ABREU Y ORTA Joaquin

Par Gérard Brey

Né en mai 1782 à Tarifa (province de Cadix), mort en 1851. Officier, puis exploitant agricole, député aux Cortès, libéral en exil en France, puis adepte du fouriérisme qu’il introduisit en Espagne.

Né dans une famille aisée d’origine noble, passionné d’agriculture et de sciences exactes, officier de marine, Joaquin Abreu y Orta participa à la guerre d’indépendance contre Napoléon, puis adhéra à la fraction la plus radicale du libéralisme, ce qui lui valut un premier exil entre 1817 et 1820. Conseiller général puis député durant le triennat libéral de 1820-1823, il rédigea la loi remettant en vigueur le décret de 1813 sur la répartition des biens communaux. Il vota en juin 1823 la destitution de Ferdinand VII, fut dépouillé de ses biens et condamné à mort.

Il parvint à quitter son pays pour un second exil de onze années (Afrique du Nord, Londres, Belgique). Autorisé à se réfugier en France, il s’établit à Marseille en juillet 1831. Séduit par les idées fouriéristes (voir Charles Fourier*, il se rendit en juin 1833 à Paris et à Condé-sur-Vesgres (Seine-et-Oise), « guidé par l’espoir — écrira plus tard François Devay — d’assister aux premiers essais de réalisation d’une doctrine dont il se disait l’apôtre dévoué et convaincu » (La Démocratie Pacifique, 18 mai 1851). Il fit alors la connaissance du maître et de ses disciples : Clarisse Vigoureux*, Just Muiron*, Victor Considerant*, Alexandre Baudet-Dulary*, François Devay. Après l’échec du projet de Condé, une mesure d’amnistie l’incita à regagner la province de Cadix en octobre 1834. Il avait alors cinquante-deux ans.

Il rentra en Espagne et fut battu aux élections parlementaires de 1836 comme libéral indépendant. Il refusa la mairie de Tarifa mais devint administrateur provincial des revenus de la loterie jusqu’en 1848, puis géra une exploitation agricole jusqu’à sa mort.

Au fil des années, il s’efforça de populariser les thèses fouriéristes en Espagne. Entre décembre 1838 et avril 1842, il publia quarante-six articles dans la presse madrilène ou gaditane. Partisan de la mise en vente des terres de l’Église et des communes, dont il savait pourtant qu’elle profitait avant tout « aux riches », il préconisa également « la création d’entreprises agraires modernes avec contrats de travail, sécurité sociale et participation effective des travailleurs agricoles aux bénéfices » en attendant l’instauration et la généralisation du régime phalanstérien.

À certains égards Abreu fut pourtant davantage un bourgeois libéral critique et atypique qu’un phalanstérien orthodoxe. Toutefois, il alla selon J. Maluquer « plus loin que Fourier et ses adeptes dans la compréhension de l’exploitation du prolétariat industriel et de la lutte des classes ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article2649, notice ABREU Y ORTA Joaquin par Gérard Brey, version mise en ligne le 21 janvier 2009, dernière modification le 1er octobre 2012.

Par Gérard Brey

SOURCES : François Devay, « Nécrologie. M. Abreu », La Démocratie Pacifique, 18 mai 1851. — Antonio Elorza, Socialismo utópico español, Madrid, Alianza, 1970 — Antonio Elorza, E1 fourierismo en España, Madrid, Ed. Revista del Trabajo, 1975 — Jordi Maluquer de Motes Bernet, E1 socialismo en España 1833-1868, Barcelone, Critica-Grijalbo, 1977 — Antonio Cabral Chamorro, Socialismo utópico y revolución burguesa : el fourierismo gaditano, 1834-1848, Cadix, Diputación Provincial, 1990. — HYPERLINK "http://www.charlesfourier.fr/article.php3?id_article=415