COURNET Frédéric, Étienne

Né le 25 décembre 1839 (ailleurs le 29 décembre) à Paris ou à Lorient ?, mort le 23 mai 1885 ; journaliste ; marié, père de deux enfants ; membre de la Commune.

Il était le fils de Frédéric, Constant, combattant de 1848, représentant montagnard de Saône-et-Loire à la Législative, résistant au coup d’État du 2 décembre 1851.
Dès 1863-1864, Cournet, qui se présentait comme journaliste, écrivait dans de petits journaux du quartier Latin ; le 10 avril 1865, il fut condamné, à Bordeaux, à 100 f. d’amende pour coups. Il fut tour à tour voyageur de commerce, employé de chemin de fer, directeur du casino d’Arcachon. De 1866 à 1868, il navigua sur un paquebot de la Transatlantique, dans les fonctions de commissaire de bord, entre les Antilles et l’Amérique du Sud. De retour en France, il fut arrêté quatre à cinq jours en 1868 pour avoir discouru sur la tombe de Baudin*, puis on lui infligea, le 31 juillet 1869, quinze jours de prison pour infraction à la loi sur les réunions publiques. Arrêté depuis la mi-juin, il resta plus de deux mois à Mazas et n’en sortit qu’après l’amnistie du 15 août. Il organisa l’enterrement de Victor Noir*, fut arrêté le 8 février 1870, impliqué dans le procès de Blois fin juillet, et accusé d’avoir poussé au meurtre de l’empereur, mais finalement acquitté. Il collaborait au Réveil qu’avait créé Delescluze* le 2 juillet 1868 et qu’il dirigeait. Il collabora d’ailleurs au Réveil du Peuple, 18 avril-22 mai 1871 qui en fut le continuateur.
Après le 4 septembre, il fut élu commandant de l’un des bataillons de Montmartre et paya de sa personne à Drancy et à Bondy, mais fut cassé de son grade après la tentative insurrectionnelle du 31 octobre.
Élu, en février 1871, député de la Seine à l’Assemblée nationale, il fit partie, à ce titre, de la délégation qui, le 19 mars, se rendit à l’Hôtel de Ville pour une entrevue avec le Comité central de la Garde nationale. L’entente ne se fit pas et, le 28 mars, Cournet démissionna. Il avait été élu deux jours plus tôt membre de la Commune dans le XIXe arrondissement, avec 5.540 voix. Il fit partie de la Commission de Sûreté générale, le 29 mars, de la Commission exécutive, le 3 avril. Délégué à la Sûreté générale en remplacement de R. Rigault*, le 24 avril, il fut lui-même remplacé par Ferré le 13 mai. Il appartint à la Commission de la Guerre, le 15 mai. Il vota pour le Comité de Salut public. Le 26 mai, avec Varlin* et quelques autres, il s’efforça, en vain, d’empêcher le massacre des otages, rue Haxo.
Par contumace, le 6e conseil de guerre le condamna à la peine de mort, le 30 novembre 1872. Il habitait pendant la Commune, 221, rue Saint-Antoine, IVe arr.
Réfugié d’abord à Londres, Cournet fit partie du conseil général de l’Internationale à partir du 21 novembre 1871 et, à ce titre, fut signataire de la troisième édition de la Guerre civile en France, le célèbre pamphlet de Marx. À ce titre également, il fut délégué au congrès de La Haye, 2-7 septembre 1872, où il représenta aussi le conseil fédéral danois. Il présida un moment ce congrès, mais, mécontent du vote sur le transfert du Conseil général à New York, il partit avant la fin, ainsi que ses camarades blanquistes Arnaud*, Ranvier* et Vaillant*. À la suite du congrès, il signa avec Arnaud, Marguerittes*, Constant Martin*, G. Ranvier*, É. Vaillant - principal auteur - la brochure Internationale et Révolution. Cournet se montra fidèle blanquiste, du moins après la Commune, et Eudes* porta témoignage dans une lettre du 11 juin 1879 à Blanqui*, peu après la sortie de celui-ci de Clairvaux, et dont le brouillon est conservé à l’IFHS : « Cournet n’hésita pas, aussitôt en exil, à nous suivre et à rompre avec tout ce que la légende de son père et de Delescluze lui réservait ici. »
D’après un rapport de police, il écrivit en 1873 sous le pseudonyme de Skethchley dans The Républicain Herald. En juin 1874, il figura parmi les signataires de la brochure blanquiste Aux Communeux publiée à Londres. Quelques mois plus tard, en septembre, il se rendit en Suisse, accompagnant Rochefort*. Il était encore à Genève les années suivantes, aidant Rochefort à faire paraître La Lanterne. Il rentra à Paris en juillet 1880 et collabora alors à L’Intransigeant que venait de lancer Rochefort, 14 juillet. En décembre 1880 Cournet donna des articles au journal de Blanqui, Ni Dieu ni Maître. Il collabora également, à cette époque, au Citoyen et fut rédacteur en chef du Réveil de Lyon qui dura peu : fin 1881-début 1882.
Après la mort de Blanqui, 1er janvier 1881, il fut un des fondateurs, avec Eudes, Vaillant, Granger*, Breuillé*, Albert Goullé*, Marguerittes, Constant Martin, Ernest Roche*, de la nouvelle organisation blanquiste : le Comité révolutionnaire central.
En janvier 1881 il fut candidat aux élections municipales dans le quartier Saint-Gervais (Paris, IVe arr.) où il obtint 2,34 % des voix et à la Santé (Paris, XIVe arr.) où il obtint 2,89 %des voix. Quelques mois plus tard, en août, il était à nouveau candidat, dans le XVe cette fois, où il représentait le Comité révolutionnaire central, aux élections législatives. Il obtint 1 284 voix alors que l’élu en recueillit 8 082.
Cette même année, Cournet sollicita une indemnité comme victime du coup d’État de 1851. « Sa conduite et sa moralité ne donnent lieu à aucune remarque particulière », mentionnait à cette occasion un rapport de police du 8 décembre, mais « ses opinions politiques ne se sont nullement modifiées » depuis 1871. Pour demander cette indemnité, Cournet se basait sur le fait que son père, qui exploitait au moment du coup d’État une usine pour l’épuration des huiles et des graisses, avait dû fuir en Angleterre alors qu’il avait engagé dans cette affaire 80 000 à 100 000 F.
En dehors des discussions politiques, Cournet apparaissait comme « le plus doux et le plus aimable » des garçons, « ne dédaignant ni une partie de dominos, ni une partie de tric-trac » dont les combinaisons l’absorbaient « aussi profondément que l’étude d’un problème social » (La Vérité, 16 février 1871).
Cournet, qui habitait en dernier lieu, 11, rue Guy-Patin, à Paris, Xe arr., mourut en 1885 et fut enterré le 25 mai au Père-Lachaise. 4 000 à 6 000 personnes, selon les estimations mêmes de la police participèrent à la cérémonie. Derrière le cercueil étaient groupés les principaux rédacteurs de l’Intransigeant, du Cri du Peuple, du Radical, de la Bataille.
Plusieurs drapeaux rouges et le drapeau noir des anarchistes du XXe arr. furent déployés dans le cimetière. Vaillant, Goullé, Rochefort, Lisbonne*, Eudes, d’autres encore, prononcèrent des discours. Une brève mais dure bagarre se produisit à la sortie du cimetière entre la police et les anarchistes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article2610, notice COURNET Frédéric, Étienne, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 29 juin 2016.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/855, n° 1875. — Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — Arch. PPo., B a/1020. — La Première Internationale, (J. Freymond), op. cit. — Archives Bakounine, op. cit., vol. II. — M. Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, Thèse de doctorat d’État en science politique, Univ. Paris I, 1879.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 257. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 140. — Arch. PPo., B a/1020 (ce dossier renferme des photographies et la photocopie d’une lettre de Cournet) et album 286/43.

Version imprimable Signaler un complément