COUTURAT Louis, Eugène

Par Notice revue et complétée par M. Cordillot

Né vers 1813, cordonnier, puis colporteur de livres. Républicain de tendance socialiste. Membre du Comité central républicain.

Il faisait le colportage des livres avec Collier, à Lyon. Installé à Marseille comme commis de librairie, il fut élu fin août-début septembre 1844, président du cercle local de l’Union ouvrière. Sous sa direction, ce dernier passa en deux mois de 60 à 100 membres. Flora Tristan* tint toutefois rigueur aux membres du cercle de n’avoir pas suffisamment suivi ses avis et négligea de correspondre avec lui parce qu’il était employé et non ouvrier.
Lorsqu’éclata la Révolution de février 1848, il habitait à Marseille, 100, rue de Rome. Il appartenait au comité directeur qui essaya de prendre le pouvoir à Marseille le 26 février 1848. En rapport avec ces événements, il signa le 4 mars, en compagnie d’un grand nombre d’ouvriers de cette ville, tous membres de la Société populaire pour la défense des Droits de l’Homme (dont lui-même était le secrétaire), une proclamation intitulée « Les Ouvriers républicains de Marseille à tous leurs frères de France ». Ils s’y élevaient contre les accusations de la bourgeoisie mercantile qui avait traité les ouvriers ayant pris les armes pour défendre la République de voleurs et d’assassins (les autres signataires étaient : Albenoit, 10, rue Pavé-d’amour ; Blanchard, modeleur, 22, rue Vacon ; L. Bonnefois, sculpteur, 16, plaine Saint-Michel ; Bouclainville, 1, place du Théâtre ; Philippe Collier*, 2, traverse des Convalescents ; Deroux, tailleur, 5, rue Saint-Honoré ; F. Emeric, paveur, 44, rue des Bergers ; Galliard, horloger-bijoutier, 81, rue d’Aubagne ; G. Helfer, tailleur, 15, rue Beauveau ; Legrain, cordonnier, 1, passage Noailles ; Malabava, chef ouvrier, 54, rue d’Aubagne ; Martin, horloger-bijoutier, 12, rue Pavé-d’amour ; Mercier, lampiste, 2, rue de Breteuil ; Michel, formier, 54, rue d’Aubagne ; Mourey, tailleur, rue de l’Etrieu ; Sibillat, formier, 16, rue Desaix). Le 12 mars, il démissionna de son grade de capitaine commandant la compagnie de la Garde nationale dite « compagnie des Travailleurs », pour redevenir simple garde.
Républicain de tendance socialiste, il fit partie du Comité central électoral républicain des Bouches-du-Rhône qui le présenta en avril aux élections à la Constituante, où il échoua. Dans sa profession de foi il déclarait : « La France est républicaine dans sa forme politique, sociale dans ses principes organiques. » Il fut également membre du Club de la démocratie et de la compagnie irrégulière de tirailleurs fondée fin mai-début à l’initiative des Clubs populaires et placée sous le commandement de J.-A. Perrin.
Accusé d’avoir préparé, puis d’avoir pris part à l’insurrection du 22 juin, il fut arrêté et jugé avec les insurgés marseillais. Malgré la faiblesse des charges pesant contre lui, il fit l’objet d’un véritable acharnement de la part des magistrats qui cherchaient visiblement à mettre en évidence sa responsabilité morale dans les événements du fait de son influence politique.
Bien défendu par Me Arbod, il ne fut condamné qu’à un an de prison. Lors de l’énoncé du verdict, les accusés qui venaient d’être acquittés lui témoignèrent ostensiblement leur estime en allant un à un l’embrasser dans le prétoire.
Il était membre du cercle de Noailles, lorsqu’il fut dissous en janvier 1850. Une perquisition eut lieu à son domicile, en mai 1851, et permit la découverte de livres et de brochures de Louis Blanc, de Pyat, de Buonarroti. Il fut condamné par la Commission mixte des Bouches-du-Rhône à la déportation à Cayenne pendant vingt ans. Voir Agenon Antoine*, Collier Philippe*, Dubosc Pierre*, Marbeau Camille*, Michel Gabriel*, Rousseau*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article29246, notice COUTURAT Louis, Eugène par Notice revue et complétée par M. Cordillot, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice revue et complétée par M. Cordillot

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/144 et M 6/356. — S. Michaud, Flora Tristan, la paria et son rêve, ENS Éditions, 1995 — Les Murailles révolutionnaires de 1848, 17e éd., vol. 1, p. 282-283. — Cour d’Assises de la Drôme. Procès des accusés de juin de Marseille, Marseille, impr. nationale-association d’ouvriers, 1849.

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