CAVAIGNAC Éléonore, Louis, Godefroy

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

Né le 10 prairial an VIII (31 mai 1800) à Paris, mort le 5 mai 1845. Un des précurseurs de la République démocratique et sociale. Frère du général Louis, Eugène Cavaignac (15 octobre 1802-28 octobre 1857), qui dirigea la répression impitoyable de juin 1848. Fils d’un Conventionnel.

Godefroy Cavaignac, qui dès 1815, à Sainte-Barbe, prenait la tête des bonapartistes contre les monarchistes, sous Charles X et sous Louis Philippe, vivait dans la tradition républicaine. Alors qu’Eugène se montrait plus soucieux de sa carrière militaire que de fidélité politique, Godefroy, lui, conspira contre les rois Bourbon. Étudiant, affilié à la Charbonnerie avec son frère, il fut député à la haute-vente de Paris et poursuivi pour délits politiques en 1822. Il participa aux municipalités clandestines sous la Restauration et à la Commune centrale. Membre de Aide-toi, le ciel t’aidera dans sa fraction républicaine, il contribua à durcir l’association en approchant de 1830. Il fit le coup de feu sur les barricades de juillet 1830 et participa à la prise du Louvre le 29 juillet, avec Guinard*. Délégué de la Commission des récompenses nationales et lui-même décoré de Juillet. Il recommença à manifester contre la dynastie d’Orléans dès octobre 1830. Il était de ces jeunes républicains qui ne s’étaient pas convertis à la République royale.
Il commandait la 2e batterie de l’artillerie de la Garde nationale et, à ce titre, pour les troubles du 22 décembre 1830, qui suivirent ceux des 17-20 octobre, fut arrêté le 24 décembre 1830 pour avoir « réservé les munitions aux artilleurs qui voulaient se battre contre le gouvernement ». Membre dès le début de la Société des Amis du Peuple, demeurant 14 rue de Sèvres (Xe arr., maintenant VIe), il comparaît, en avril 1831, au procès des Dix-Neuf républicains inculpés pour les événements de décembre et acquittés par le jury le 15, puis prend la direction de la SAP. Inculpé de nouveau au procès de la SAP, dit du droit d’association de décembre 1832 et acquitté également. L’un des fondateurs de la Société des Droits de l’Homme dès 1832, il fut également membre de l’Association en faveur de la presse patriote. Dans les discussions sur les associations, il représente les montagnards contre l’école américaine, mais dans les discussions au sein de la SDH, il ne partage pas tout à fait les projets de Caunes* et soutient davantage Raspail* que Lebon*. Il crée Le Fondateur en janvier 1833.
Hostile à l’insurrection armée, il ne prit pas les armes et échappa aux recherches. Cependant, conscient de ses responsabilités, il se constitua prisonnier le 20 février 1835 et inculpé de complot contre la sûreté de l’État, choisit Antony Thouret comme défenseur. Il demeurait alors rue de La Tour-d’Auvergne (IIe arr., maintenant Ie). Il entra à Sainte-Pélagie et fut de ceux qui s’en évadèrent le 13 juillet 1835. Contumax, il fut condamné à la déportation le 23 janvier 1836. Indésirable en Belgique où il s’était d’abord réfugié, il s’exila à Londres où il participa à la création de la Société Démocratique Française (voir Berrier-Fontaine*). De Londres, il poursuivit sa collaboration au National et au Journal du peuple, rejoignit son frère en Algérie en 1840 et rentra à Paris en 1841.
Il entra en 1843 à la rédaction de La Réforme. Il y noua des liens d’amitié avec Ferdinand Flocon.
Il y eut à ses obsèques une foule énorme. La popularité de Godefroy Cavaignac survécut même aux Journées de Juin, où le qualificatif de « cavaignachien », né dans la classe ouvrière, n’avait rien de louangeur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article28251, notice CAVAIGNAC Éléonore, Louis, Godefroy par Notice revue et complétée par J. Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

SOURCES :Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou D Y 8/8-1745. — Tableau synoptique des accusés d’avril jugés par la cour des pairs établi par Marc Caussidière, Lyon, imprimerie de Boursy fils, 1837, Arch. Nat. BB 30/294, Bibl. Nat. in-4° Lb 51/24984. — Louis Blanc, Histoire de Dix ans (1830-1840), Paris, Pagnerre, 1841-1844, 5 vol., diverses rééditions, 1846 à 1877. — Élias Regnault, Histoire de huit ans (1840-1848), Paris, Pagnerre, 1851-1852. 3 vol. — Paul Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, Paris, Plon, Nourrit et Cie, 1884-1892, 7 vol. — Gabriel Perreux, Au temps des sociétés secrètes. La propagande républicaine au début de la monarchie de Juillet, Paris, Hachette, 1931. — J.-C. Caron, La Jeunesse des Écoles, Paris 1815-1848, thèse de doctorat, Paris I, 1989. — Notes de J. Grandjonc et G. Lubin.

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