BASTIAT Claude, Frédéric

Né le 30 juin 1801 à Bayonne, mort le 26 décembre 1850 à Rome. Économiste libéral et propagandiste en faveur du libre échange. Il a mené contre Proudhon une polémique demeurée célèbre sur le rôle du crédit.

Bastiat était le fils d’un négociant et devint orphelin à l’âge de 10 ans. Il entra, plus tard, dans la maison de commerce familiale. En 1829, il voulut exploiter, selon les dernières méthodes de l’agronomie, le vaste domaine de Sengresse, commune de Mugron (Landes). Ce fut un échec complet.
Au moment des ordonnances de Juillet, il se rendit à Bayonne pour y provoquer un soulèvement militaire avec le général Lamarque. Son amitié pour Laffitte lui valut, sans doute, autant que son adhésion au nouveau régime, la place de juge de paix à Mugron, puis celle de conseiller général du canton (1832). En 1840, il entreprit un voyage en Espagne et en Portugal, à l’effet d’y créer une compagnie d’assurances, mais il n’y parvint pas.
Il devint célèbre grâce à un article du Journal des Économistes (octobre 1844) où il s’élevait avec vigueur contre le protectionnisme, et par la publication, dans le même journal, d’une « Lettre ouverte à M. de Lamartine sur le droit au travail », où il critiquait les théories socialistes, au nom du libéralisme. Lamartine lui répondit en reprochant aux économistes de méconnaître les questions sociales.
En 1845, Bastiat publia un gros ouvrage : Cobden et la Ligue, ou l’agitation anglaise pour la liberté du commerce. Il fut fait correspondant de l’Institut. La même année, appuyé par la chambre de commerce de Bordeaux, il fit campagne pour une union douanière franco-belge. Il fonda, à Bordeaux, une association libre-échangiste et, à Paris, l’Association pour la liberté des échanges. Avec Michel Chevalier, Horace Say, Denière, Riglé, Potonie, Paillotet, il fut un des animateurs du journal le Libre-échange, où il publia des articles qui seront réunis sous le titre de Pamphlets (1845). Il y traitait un peu de tout, ne méprisant ni le paradoxe ni l’effet de style (Cf. les articles : « La peur d’un mot », « La main droite et la main gauche », « Un chemin négatif »). En 1847, afin de répandre ses idées, il ouvrit à Paris un cours à l’usage des étudiants ; il donna des conférences à Lyon et à Marseille.
Sous la monarchie de Juillet, Bastiat avait échoué trois fois à la députation, mais après la révolution de Février, les électeurs des Landes l’envoyèrent à la Constituante et à la Législative. Il vota presque toujours avec les modérés. Cependant quand Le Représentant du Peuple de Proudhon (15 mai 1848) publia les statuts de la Société nationale de la Banque d’échange, Bastiat figurait parmi les membres du bureau. Dans le numéro du 6 juillet, Proudhon répète qu’il a l’appui de Bastiat et du Libre échange, mais le 31 juillet, au Palais-Bourbon, Bastiat votait contre la proposition Proudhon, qui tendait à organiser le crédit gratuit. Bastiat n’avait en fait que railleries pour ce socialisme de l’échange et de la circulation. Il le dénonçait comme une utopie et il prenait la défense de l’intérêt. Pendant treize semaines la polémique Proudhon-Bastiat alimenta La Voix du Peuple, que Proudhon avait lancé dans l’été 1849. Elle a donné lieu à une double publication en librairie, l’une inspirée par Bastiat : Gratuité du crédit. Discussion entre M. Bastiat et M. Proudhon. l’autre par son adversaire : Intérêt et principal. Discussion entre M. Proudhon et M. Bastiat sur l’intérêt des capitaux.
En 1849, Bastiat avait également fait paraître quelques pamphlets politiques : Incompatibilités parlementaires, où il réclamait, en vain, l’interdiction du cumul des fonctions de ministre avec celles de député, Baccalauréat et socialisme, où il faisait le procès de la culture classique.
Malgré son hostilité à l’égard des doctrines socialistes, Bastiat vota, en 1849, en faveur du droit de grève et, la même année, prit une part active au congrès de la Paix à Paris. Dans le même esprit, il rédigea Les Harmonies économiques où il alléguait la solidarité d’intérêts entre les hommes, entre les classes sociales, entre les nations. La première partie parut seule.
Il mourut, usé par le travail, au cours d’un séjour en Italie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article25911, notice BASTIAT Claude, Frédéric , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRE : Outre celles qui sont notées ci-dessus : Sophismes économiques (1845-1848).

SOURCES : J. Balteau, M. Barroux, M. Prévost, R. d’Aman, T. de Morembert, Dictionnaire de Biographie française, Paris, Letouzey, 1933 sq., t. V. col. 786 et suiv. — J. Gaumont, Histoire générale de la Coopération en France, t. I, Paris, Fédération Nationale des coopératives de consommation, 1924.

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