BÉRAUD Pierre, Antoine

Par Notice revue et complétée par Jean Risacher

Né vers 1817 à Lyon (Rhône) ; étudiant en droit, puis phrénologue ; membre des loges maçonniques d’Arras et d’Angers ; membre de divers mouvements socialistes ou révolutionnaires, membre des clubs blanquistes sous la Deuxième République.

La mère de Pierre Béraud, née Pierrette Regny, dirigeait une école communale à Paris et ses parents moururent dans les années trente. Il fit ses études de droit à Paris. En 1837, demeurant rue Montorgueil (IIIe ou Ve arr. anciens, actuels Ier ou IIe), Pierre Béraud placardait des affiches ou bulletins qui le firent arrêter et conduire à Sainte-Pélagie le 14 septembre, inculpé d’acte d’adhésion à une autre forme de gouvernement, en exprimant le vœu de la destruction de l’ordre monarchique constitutionnel. Le 6 mars 1838, la Cour royale de Paris le condamna à un an de prison plus les frais et il recouvra la liberté le 2 janvier 1839. Peu après, demeurant rue Beaubourg (VIIe arr. ancien, maintenant IIIe ou IVe) et membre de la Société des Saisons, il fut de nouveau écroué à La Force le 12 juillet 1839, pour association illicite, et libéré, sans doute pour non-lieu, le 23 août. Demeurant cette fois rue de la Vieille-Boucherie (XIe arr. ancien, maintenant place Saint-Michel ou rue de la Harpe, Ve), il fut de nouveau arrêté à la suite de la découverte de 80 kilogrammes de poudre chez Mathieu d’Épinal en octobre 1839. En cette circonstance, il est considéré comme complice de Charles Napoléon Duval. Il y eut onze arrestations dans les milieux républicains de la capitale. On accusa les prévenus d’appartenir aux sociétés secrètes républicaines et d’avoir fabriqué une machine infernale qui éclata le 28 novembre 1839 près du Palais-Royal. Dans la séance du 16 décembre 1839 du procès de la deuxième catégorie des accusés des journées insurrectionnelles de mai 1839, Mérilhou évoque cet événement et désigne le coupable qu’il nomme Béro sur lequel on a trouvé des documents prouvant l’existence d’une nouvelle société secrète après mai 1839. Inculpé pour complot et tentative de meurtre il ne fut condamné qu’à deux ans de prison pour détention de poudre et de munitions de guerre, le 16 mai 1840, par le tribunal correctionnel de la Seine pour l’affaire dite de la « Machine infernale de la rue Montpensier » (voir Antoine Boulanger* et Mathieu d’Épinal)*.
Béraud fut d’abord enfermé avec Jean-François Béasse* à Doullens (Somme), où il arriva vers la mi-juillet, avec Benjamin Flotte, Philippe Thomas et Denis Levayer et où il fit peu parler de lui. A la suite de la mutinerie qui dura plusieurs jours début février dans la citadelle, il fut transféré le 28 février 1841 au Mont-Saint-Michel (Manche) où il séjourna jusqu’à sa libération qui intervint le 15 mai 1842, après qu’il ait été cruellement torturé et battu, comme en témoigne Auguste Blanqui* dans une lettre à Fulgence Girard*. Il avait tenté en vain d’attaquer en justice le directeur de la prison en essayant de faire parvenir à Fulgence Girard, avocat à Avranches et ami de Blanqui, une procuration à cet effet, mais la lettre fut interceptée et provoqua les conséquences que l’on peut imaginer. Il fut aussi parfois l’animateur de révoltes violentes des détenus.
Revenu à une vie normale, après ces expériences douloureuses, il put enfin exercer une profession. Il possédait des collections ostéologiques et organisait des séances publiques de phrénologie qu’il faisait suivre de cours particuliers et de consultations. Il fit des tournées en Belgique et dans le Midi, de Liège à Bordeaux (Gironde), en passant par Marseille (Bouches-du-Rhône) et Nîmes (Gard). C’est ainsi qu’il se trouvait à Saint-Étienne (Loire) en 1843. Interdit de séjour, il fut arrêté le 25 février et demanda à se fixer à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Ses pérégrinations le firent aboutir, comme par hasard, à Tours (Indre-et-Loire) où se trouvaient également ses anciens compagnons, Béasse, Blanqui, Huber et bien d’autres, et où il fut signalé dès octobre 1846. Sa profession lui permettait de faire une importante propagande dans les milieux ouvriers. Sa brochure, Une nuit à Venise, était considérée comme « un ouvrage révolutionnaire très dangereux ». A l’hôpital de Tours, il voyait beaucoup plus Blanqui que Huber, les connaissances scientifiques du premier correspondant davantage aux siennes. Il fut considéré comme un communiste icarien, l’un de ceux qui se compromirent le plus avec Auguste Blanqui dans l’affaire de la société chantante des Fils du Diable, en 1847 (voir Jean-François Béasse*, Eugène Bonin*, Auguste Lebreton *). Prévenu d’association illégale et d’excitation à la révolte à l’issue des émeutes des grains, il fut arrêté comme Blanqui le 29 novembre 1846 et incarcéré à la maison d’arrêt de Tours. Transféré à Blois (Loir-et-Cher), le 21 avril 1847 pour comparaître au procès de l’émeute des grains. Acquitté, il fut libéré le 29 avril 1847, il quitta rapidement la ville.
Dès le 25 février 1848, il rejoignit Blanqui et devint membre de la Société Républicaine Centrale, dont il fut l’un des secrétaires et cosigna à ce titre l’adresse de protestation de la SRC au gouvernement provisoire au lendemain de la répression sanglante des manifestations consécutives au scrutin de la Constituante du 27 avril, notamment à Rouen. Après le 15 mai et l’arrestation de Blanqui le 26, avec Claude FeuillÎtre*, Eugène Fombertaux*, Laroué*, il devint secrétaire du club du Peuple, dont Alphonse Esquiros*, Paul Deflotte* et Pierre Lachambeaudie* étaient président et vice-présidents et L’Accusateur public l’organe. On l’appelait le club Blanqui. Pendant les journées de juin, il fut l’un des chefs de l’insurrection dans le faubourg Saint-Antoine et, forcé de fuir devant les troupes, il se réfugia chez la mère de Blanqui, près de la barrière du Trône. On sait peu de choses sur la suite : Il fut l’un des rédacteurs des Veillées du peuple. Journal mensuel de la Démocratie socialiste, auxquelles Auguste Blanqui contribua, et qui n’eut que deux numéros, parus en novembre 1849 et en mars 1850. Il dut sans doute se réfugier à Genève sous le Second Empire puisque dans une lettre à Blanqui de septembre 1864, Lacambre l’informe des polémiques violentes menées par Pierre Béraud dans la Nation le journal de James Fazy*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article26253, notice BÉRAUD Pierre, Antoine par Notice revue et complétée par Jean Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 17 juin 2019.

Par Notice revue et complétée par Jean Risacher

ŒUVRE : De la phrénologie humaine appliquée à la philosophie, aux mœurs et au socialisme, par A.-Pierre Béraud, Paris, Durand, 1848.

SOURCES : Arch. Nat., BB 18/1441, doss. 1992 a. — Arch. Dép. Paris (Seine), Registres d’écrou DY8/12-4881 (1837) ; DY4/47-5060, DY4/49-7120 (1839-1840). — Arch. Dép. Somme, Registres d’écrous, série Yb15 (1840), Y 15, Y 3 et Y 23. — Arch. Dép. Indre-et-Loire, Registres d’écrous 2Y/340-1053 ; 2Y/161-498 (1846). — Arch. Dép. Loire, 10 M 25. — Gazette des Tribunaux, 31 octobre 1839, , 4 décembre 1839, p. 110, 14, 15, 17 mai et 4 juillet 1840. — L. Nouguès, Une condamnation de mai 39, Paris, Dry aîné, 1850. — E. L’Hommedé, Le Mont-Saint-Michel, prison politique sous la monarchie de Juillet, Paris, Boivin, 1932. — M. Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848. Premiers combats et premières prisons, Paris, Mouton, 1969. — M. Dommanget, Auguste Blanqui et la révolution de 1848, Paris, Mouton, 1972. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire à la fin du Second Empire, Paris, Armand Colin, 1960. — C. Latta, Un républicain méconnu, Martin Bernard, 1808-1883, Saint-Étienne, Centre d’Études foréziennes, 1980. — J.-Cl. Vimont, Enfermer les politiques. Aux origines des régimes de détention politique (1810-1848), Thèse dact., Paris VII, 1991, 1295 p. — J.-Cl. Vimont, La Prison politique en France, Genèse d’un mode d’incarcération spécifique, XVIIIe-XXe siècles, Paris, Anthropos, 1993, 503 p. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993. — Les Révolutions du XIXe siècle. 1848 (catalogue), Paris, EDHIS, s. d. — Note de J.-C. Vimont.

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