BARODET Désiré

Né le 27 juillet 1823 à Sermesse (Saône-et-Loire), mort en 1906 à Paris, instituteur et homme politique démocrate.

Barodet doit sa notoriété à deux choses : son élection contre M. de Rémusat à Paris, le 27 avril 1873, et l’adoption sur sa proposition, par les députés, en 1889, du recueil des programmes sur lesquels les élus de chaque législature ont été désignés par les électeurs. La lecture des « Barodet » ne manque pas de piquant.

Mais Barodet n’a pas été inclus dans ce Dictionnaire pour les deux raisons ci-dessus. Ce qui nous intéresse en lui c’est son activité politique de démocrate et de socialiste autour de 1848.
Fils d’un instituteur de village de Saône-et-Loire qui voulait qu’il devînt curé, Désiré Barodet entra d’abord au petit séminaire d’Autun ; il le quitta pour aller à l’École normale de Mâcon. À sa sortie de l’École normale, il enseigna dans le Jura, puis revint en Saône-et-Loire. Dans les deux départements, durant les dernières années de la monarchie de Juillet, il fit également de la propagande démocratique, notamment en 1847 en faveur de la réforme électorale.
Démocrate-socialiste en 1850, il fut révoqué de son poste par Falloux, et se consacra totalement à la propagande. Le maréchal de Castellane, qui faisait régner la terreur conservatrice autour de Lyon, signalait la présence itinérante de Barodet, à partir du village de Cuisery où il continuait à résider (Journal, tome V, p. 339).

À Cuisery, Barodet recevait des démocrates socialistes comme Colfavru*, et des « communistes » comme Esquiros*. En mai 1850, Esquiros déposa sur le bureau de l’Assemblée législative des pétitions qui lui avaient été remises par Barodet et qui protestaient contre la mutilation du suffrage universel que devait réaliser la loi du 31 mai.
Barodet ouvrit à Cuisery une école libre laïque. L’autorisation nécessaire lui fut refusée après le coup d’État.

Du coup d’État, il n’eut pas à souffrir dans sa liberté. Il ne figure sur aucune liste d’arrestation, de proscription ou de mise en surveillance. On sait seulement qu’il faisait à Cuisery des quêtes pour alimenter la caisse des bannis de Bruxelles. On sait aussi qu’en 1853 il envisagea de partir en compagnie d’Esquiros, pour rejoindre la colonie phalanstérienne qui essayait de se développer au Texas.

Puis, l’administration l’ayant réduit à la misère à Cuisery, sans entamer d’ailleurs son influence, il gagna Lyon, travailla comme comptable dans diverses entreprises et milita avec les démocrates et socialistes lyonnais. Ce fut lui qui proclama la République à Lyon le 4 septembre 1870 et qui devint le maire de la ville.

Son élection à Paris en 1873 devait avoir valeur de symbole. Alors que les observateurs politiques prévoyaient que des trois candidats, le colonel Stoffel, droite bonapartiste, M. de Rémusat, orléaniste ou républicain conservateur à volonté comme M. Thiers, qui le soutenait, et Barodet radical, soutenu par Gambetta, ce serait M. de Rémusat qui triompherait, le scrutin donna pour 457 049 inscrits et 345 759 votants :
Barodet, 180 045 voix, élu ; de Rémusat, 135 028 voix ; Stoffel, 26 644 voix.
Victoire de la République, indéniable désormais, majorant tous les signes de victoire enregistrés depuis la Commune.
Barodet, élu par le IVe arrondissement de Paris en 1876, fit naturellement partie des 363 de 1877, fut réélu et le sera constamment, au scrutin de liste ou au scrutin d’arrondissement jusqu’en 1898.

Il fut, en 1881, l’un des fondateurs de la « Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus » créée à l’initiative du docteur Edmond Goupil.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article25796, notice BARODET Désiré , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 9 mars 2019.

SOURCES : Arch. P.Po., B a/491, /492, /493, /494, /948. — « Lettres inédites de et à Barodet », La Révolution de 1848, t. IX, p. 136 et q., et « Lettres d’Esquiros à Barodet », Ibid., t. XII, p. 314 et q. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891.

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