COUTURIER Jean-Baptiste, Henri

Docteur en médecine, né le 17 juillet 1813 à Vienne (Isère), mort en octobre 1894 ; conseiller général de Vienne (1870), député de Vienne (1876), sénateur de l’Isère (6 janvier 1885). Une des plus importantes figures du mouvement fouriériste et coopératif, de 1845 à 1870.

Couturier était le fils d’un avocat qui fut maire de Vienne et député de l’opposition dynastique sous Louis-Philippe. Il fit ses études de médecine et fut séduit par un livre de Fourier qu’il avait emporté pour lire dans un voyage en Écosse, en 1845.
Il est possible qu’il ait pris part, en 1845 même, aux premières tentatives de groupement des travailleurs qui se produisirent à Vienne. Il est sûr qu’en 1848, il participa à l’organisation de « l’Association des Travailleurs unis », société qui n’était qu’une résurrection de celle qui avait été fondée en 1845, et qui était, comme sa devancière, constituée sur des bases phalanstériennes.
L’Association des Travailleurs unis disposa bientôt de plusieurs magasins d’épicerie et d’une boulangerie. Cet ensemble de coopératives reposait sur un millier d’adhérents ayant chacun souscrit une ou plusieurs actions d’un franc. Le succès fut tel que l’Association acquit en 1849 le domaine rural de Beauregard, qui comprenait six hectares de terre et une maison qui servit de maison de retraite ou de santé pour les actionnaires.
En 1850, Couturier se concerta avec les dirigeants de trois des épiceries sociétaires lyonnaises établies à la Croix-Rousse, et put ainsi grouper les commandes de cinq coopératives pour pratiquer les achats directs de fromages à l’une des « fruitières » que le fouriériste Wladimir Gagneur* avait établies sur les nouveaux principes phalanstériens dans le Jura.
En 1851, le général de Castellane prononça la dissolution de l’Association des Travailleurs unis. Malgré les pertes occasionnées par une vente forcée dans des conditions défavorables, il resta un actif suffisant pour rembourser à chaque sociétaire la valeur de dix fois sa mise primitive.
Quelques mois plus tard, le docteur Henri Couturier créait une nouvelle société de forme civile, au capital de 20 000 francs divisé en quatre cents actions de 50 francs : « La Société agricole et Maison de santé de Beauregard » (1852). Associant une idée fouriériste à des méthodes d’hygiéniste, il pratiquait le sevrage rapide des enfants. Tout cela lui permettait d’utiliser tant bien que mal, sous le couvert de la société civile propriétaire, un patrimoine insuffisamment productif et de réserver l’avenir. La maison de Beauregard pouvait recevoir vingt-cinq enfants, élevés selon les principes fouriéristes du « bambinat ».
La Société civile de Henri Couturier n’alla pas sans subir d’importantes modifications sous le Second Empire : elle ouvrit un commerce de charbons en 1853, puis une fabrique de drap, puis, en 1857 une meunerie et une boulangerie, en 1859 un atelier d’apprêt pour les draps produits, en 1860 un restaurant populaire.
Alors Henri Couturier revint à des formes ouvertement coopératives comme en 1848. Une nouvelle « Société agricole et industrielle de Beauregard », qui émit à son tour quatre cents actions de 50 francs replaça l’entreprise sous le patronage certain de Fourier. Le village sociétaire de Beauregard, dont le conseil de gérance était présidé par Couturier et avait pour secrétaire Alphonse Ailloud*, futur membre de l’Internationale, comprit des activités agricoles et des activités industrielles associées ; l’exploitation des terres occupait les uns, les autres et parfois les mêmes étaient bouchers, meuniers, boulangers, menuisiers, charpentiers, œuvraient à la draperie, etc, en vertu de la doctrine du travail attrayant et varié. Pour tous il y avait bibliothèque, salles de lecture et de cours.
En 1858, Henri Couturier avait signé le manifeste des coopérateurs français publié par La Réforme. Il participa, en 1864, à la publication du nouveau journal du mouvement coopératif : L’Association. Il collabora en outre aux Almanachs de la Coopération parus de 1867 à 1870.
La Société agricole et industrielle de Beauregard déclina après 1870. Devenu un personnage politique républicain — il fut un des 363 — Couturier n’abandonnait pourtant pas la coopération. Vers 1880, il s’intéressait à l’Union agricole d’Afrique. Le 8 juin 1882, il présentait à la Chambre un rapport sommaire en vue : 1) de l’« admission, à la participation aux bénéfices de toute exploitation concédée par l’État, les départements ou les communes, de tous ceux qui avaient été employés à cette exploitation », et, 2) au « développement du système coopératif par la participation imposée aux adjudicataires lors de la confection du cahier des charges des adjudications ». Il n’eut aucun succès. Il en eut davantage avec son rapport sommaire du 12 février 1883 pour la « création d’un réseau de chemins de fer à voie étroite », qui fait de lui le « père » de « l’économique » disparu devant l’autocar entre la première et la seconde guerre mondiale. Voir Brosse Auguste*, Crépu Albin*, Monnet Jérémie*, Vidal Edmond*

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29252, notice COUTURIER Jean-Baptiste, Henri , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Jean Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. I. — Fernand Rude, « L’arrondissement de Vienne en 1848 », dans La Révolution de 1848 dans le département de l’Isère, pp. 241-243, Grenoble, 1949.

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