BONNIAS Henri

Par J. Risacher

Né le 30 septembre 1800 à Salon de Provence (Bouches-du-Rhône). Homme de lettres. Membre de diverses sociétés républicaines.

Henri Bonnias aurait été, très tôt (vu son âge), l’un des orateurs de la Fédération avignonnaise pendant les Cent Jours et aurait fuit en 1816 pour échapper aux cours prévôtales. Il devint l’un des fondateurs de la Charbonnerie à Marseille (Bouches-du-Rhône) et fut condamné à 11 mois de prison par la cour d’Aix à la suite d’un duel. Bonnias vint ensuite à Paris en 1823 où il fut accueilli par les milieux libéraux et journalistiques, mais il les effraya bientôt par ses positions et, en les quittant, abandonna le journalisme. Il fut, à partir de 1826 et pendant 6 ans, secrétaire de Voyer d’Argenson* et se montrait très buonarrotien. Il écrivit un opuscule contre la modération des libéraux au temps de Martignac (1828) et combattit le constitutionnalisme de Cousin. Membre de la Société des Amis du Peuple, il fut le chef civil du bataillon des Amis du Peuple en Belgique en août 1830.
Demeurant 54, rue Neuve-Saint-Eustache (IIIe arr., maintenant rue d’Aboukir, IIe) puis 86, rue Popincourt (VIIIe arr., maintenant XIe), Henri Bonnias, qui avait rédigé sa défense pour le procès qui devait s’ouvrir le 10 décembre 1831, subit plusieurs condamnations au procès des Quinze : 15 jours de prison et 100 F pour offenses à magistrats à l’audience du 10 janvier 1832 et à 15 mois de prison et 500 F d’amende pour offense envers le roi, à l’issue du procès le 12 janvier 1832. Le pourvoi en cassation ayant été rejeté le 27 février, il fut incarcéré le même jour à Sainte-Pélagie, jusqu’au 4 avril et transféré dans la maison d’arrêt de Versailles le 8 avril 1832. Le choléra motiva cette décision du préfet de police parisien. Il fut écroué à Versailles, en compagnie de Raspail*, Ricard-Farrat*, Voisin* et cinq prisonniers légitimistes, le 8 avril 1832. Avec Raspail, Bonnias fut victime d’une véritable agression. Sous prétexte que le roi devait passer devant la prison pour une revue, le 11 juin 1832, ils furent « violemment arrachés et conduits les fers aux mains à Paris, en tête d’un chaînon de militaires que l’on dirigeait aux compagnies de discipline, insultés... » et revinrent à Versailles au bout de quelques jours. Bonnias, Voisin et Raspail luttèrent pour bénéficier d’un régime de détention politique comparable à celui qui avait été octroyé dans le quartier de Sainte-Pélagie. Raspail sut utiliser la presse, notamment La Tribune , à laquelle ils écrivirent tous les deux, pour faire pression sur le gouvernement. Ce dernier accorda des adoucissements, des privilèges pourrait-on dire, aux détenus de Versailles car Chateaubriand, lui-même emprisonné, avait témoigné sa solidarité envers les prisonniers républicains et, surtout, par crainte d’un scandale comme lors de l’incarcération de Magalon* à Poissy en 1823. L’affaire du 11 juin devait suffire...
Inculpé au procès des assises des Dix-neuf de la SAP, sur le droit d’association, du 15 décembre 1832, toujours à Versailles, il refusa, comme Raspail, de comparaître les fers aux mains. Ils furent acquittés par le jury. Il sortit sans doute de prison au printemps ou au début de l’été 1833, mais nous ne possédons pour la suite que de traces confuses et ténues. Le registre d’écrou de Sainte-Pélagie, avec deux adresses et professions différentes, licencié en droit, 55, rue du Cherche-Midi (Xe arr., maintenant VIe) en garni, et homme de lettres, 7, rue de Tournon (XIe arr., maintenant VIe), donne deux courtes incarcérations pour la même période (21 décembre 1833-6 janvier 1834), l’une sans doute pour effectuer sa peine de quinze jours infligée le 10 janvier 1832, l’autre de dix jours, cette fois pour complicité d’adultère, solidairement avec la femme Berchier ou Berdier, infligée le 15 mars 1832, alors qu’il était déjà incarcéré pour le procès des Quinze.
Le 4 août 1842, lors des obsèques de Voyer d’Argenson, dont il avait été le collaborateur, Henri Bonnias prononça sur sa tombe son éloge funèbre qui fut publié par l’Almanach icarien pour 1843, dont on ne peut dire s’il en était un collaborateur régulier et avait adopté les idées qu’il représentait.
En février 1848, Bonnias fut membre de la Société Républicaine Centrale mais s’en sépara dès le 21 mars pour rejoindre le club de la révolution de Barbès. Commissaire du gouvernement, il fut nommé préfet du Gard le 2 mai 1848, mais révoqué le 18 du même mois. La SRC le proposa néanmoins comme candidat du peuple à la Constituante.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article27042, notice BONNIAS Henri par J. Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par J. Risacher

ŒUVRE : Courte allocution qui devait être adressée au jury, le 10 décembre 1831, dans le procès des Amis du Peuple, Paris, Imp. de A. Mie, s. d., in-8°, 4 p.

SOURCES : Arch. Dép. Paris (Seine), série D Y, registres d’écrou, DY 8/6 n° 15747 ; n° 15809 ; n° 15810 ; n° 15749 ; DY8/7 n°1041 ; DY4/11 - 5480. — Arch. Dép. des Yvelines 8/6 Y 2, 121 Y 25 ; articles de La Tribune et du Moniteur en mai et juin 1832. — Discours du citoyen Raspail prononcé dans l’Assemblée générale de l’Association Républicaine pour la liberté de la presse [23 août 1833] et reproduit pour sa défense devant la Cour d’Assise qui l’a acquitté. Dixième publication du Populaire. — Almanach icarien pour 1843, p. 129-131. — Maurice Dommanget, Auguste Blanqui et la révolution de 1848, Paris, Mouton, 1972. — Alessandro Galante Garrone, Philippe Buonarroti et les révolutionnaires du XIXe siècle, Paris, Champ libre, 1975. — René Bargeton, Pierre Bougard, Bernard Le Clerc, P.-F. Pinard,Les préfets du 11 ventose an VIII au 4 septembre 1870. Paris, Archives nationales, 1981. — Jacques Grandjonc, Communisme/ Kommunismus/ Communism. Origine et développement international de la terminologie communautaire prémarxiste des utopistes aux néo-babouvistes, Trier, Karl Marx Haus, 1989. — J.-Cl. Vimont, Enfermer les politiques. Aux origines des régimes de détention politique (1810-1848), Thèse dact., Paris VII, 1991, 1295 pages. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993.— Notes de J. Grandjonc et J.-C. Vimont.

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