CARREL Armand

Né le 8 mai 1800 à Rouen (Seine-Inférieure), mort le 24 juillet 1836 à Saint-Mandé (Seine). Militant républicain tué en duel par Émile de Girardin et qui fut pour tout le « parti » démocratique et pour l’ensemble des socialistes et des travailleurs une espèce de héros de légende.

Fils de commerçants, Armand Carrel était entré à l’École militaire de Saint-Cyr. Il en sortit sous-lieutenant au 29e régiment d’infanterie légère et s’affilia en 1822 aux carbonari. L’année suivante, il donna sa démission, alors qu’il tenait garnison à Marseille. C’est que, Louis XVIII faisant la guerre en Espagne pour restaurer l’absolutisme du roi Ferdinand VII contre les libéraux espagnols de Riego, il avait décidé de lever un bataillon de volontaires français pour aider Riego. Les libéraux espagnols ayant eu le dessous, Carrel fut fait prisonnier. Le conseil de guerre l’acquitta.
Il devint alors le secrétaire d’Augustin Thierry, ancien lui aussi de la Charbonnerie quand il était instituteur. Il collabora en 1826 au Producteur des saint-simoniens. Mais par tempérament, il s’intéressait plus à l’art de la politique qu’à la gestion sociale. Aussi s’éloigna-t-il vite de l’école saint-simonienne, en 1825-1826, en même temps qu’Augustin Thierry. Il créa la Revue américaine en 1826-1827 et publia quelques travaux historiques. Au début de 1830, il participa, avec Mignet et Thiers qui, transformés en fonctionnaires orléanistes, devaient le laisser seul après Juillet, à la fondation du National dont il fut le rédacteur en chef.
Indifférent au prolétariat, les journées de Juillet auxquelles il participa activement, lui révélèrent un monde nouveau. Monarchiste à ses débuts, il évolua peu à peu. Refusant une préfecture, il passa dans l’opposition républicaine en 1832, et fit du National une feuille ardemment républicaine. Mais, évoquant parmi les premiers « l’opinion républicaine conservatrice », il eut du mal à se faire admettre des anciens républicains. Membre de l’Association pour la presse patriote en septembre 1833, il fut aussi parmi les défenseurs des accusés d’avril 1834, après avoir été l’objet de perquisition en mai 1834. Il était toujours prêt également à défendre ses idées l’épée à la main...
Le duel qu’il eut avec Émile de Girardin et qui lui fut fatal, sa mort étant survenue deux jours après la rencontre, n’avait pourtant qu’une cause médiocre. Carrel mourut en pleine lucidité, refusant le secours de la religion catholique. À ses obsèques, dix mille Parisiens au moins défilèrent en silence derrière le corbillard. Le souvenir d’Armand Carrel était toujours vivant en 1848. Il était « le bon » Carrel, que l’on opposait volontiers à son successeur à la tête du National, « le mauvais » Marrast.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article28142, notice CARREL Armand, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Littré a rassemblé les articles de journaux d’Armand Carrel en cinq volumes (Paris, 1854). La notice du premier volume et les notes des autres volumes sont la source commune à tous les essais de biographie d’Armand Carrel. — Note de J. Risacher.

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