BUVIGNIER Isidore [BUVIGNIER Eusèbe, Isidore]

Né le 3 avril 1812 à Verdun (Meuse), place Chevert, mort le 7 ou le 8 novembre 1860 à Verdun. Frère aîné de Charles Buvignier. Avocat, journaliste, démocrate de 1848.

La famille Buvignier était originaire de Herbeuville, en Woëvre (Meuse). Le père appartenait à la bourgeoisie locale. La mère des deux militants démocrates, Marie Collet, fille de magistrat, aurait donné à ses fils son tempérament fougueux et même ses idées d’avant-garde.

Isidore, qui était « grand, fort, l’œil menaçant » avait une nature très combative. Son portrait se trouve dans la série de portraits humoristiques gravés par Gavarni en 1848.

Durant ses études de droit à Dijon, il avait fait partie des Amis du Peuple, puis de la Société des Droits de l’Homme. Il existe même parmi les dossiers de la Cour des pairs concernant les journées insurrectionnelles d’avril 1834, un dossier concernant Isidore Buvigner, cité comme éditeur à Dijon, ville pour laquelle il n’y a pas eu de mises en accusation. Mêlé cependant à un procès politique en 1834, il fut certes acquitté par le jury de la Côte-d’Or, mais exclu des Facultés de France pour quatre ans. Il ne put donc achever sa licence qu’après 1838, et à Toulouse.

Avocat stagiaire au barreau de Paris, il entra en rapports avec Louis Blanc*, collabora au Journal du Peuple, ce qui le situe au début de la décennie 40 parmi les démocrates inclinant vers le communisme.

Isidore Buvignier rentra, pour des raisons de famille sans doute, à Verdun, ouvrit un cabinet d’avocat, proche, sinon confondu avec celui de son frère Charles.

Autour de la feuille démocratique, Le Franc-Parleur de la Meuse, il posa les bases du parti républicain de la Meuse, avant 1848. Ayant appris, le 26 février 1848, les événements révolutionnaires parisiens, il organisa en faveur de la République une manifestation de rue pour le lendemain 27, où il proclama la République. Ce jour-là, il écrivit encore au général Paillet qui commandait la citadelle pour lui annoncer que les républicains allaient nommer une Commission provisoire, en remplacement de la municipalité orléaniste, et pour lui demander son ralliement. N’osant s’engager, le général tergiversa, ce qui lui valut de passer pour plus réactionnaire que bien d’autres, qui adhérèrent les jours suivants, et d’être mis à la retraite un peu plus tard. Il déposa maire et sous-préfet et partagea le pouvoir avec ses frères.

Le 29 février, la Commission provisoire prit forme. Isidore Buvignier et Charles Jonveaux en faisaient partie. Buvignier fut ensuite désigné comme sous-commissaire du Gouvernement provisoire. Le 23 et le 24 avril, à la tête d’une liste qui passait pour comprendre uniquement des « républicains avancés » et qui englobait en fait uniquement ceux qui méritaient le qualificatif de républicains dans la Meuse, Buvignier obtint 29 260 voix. Il fut le seul élu, et cela grâce avant tout au canton et à l’arrondissement de Verdun. On en conclura que les idées démocratiques et socialisantes ou socialistes de sa profession de foi avaient moins agi pour le succès de Buvignier que sa réputation d’homme et d’avocat, ou que la notoriété de sa famille.

À la Constituante, Isidore Buvignier siégea à gauche, parmi les démocrates ; il se distingua par la violence de ses interventions, se montra favorable aux réformes sociales, muet devant les Journées de Juin, hostile à Louis-Napoléon Bonaparte. Il adhéra à l’Adresse au Peuple. Voir Madet Charles*

Le vote du 13 mai 1849 pour la Législative fut défavorable à Buvignier. Il n’avait plus que 20 078 suffrages, contre 35 000 à 40 000 aux élus conservateurs. Il eut toutefois sa revanche en Saône-et-Loire, le 10 mars 1850, où il passa ainsi que toute la liste républicaine. Mais tous les élus furent invalidés. Le 13 mars, il fut condamné par la cour d’assises de la Seine à un an de prison, 500 F d’amende et cinq ans de privation de ses droits civiques pour son appartenance à la Solidarité républicaine fondée par Ledru-Rollin et Charles Delescluzes en 1849. Il dut donc renoncer à se représenter aux nouvelles élections du 28 avril où il fut remplacé par Colfavru. Emprisonné à la Conciergerie, il y rencontra Proudhon. Les deux hommes avaient des conceptions et des attitudes trop différentes pour s’entendre. L’homme d’action révolutionnaire semble bien avoir, dans la discussion, substitué le coup de poing à l’argument frappant. Ce fut lui que l’on relégua à Sainte-Pélagie.

Libéré de Sainte-Pélagie, Isidore Buvignier demeura à Paris. Il prit part à la résistance au coup d’État du 2 décembre 1851, selon le témoignage de Victor Hugo, tandis que la police le recherchait à Verdun. Quand il put s’enfuir de Paris, il gagna sa propriété de Châtillon-sous-les-Côtes (Meuse) où il se cacha. De là il rejoignit son frère Charles en Belgique.

Sur les listes de la Commission mixte, il fut seul inscrit comme républicain meusien à déporter en Guyane. Rentré en France après l’amnistie de 1859, il vécut un moment à Paris, puis s’en alla mourir à Verdun auprès de sa mère.
Voir Massard Nicolas.

Un collège porte son nom à Verdun.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article27902, notice BUVIGNIER Isidore [BUVIGNIER Eusèbe, Isidore] , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 mai 2013.

SOURCES : Arch. Mun. Verdun, carton K 4, liasse L 4. — Arch. Dép. Meuse, M 6. — Collection du Franc-Parleur de la Meuse. — L. Chaize, « La Révolution de 1848 à Verdun », Mémoires de la Société philomathique de Verdun, tome XXI, 1948. —A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — J. Balteau, M. Barroux, M. Prévost, R. d’Aman, T. de Morembert, Dictionnaire de Biographie française, Paris, Letouzey, 1933 sq. — M. Vuilleumier, « Trois lettres inédites d’Ernest Cœurderoy », International Review of Social History, vol. XI (1966), Part 2.

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