AMOURETTE Jean-Baptiste, Adonis

Par Gilles Pichavant

Né le 5 novembre 1810, à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure, Seine Maritime), mort le 27 septembre 1866, à Rouen ; Ouvrier de filature à Rouen ; Condamné pour coalition en septembre 1830.

En 1830, Adonis Amourette avait 20 ans, et habitait à Sotteville-lès-Rouen. Il fut arrêté et poursuivi par la justice dans le cadre de la répression d’une vaste coalition d’ouvriers qui se forma à Sotteville-les-Rouen et dans le quartier Saint-Server de Rouen. Cette coalition anima un mouvement qui inquiéta fortement les autorités.

Le 27 août 1830, il fit partie du groupe d’ouvriers fileurs qui avaient arrêté le travail et se portèrent d’ateliers en ateliers dans les quartiers de la rive gauche de la Seine, engageant leurs camarades à arrêter le travail et à se joindre à eux. Les autorités firent bloquer la circulation sur le pont de Rouen, pour empêcher une contagion vers le nord de la ville, mais un groupe d’ouvriers avait eu le temps de traverser le fleuve. Ce groupe se rendit à l’Hôtel de Ville, et demanda à être entendu par le maire qui reçut une délégation. Par la suite les manifestants se rendirent à la rédaction du Journal de Rouen, et une délégation fut reçue par le rédacteur qui en rendit compte dans le numéro du lendemain. Les ouvriers voulaient profiter du fait qu’à Paris, les ouvriers avaient participé ardemment à la Révolution de 1830, pour obtenir des changements concrets dans leurs conditions de vie et de travail. Ils revendiquèrent donc la révision des règlements intérieurs des filatures, avec en particulier la suppression du système d’amendes. Ils revendiquèrent aussi la réduction du temps de travail sans perte de salaire, ainsi que des augmentations. D’après le Journal de Rouen, à cette époque, la durée du travail était de 16 heures 30, et pouvait atteindre les 17 heures ; les fileurs revendiquaient qu’elle soit limitée à 12 heures par jour.

Le mouvement s’étendit rapidement à Darnétal (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), ainsi que dans les vallées du Cailly et de l’Austreberthe, à l’ouest de Rouen. Les fileurs tentèrent de s’organiser afin de coordonner leur mouvement, et une première réunion se tint à Sotteville, dans le quartier des grenouillettes, le 29 août dans le café Patin.

Les autorités incitèrent les filateurs à mettre en place une commission pour réformer les règlements intérieurs, en les expurgeant de leurs aspects les plus terribles. Elle fut mise en place, et cela créa un flottement parmi les ouvriers, qui pensèrent avoir été entendus. Le 3 septembre, le travail semblait avoir repris partiellement dans les filatures de Saint-Sever et de Sotteville. Mais dans les jours qui suivirent le mouvement rebondit, car il s’avéra que les modifications préconisées par le projet de nouveau règlement intérieur étaient minimes, les filateurs ayant aussi refusé d’augmenter les salaires. Le samedi 4 septembre de nouveaux rassemblement eurent lieu à Saint-Sever, et quelques personnes furent arrêtés.

Le dimanche 5 septembre la répression s’accentua. Une réunion de représentants des coalitions de fileurs de toute la région avait été convoquée dans un café de Sotteville-lès-Rouen, chez Darras. Les autorités tentèrent de les y arrêter tous. A cet effet, elles avaient mobilisé la garde nationale, ainsi qu’un détachent du 38e régiment de ligne. Mais elle n’y parvint que partiellement, et les délégués furent nombreux à réussir à s’échapper de la souricière. Le lendemain le Journal de Rouen annonça "les arrestations de plusieurs chefs de cabales", dont il publia les noms, comme Drély, de Barentin, mais aussi Caumont et Châle*, qui, semble-t-il, avaient été arrêtés dès le 2 septembre au soir. Le journal annonça que les arrestations se poursuivraient dans la journée.

Effectivement, le 6 septembre un détachement la garde nationale de Rouen, ainsi qu’un détachement de gendarmerie, furent envoyés à Darnétal où les ouvriers bloquaient la ville depuis le 1er du mois, obligeant le maire et la garde nationale locale à s’enfermer dans la mairie. Ils y arrêtèrent un grand nombre de personnes. Décapité, le mouvement gréviste n’en continua pas moins pendant plusieurs jours encore, sans cependant de manifestations visibles.

Le 9 septembre un bataillon de la garde nationale de Rouen, accompagné d’un détachement de cavalerie, fut envoyé dans la vallée du Cailly, et la remonta jusqu’à Malaunay ; la cavalerie poussa jusqu’aux dernières usines de Montville.

Lors du procès, un témoin déclara avoir reconnu Amourette dans le groupe d’ouvriers qui se transporta chez M. Laquerriere, filateur, et y fit arrêter les travaux. Cela suffit à ce que le tribunal le considére comme « étant suffisamment convaincu d’avoir fait partie d’une coalition d’ouvriers tendant à faire cesser tous les travaux dans les ateliers pour enchérir les salaires », et que « cette coalition fut suivie d’effet par l’interruption et la suspension des travaux depuis le 27 août jusqu’au 6 septembre suivant, dans les filatures de Sotteville-lès-Rouen et du faubourg Saint-Sever ». Le 12 novembre, il fut condamné à un mois d’emprisonnement comme Jacques Revert, Alexandre Levézier, Théodore de Landremare ; Stanislas Loison et Dominique Labois furent condamnés à deux mois ; Les frères Leprince (Pierre et Jean) ; ainsi que Étienne Petit, et Alphonse Leloutre furent relaxés.

Par la suite, Adonis Amourette s’engagea dans l’armée, et devint fusilier au 52e de ligne. Le 9 mars 1838, alors en congé illimité, il se maria à Courtavon (Haut-Rhin), avec Thérèse Hubler, couturière, et eut une fille, Véronique, qui naquit le 3 avril suivant dans cette commune. A cette époque il était fileur à Mulhouse (Haut-Rhin). Il revint à Rouen avec sa famille, où on lui connait deux fils, qui furent charpentiers dans la deuxième moitié du siècle.

Il mourut le 27 septembre 1866, à Rouen, à l’Hôtel-Dieu de la Paroisse Sainte-Madeleine. Il avait 56 ans et habitait rue des Cordelier, n°5, où exerçait alors le métier de concierge.

Pour la coalition du Faubourg Saint-Sever de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), voir : Adonis Amourette, Dominique Labois, Alexandre Levézier, Théodore De Longmare, Alphonse Leloutre, Stanislas Loison, Jacques Revers ; pour celle de Barentin et Pavilly, voir : Louis Coeffier, Pierre Drély. Pour la Vallée du Cailly, voir Jean-Isidore Prévost. Pour Darnétal : Nicolas Halavent. Pour la répression d’un attroupement de Rouen, voir : Paul Caumont. Coalition d’enfants Narcisse Saint-Martin

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29401, notice AMOURETTE Jean-Baptiste, Adonis par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 7 octobre 2015.

Par Gilles Pichavant

SOURCE : Arch. Dép. de Seine-Maritime, Greffe du tribunal correctionnel Rouen, jugements (du 5 avril 1829 au 24 octobre 1831), Cote 3U4-1320 — Journal de Rouen, du 28 août au 12 novembre 1830. — État civil — Gazette des Tribunaux, 15 novembre 1830.

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