CHEVÉ Charles, François

Né à Paris en 1813, mort à Paris le 17 avril 1875. Socialiste chrétien.

Teneur de livres en 1830, Chevé fit le coup de feu lors des Trois Glorieuses ; il essaya, en 1831, de gagner la Pologne pour combattre aux côtés des patriotes polonais contre les troupes du tsar, mais son équipée se termina par une espèce d’arraisonnement dans la Baltique, par la flotte russe, du bateau sur lequel il se trouvait, et par l’obligation faite à ce bateau de revenir dans un port allemand ; il fut, en 1832, volontaire français au cours de la petite guerre autour d’Anvers contre le roi des Pays-Bas.
Il mit toute cette expérience du combat révolutionnaire au service de la Société des Droits de l’Homme ; il y fut chef de série en 1833, compromis dans le procès des Vingt-Sept avec Raspail. Il était alors admirateur de Saint-Just. On l’acquitta.
C’est à ce moment qu’il entra en contact avec les buchéziens ; déjà spiritualiste à la façon de Robespierre, il devint vite catholique. Marié et père de famille puis veuf, il subsistait comme teneur de livres, ou comme comptable. Il écrivit dans L’Atelier, dans la Revue nationale, l’organe propre de Buchez. Il songea un instant en 1841, à entrer chez les Dominicains à l’appel de Lacordaire qui lui procura, vers 1844, une place de rédacteur au journal catholique de Dijon, Le Spectateur, et des collaborations épisodiques au Correspondant ou à L’Ami de la Religion.
Journaliste catholique connu, catholique social, ou, comme il disait, membre du « parti social », qui devait moins s’occuper de politique que de questions sociales, il passa de Dijon à Nantes. Il créa L’Alliance (fin 1847) qui, comme son nom l’indique, voulait allier la religion catholique et le « socialisme », puis L’Unité (2 novembre 1848-13 janvier 1849).
Durant la Seconde République, il écrivit encore dans les journaux de Proudhon, sans cesser pour cela d’être catholique. D’août à octobre 1849, son propre mensuel Le Socialiste. Journal de l’Égal-Échange, dans lequel écrivaient J. Tournoux, ouvrier du bronze, et Joanny Paradis*, se réclamait du catholicisme, en même temps qu’il travaillait avec Proudho*n. Sous l’Empire, il revint à la presse catholique établie, mais professa lui-même une espèce de communisme. Rédacteur en chef du Journal des villes et des campagnes, puis du Français, avec François Beslay, fils de Charles Beslay, il y attaqua l’Empire dans la mesure où sa politique extérieure avait abouti au dépeçage des États pontificaux. En 1863, il avait eu un regain d’enthousiasme pour la cause polonaise, associée à la cause du catholicisme. À la fin de l’empire, il alla diriger à Cherbourg Le Phare de la Manche, ce qui n’était sans doute pas une promotion.
Toujours catholique social ardent, mais tourné maintenant vers la coopération, il se rallia à la politique conservatrice de Thiers au début de la Troisième République.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article28694, notice CHEVÉ Charles, François , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 21 février 2018.

ŒUVRES : Programme démocratique ou Résumé d’une organisation complète de la Démocratie radicale, Paris, Rouanet, 1840, in-8°, 64 pp. — Catholicisme et Démocratie, ou le Règne du Christ, Paris, 1842, in-18, 156 pp. — Le Dernier Mot du socialisme, par un catholique, Paris, 1848, in-12, 192 pp. — Catéchisme socialiste, Paris, au bureau de La Voix du Peuple, 1850, in-8° 16 pp. ; ce Catéchisme avait d’abord été publié par La Voix du Peuple, de Proudhon. — Histoire complète de la Pologne depuis ses premières origines jusqu’à nos jours, Paris, 1863, in-8°, 2 vol. — Histoire de la communauté des biens dans l’antiquité et dans l’ère chrétienne ou Tradition universelle du catholicisme et de l’humanité, par un catholique, Nancy, 1866, in-8°, 2 vol. — Visions de l’avenir, Paris, 1868.

SOURCES : A. Cuvillier, Un Journal d’ouvriers : l’« Atelier », 1840-1850, 2e éd., Paris, 1954, pp. 55-58. — J.-B. Duroselle, Les Débuts du catholicisme social en France (1822-1870), Paris, 1951. — Note de R. Skoutelsky.

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