BRULEY Julien [dit LE ROUSSEAU Julien dit BRULEY, Julien, Jean-Baptiste]

Par Michel Cordillot, Bernard Desmars

Né à Ménilmontant (Paris) le 6 décembre 1812, prêtre puis évêque de l’Église française ; carrière de journaliste et d’homme de lettres au sein de l’École sociétaire durant quatre décennies.

Julien Bruley était destiné par son père à l’architecture. Mais il se tourna vers les études littéraires et les questions religieuses.

Ayant rejoint l’Église française peu après sa fondation sous le nom de Julien Le Rousseau, l’abbé Châtel fit de lui son vicaire général à Nantes. Secondé par l’abbé Saudron, il rallia plusieurs prêtres qui firent preuve de beaucoup de zèle et de dévouement, réussissant à faire de la succursale nantaise une institution relativement florissante. Il fut même un instant question d’installer un évêque dans cette ville, mais la chose ne put se faire faute de fonds. Puis, à la suite du décès subit de plusieurs de ses ministres (Saint-Estève en 1834, Burtin en 1835 et Saudron en 1836), l’Église française marqua le pas dans l’Ouest.

En 1837-1838, l’abbé Châtel envoya Le Rousseau en mission en Belgique. Sacré évêque avec le titre de vice-primat de l’Église française, il ouvrit le 1er octobre 1837 une succursale de l’Église française à Bruxelles, située rue Royale, à la porte de Schærbeck. Inaugurant le bâtiment encore en travaux, il reçut la foule des fidèles en compagnie de l’abbé Hersen non pas revêtu de ses ornements sacerdotaux, mais en costume civil. Il prononça à cette occasion un discours sur la réforme et ses progrès. Durant son séjour en Belgique, il donna également des cours de philosophie et de morale à la Société de concerts du peuple de Bruxelles.

Mais l’Église française était déjà engagée sur la voie d’un déclin irrémédiable. En 1839, Le Rousseau rentra en France et regagna la région nantaise (où il avait fondé une feuille intitulée Le Philophane). La rupture intervint probablement au début des années 1840. À mesure que l’Église française, victime du harcèlement des autorités, perdait de son influence, Le Rousseau semble s’être rapproché du mouvement fouriériste. De 1843 à 1848, il dirigea L’Observateur des Pyrénées qui paraissait à Pau. Il prit également part à la rédaction de La Phalange et de La Démocratie pacifique, et publia à la Librairie phalanstérienne un ouvrage sur la phrénologie.

Julien Le Rousseau semble avoir fait partie de la fraction du mouvement fouriériste qui regarda avec circonspection la décision prise par Considerant d’engager l’École sociétaire dans la voie de l’action politique, et plus encore son ralliement au mouvement démoc-soc au début de l’année 1849. Dans son livre De l’organisation de la démocratie, paru un an jour pour jour après la manifestation manquée du 13 juin 1849, il dénonçait l’impuissance de la « politique pure » (tout en défendant la forme républicaine de gouvernement et le suffrage universel), et se dissociait clairement de Considerant : « La journée du 13 juin, telle qu’elle a été préparée et conduite, a été une impardonnable faute de la démocratie » (p. 140).

Définitivement installé à Paris, il devint une figure connue de la presse parisienne, et fut l’un des fondateurs en avril 1857 du Courrier de Paris, dont il fut également le premier gérant.

Devenu de plus en plus conservateur, il justifia son ralliement à l’empire en alléguant le fait que le régime était « très favorablement disposé à l’égard des réformes sociales pacifiques, les seules véritablement fécondes » (La Science sociale, 16 septembre 1869). Il n’avait pas pour autant rompu avec ses idéaux fouriéristes, et quand les membres de l’École décidèrent en 1866 de créer une nouvelle revue intitulée La Science sociale, ils firent appel à lui à cause pour en assurer la rédaction du fait de son expérience en matière de presse. Il en fut effectivement l’un des trois principaux rédacteurs, avec Charles Pellarin et François Barrier. Mais les ventes ne réussirent pas à décoller (600 abonnés en 1868). Le Rousseau fut alors chargé d’enquêter sur le fonctionnement de la librairie fouriériste afin de proposer des mesures pour face aux difficultés financières qu’elle traversait. En 1869, il quitta la direction de La Science sociale, puis entra en conflit ouvert avec son successeur désigné, Valère Faneau, à qui il reprochait d’afficher son hostilité au régime impérial et son anticléricalisme, et d’avoir pris position en faveur de l’Internationale et de la « guerre sociale ». Il se vit en retour accusé de se comporter comme un disciple de Le Play et non en véritable fouriériste. En effet, contre la majorité de ses coréligionnaires, il se prononçait en faveur de la participation de préférence à la coopération (sans jamais poser la question de la répartition du pouvoir au sein de l’entreprise). Resté actionnaire de la société qui exploitait la Librairie des sciences sociales et publiait La Science sociale, il fit partie de son conseil d’administration de 1869 à 1872.

Contrairement à Considerant, Le Rousseau se montra violemment hostile à la Commune, dépeignant les insurgés comme des « malfaiteurs », et appelant à la répression légale « la plus énergique » (La Prospérité de l’État…, p. 159-264). Paru en 1873 avec une dédicace « Au peuple », son livre Éléments d’économique progressive entendait lutter contre « les menaces du socialisme confus et révolutionnaire » en exposant de façon très simplifiée les solutions préconisées par les fouriéristes. Politiquement, il finit par se rallier à la monarchie héréditaire (La Prospérité de l’État…, chap. 17, p. 313-329). Au cours des années 1870 et 1880, il paraît avoir cessé d’assister aux banquets du 7 avril (anniversaire de la naissance de Fourier), il et s’abstint d’écrire dans la presse fouriériste (Bulletin du mouvement social, Revue du mouvement social). Mais il assista à plusieurs assemblées générales des actionnaires de la société qui, sous la présidence de Pellarin, continuait à exploiter la librairie des sciences sociales, en dépit de sa faible activité et ses comptes déficitaires ; il participa également aux souscriptions destinées à maintenir la librairie en vie et entra même à nouveau au conseil d’administration de la société vers 1880, avant d’en prendre la présidence après la mort de Pellarin (1883). Un an plus tard, il fut toutefois contraint de procéder à sa dissolution.
Julien Le Rousseau mourut à son domicile parisien, 42, boulevard d’Italie (XIIIe arr.), le 28 février 1891. L’acte de décès le qualifie de rentier.

l était le frère de Marie-Élisabeth Bruley.

OEUVRE : Église catholique-française. Profession de foi [Signé Virgile Calland et Julien Le Rousseau, vicaires généraux de l’Église catholique-française], Nantes, V. Mangin et W. Busseuil, 1er février 1834, in-8, 16 p. – Discours contre le célibat, Nantes, imp. du commerce V. Mangin et W. Busseuil, fév. 1835, in-12. – Anniversaire de la révolution de 1830, Nantes, Imprimerie-librairie de Forest, juillet 1837, 16 p. – Le Philophane. Recueil de morceaux de philosophie, théologie, poésie, histoire, etc. Publié par une société de catholiques français au profit des pauvres, Nantes, imp. de V. Mangin et W. Busseuil, (1838,) In-8, 2 tomes en 1 volume. – Extraits du Philophane à tous. Le Philophane et l’Église française (Signé : La Société du Philophane), Nantes, au bureau du National de l’Ouest, 1839, in-8. – L’Église française à Messieurs V. Mangin, Reyneau, M. Picart, Legrand, C. de la Haye, De Bodeau, Le Bon Fils et Solande, Nantes, l’Église française, août 1839, 15 p. – Les Saintes Gens de l’Église catholique, apostolique et romaine, Nantes, Impr. de V. Mangin et W. Busseuil, 1840, in-8, 14 p. – Église catholique définitive. Formulaire de foi, Nantes, impr. de Forest, 1840, in-8, 8 p. – Église catholique-définitive. Théorie de l’immortalité [par Julien Le Rousseau, vice-primat, et E. Lodin de Lalaire, ministre], Nantes, impr. de Forest, Dépôt dans toutes les églises et chez les principaux libraires, janvier 1840 ; in-8, 14 p. – Notions de phrénologie, Paris, Librairie phalanstérienne, 1847, in-812 VIII-609 p. – De l’organisation de la démocratie (13 juin), Paris, Capelle, 1850, in-8, XI-480 p. – Baudoin IX, comte de Flandre, 1er empereur latin de Constantinople, drame historique en 5 actes, précédé de considérations historiques, politiques et littéraires d’une intéressante actualité, Paris, V. Lecou, 1854, in-18, 346 p. – Progrès de la littérature dramatique par le libre concours des auteurs nouveaux. Le Supplice d’une femme. Les Deux sœurs, Paris, Noirot, 1865, in-18, 293 p. – Conséquences du dégagement, de la limitation et de la réduction du jardin public dépendant du Luxembourg (décret du 25 novembre 1865), Paris, Noirot, 1866. – De l’Association de l’ouvrier aux bénéfices du patron, étude adaptée à la mise en pratique de ce système depuis 1842, dans la maison Leclaire, A. Defournaux et Cie, Paris, L. Hachette, 1870, in-12, IV, 376 p. (2e éd. revue et augmentée, 1886, in-18, LXVII-376 p.). – Des Fonctions sociologiques, de la constructivité, du langage et de la conscience, Paris, Guillaumin, E. Dentu, 1874, In-12, 352 p. – La Prospérité de l’État et la stabilité des pouvoirs par la réforme économique et l’organisation des libertés, Paris, Guillaumin, 1871, In-18, 458 p. – Éléments d’économique progressive, Paris, Guillaumin, 1873, in-18, 313 p. – Du rôle auxiliaire de la littérature dans le mouvement social, Paris, E. Dentu, 1876, in-18, 570 p.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article27731, notice BRULEY Julien [dit LE ROUSSEAU Julien dit BRULEY, Julien, Jean-Baptiste] par Michel Cordillot, Bernard Desmars, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 28 juillet 2017.

Par Michel Cordillot, Bernard Desmars

SOURCES : Archives nationales, Archives sociétaires, 10 AS 32-33. – École normale supérieure, Fonds Considerant, cartons 2, 3, 13. – Germain Sarrut et B. Saint-Edme, Biographie des Hommes du jour, vol. 2, 1re partie, Paris, Krabbe, 1836, p. 100. – L’Ami de la Religion, journal écclésiastique, politique et littéraire, t. 94 (1837), p. 627-628 ; t. 95 (1837), p. 184. – Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 5e éd., Paris Hachette, 1880. – Catalogue de la BnF. – Iorwerth Prothero, Religion and Radicalism in July Monarchy France. The French Church of the Abbé Chatel, Lampeter, The Edwin Mellen Press, 2005. –Félix Libaudière, Histoire de Nantes sous le régime de Louis-Philippe, Annales de la Société Académique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, 1898, p. 174.— Bernard Desmars, Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle, Dijon, Les Presses du réel, 2010.

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