BONNAUD Jean, François, Félix

Né le 16 décembre 1823 à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), mort le 30 avril 1907 à Bourg-Saint-Andéol, démocrate socialiste.

Fils de cultivateurs (?), Bonnaud se donnait la qualité de cultivateur au moment des élections de 1849, mais il avait vécu à Paris jusqu’en septembre 1848 ; il s’installa plus tard dans les Basses-Alpes, et son acte de décès le dit « retraité ».
A Paris, Félix Bonnaud avait sûrement été mêlé aux événements pré-révolutionnaires et révolutionnaires de 1848. Après son retour au pays natal, le commissaire de police de Bourg-Saint-Andéol croyait savoir qu’il « a fait ses preuves sous les auspices de Blanqui », et qu’il est « un grand partisan du communisme » (cité par E. Reynier, La Seconde République dans l’Ardèche).
Bonnaud fonda et présida à Bourg-Saint-Andéol le club démocratique qu’il intitula la Société de l’Univers. Il eut une grande influence sur les mariniers, traditionnellement « rouges » et enthousiastes. Pour l’élection présidentielle du 10 décembre 1848, la Société de l’Univers exprima ses préférences pour Raspail*, mais se rallia à Ledru-Rollin*.
Pour les élections de mai 1849 à la Législative, Bonnaud et son club s’opposèrent à Laurent de l’Ardèche*, dont le langage était trop modéré pour eux. Partout, dans l’Ardèche, Laurent fut acclamé sans arrière-pensée, mais sa venue à Bourg-Saint-Andéol, le 13 avril, provoqua beaucoup d’agitation et un incident. Son discours au Café des Ouvriers, où il stigmatisa « toute lutte entre le pauvre et le riche », déçut les amis de Bonnaud. Le soir « la foule des gens de rivière » chanta, devant sa maison, la Marseillaise, le Chant du Départ, et une troisième chanson, « dont un couplet était particulièrement infâme et ordurier », selon le commissaire de police, que cite E. Reynier qui précise que le troisième chant était la Chanson de la Montagne.
Quelques jours après, le menuisier Molurier* était arrêté pour avoir chanté. Bonnaud alla le voir à la prison de Privas, en compagnie de l’ouvrier Vialatte*.
Au grand banquet de Privas, le 15 avril, Bonnaud protesta contre la décision de « la trinité des commissaires », c’est-à-dire des anciens commissaires du Gouvernement provisoire, amis de Laurent, et que Laurent énonça. C’était la décision d’établir immédiatement la liste électorale, sans attendre l’avis des comités locaux.
Le comité électoral de Bourg-Saint-Andéol s’efforça alors de faire figurer sur la liste dirigée par Laurent : Rey*, ouvrier ferblantier, Bonnaud, cultivateur, Taupenas*, vétérinaire, au lieu de Dupré*, qui n’avait pas accepté, de Chabert* et de Pierre Bonaparte. Finalement, Bonnaud ne fut pas candidat. Seul Rey figura sur la liste de Laurent, et ne fut pas élu.
Bonnaud anima ensuite une vive propagande pour la défense de la République. La Société de l’Univers fut fermée par le préfet de l’Ardèche. Les poursuites engagées contre Bonnaud et deux de ses amis à ce propos amenèrent l’émeute du 18 novembre 1850 à Bourg-Saint-Andéol. Bonnaud y joua un rôle modérateur. Cela n’empêcha pas la presse du parti de l’ordre, en province et à Paris, de flétrir « cette manifestation rouge » et son « meneur ». Parmi les journaux parisiens qui criaient le plus fort au « péril rouge », notons la feuille d’extrême droite L’Assemblée nationale, sous la signature de son rédacteur en chef A. Jeunesse (n° du 22 novembre 1850).
Déjà, Bonnaud avait été acquitté en cour d’assises, le 27 mars 1850, du chef d’« excitation à la haine du gouvernement et de la République », au sujet d’un discours qu’il avait prononcé durant la campagne électorale pour un siège vacant, auquel se présentait Hippolyte Carnot. Le 18 novembre, avant six heures du matin, le juge de paix, quelques gendarmes, une demi-section du 13e régiment léger d’infanterie de Pont-Saint-Esprit (Gard) arrivèrent pour perquisitionner chez Bonnaud et chez deux autres démocrates socialistes de Bourg-Saint-Andéol. La foule populaire se rassembla spontanément pour empêcher les perquisitions. La troupe tira : il y eut un mort, une femme blessée. Du côté des forces de l’ordre, un capitaine fut blessé. Des barricades couvrirent toute la ville. On procéda à vingt-trois arrestations, dont celles de deux femmes. La cour d’assises infligea quatre condamnations : deux à deux ans (Antoine Fournier* et Hugon père*), une à un an (Hugon fils*), une à six mois de prison (Placide Lascombe*). Nul ne contestant son attitude apaisante, Bonnaud fut mis hors de cause.
On le retrouve dans l’Ardèche, sur la fin de sa vie, comme auteur de brochures et de livres socialistes, d’un socialisme qui date de 1848. Il publie entre autres La Révolution de 1848 à Bourg-Saint-Andéol, récit pittoresque qui a fourni, ainsi que l’ouvrage cité d’Elie Reynier, la source de cette notice. Voir Molurier*, Rey*, Taupenas*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article27000, notice BONNAUD Jean, François, Félix , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 4 juillet 2017.

ŒUVRE :Cabet et son œuvre, Privas, 1900, in-8°. — Qu’est-ce que le Socialisme ? Bourg-Saint-Andéol, 1901 (broch.). — La Révolution de 1848 à Bourg-Saint-Andéol, Privas, Imprimerie nouvelle, 1905, in-8°.

SOURCES : E. Reynier, La Seconde République dans l’Ardèche, p. 16, 59-60.

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