aussi un certain nombre de compositions qui reprennent les thèmes de l’opposition libérale à la Restauration : Villèle en enfer, poème héroï-tragi-comico-diabolique (1827), Testament des ministres, rêve de deux bons Français, Lettre au ministre sur les abus de la liberté où il parodie la nostalgie d’un vieil aristocrate ou P’tit Mimile qui dénonce la curée de prébendes organisée par les anciens émigrés et leurs serviteurs. En 1829 il participe, avec Gérard de Nerval, au recueil Couronne poétique de Béranger rédigé en faveur du chansonnier alors emprisonné (« Le Rossignol français » et « Honneur à Béranger »). Au lendemain des Trois glorieuses il salue la nouvelle Révolution dans L’Arc en ciel de la liberté puis dans Les Barricades de 1830. Tuberculeux, il meurt à trente-cinq ans le 12 février 1831. Resté pauvre malgré son succès il est enterré dans une fosse commune du Père Lachaise. Ses œuvres continuent à être publiées après sa mort : en 1831-1832, Terry propose en 4 volumes ses Chansons nationales nouvelles et autres et en 1835-1836 paraissent, en 3 volumes, ses Chansons complètes, augmentées d’une notice et d’une chanson sur Debraux par M. de Béranger.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29558, notice DEBRAUX Émile [DEBRAUX Paul-Émile] par Philippe Darriulat, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 13 décembre 2018.

Par Philippe Darriulat

Émile Debraux
Émile Debraux
Communiqué par Philippe Darriulat

ŒUVRE : Chansons complètes, augmentées d’une notice et d’une chanson sur Debraux par M. de Béranger, Paris, 18, rue des Grands-Augustins, 1835-1836, 3 vol. — L’Arc-en-ciel de la liberté, ou Couronne lyrique offerte à ses défenseurs, recueil complet de chansons... inspirées à nos meilleurs poètes par nos révolutions et notamment par celle des 27, 28 et 29 juillet 1830 suivies de l’oraison funèbre des braves morts pour la défense de la patrie, Paris : Terry jeune, 1831. — Chansons gaillardes et politiques, Librairie parisienne, 1830, 2 vol. — Voyage à Sainte-Pélagie en mars 1823, Paris, Lebègue, 1823. — avec F. Dauphin, Le Bréviaire du chansonnier, dédié à Béranger, Paris, Hocquart jeune, 1830. — La Marotte de Sainte-Pélagie ou Momus en prison, par MM. Béranger, Jouy, Eug. De Pradel, E. Debraux, de Bast, C. Gillé etc., etc. Paris Vernarel et Tenon, 1826.

SOURCES et bibliographie : AN, ABXIX 712 (collection Bachimont), F7 6700. — BNF, Fonds Gustave Fréjaville, GF X (46), et Fonds Rondel Ro 14554. — Henri Avenel, Chansons et chansonniers, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1890. — Eugène Baillet, « Histoire de la goguette », dans Paris Chanson, n° 1 à 20 [1891]. — Eugène Baillet, « Bebraux » dans L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, n° 880, 36e année, 30 avril 1900 et n° 1013, 39e année, 20 août 1903. — Marius Boisson, Charles Gille ou le chansonnier pendu (1820-1856), histoire de la goguette, Paris Peyronnet 1925. — Albert Cim, (Albert-Antoine Cimochowski dit), Le Chansonnier Émile Debraux, roi de la goguette (1796-1831), Paris Ernest Flammarion, 1910. — Philippe Darriulat, La Muse du peuple, chansons sociales et politiques en France 1815-1871, Rennes, PUR, 2010. — Alphonse Leclercq « Les Goguettes d’autrefois » dans Les Echos parisiens, artistiques et littéraires, n°3, 5 et 7, 1ère année, juin, juillet et août 1873. — Hippolyte et Anatole Lionnet, Souvenirs et anecdotes, Paris, Ollendorff, 1888. — Jean Touchard, La Gloire de Béranger, Paris Armand Collin, 1968

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