BABY Jean-François

Né en 1759 à Tarascon-sur-Ariège (Ariège), fusillé le 9 octobre 1796 à Paris. Babouviste.

Riche propriétaire foncier, Baby devint partisan des idées nouvelles en 1789. Il joua dans son pays un rôle politique, fit preuve de qualités d’organisateur. Tantôt il s’agissait de fêtes civiques et tantôt de protéger la frontière contre l’invasion de contre-révolutionnaires espagnols ou émigrés en mobilisant les gardes nationaux du district.
Procureur syndic du district de Tarascon, Baby appliquait en effet avec zèle et énergie les mesures révolutionnaires, notamment dans le domaine des subsistances, de l’équipement des troupes, ou pour l’exécution de la Constitution civile du clergé. Ancien ami de Vadier*, qui lui-même avait eu des relations avec les Égaux et Babeuf*, il fut en 1793, dans le département, son auxiliaire dévoué, en qualité de commissaire civil. Il poursuivit avec vigueur la chasse aux tièdes et aux suspects, et l’organisation de l’armée révolutionnaire. Il était en outre député suppléant à la Convention.
Considéré après Thermidor comme terroriste, et accusé par les « réacteurs » ariégeois d’avoir fait envoyer à Paris quatorze suspects qui auraient comparu devant le Tribunal révolutionnaire et auraient été exécutés, Baby fut en butte à l’hostilité du conventionnel thermidorien Jean-Baptiste Clauzel, un Ariégeois de Lavelanet, envoyé en mission à l’armée des Pyrénées-Orientales par décret du 4 messidor an III (22 juin 1795). Clauzel, qui avait été Montagnard en l’an II, sans jamais avoir appartenu d’ailleurs au club des Jacobins de Paris, était de ceux qui avaient provoqué la fermeture du club, qui avaient poussé aux mesures contre les gouvernements de l’an II, sans abandonner pour cela des moyens de gouvernement comme la loi des suspects ou les taxes et les réquisitions et qui, lors de l’insurrection de prairial, étaient déchaînés contre les faubourgs de Paris et contre les conventionnels présumés leurs complices, tels que Rome ou Soubrany. Clauzel fit incarcérer Baby, jusqu’à l’amnistie du 4 brumaire an IV (26 octobre 1795). Baby sortit de prison ruiné, ou en tout cas très appauvri.
Il vint à Paris pour essayer d’obtenir une indemnité, mais les Cinq-Cents refusèrent de faire droit à sa requête. Dès lors, il se répandit en invectives contre le Directoire et fit sans doute siennes les idées de Babeuf. Toujours est-il que l’on trouva son nom sur la liste dressée par Babeuf des membres de la Convention qu’il se proposait de rénover. Dénoncé par son compatriote Lakanal, auquel il avait fait part de ses projets, il fut arrêté en floréal an IV, mais libéré peu après. Là-dessus éclata l’affaire du camp de Grenelle. Dans la nuit du 9 au 10 septembre 1796, les conjurés ayant essayé de soulever les troupes du camp, Baby fut arrêté par une patrouille, entre Issy et Vaugirard (Seine), alors qu’il essayait de s’enfuir. On trouva sur lui deux pistolets chargés. Déféré devant le conseil de guerre du Temple, il nia toute participation au « complot », c’est-à-dire au traquenard de police où étaient tombés les babouvistes et leurs amis. On sait comment se déroula le procès des Dix-Neuf inculpés, le tribunal ne voulant entendre que deux avocats pour leur défense et faisant même arrêter l’un d’eux parce qu’il protestait contre l’insuffisance des mesures prises par la police. Baby fut condamné à mort ainsi que neuf autres accusés (18 vendémiaire an V) et exécuté le lendemain (9 octobre 1796). Il mourut avec fermeté, répétant qu’il en appelait à la Raison.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article25541, notice BABY Jean-François , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 5 juillet 2017.

SOURCES : Arch. Nat., W 554, dossier 8. — Arch. Dép. Ariège, série L. — Paul de Casteras, Révolutionnaires et Terroristes dans le département de l’Ariège, Paris, M. Champion, 1911. — G. Arnaud, Histoire de la Révolution dans le département de l’Ariège, Toulouse, Privat, 1904. — Albert Tournier, Vadier, président du Comité de Sûreté générale sous la Terreur, Paris, Flammarion, s. d. — J. Godechot, La Révolution française dans le Midi toulousain, Toulouse, Privat, 1986.

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