BABEUF Marie-Anne, Victoire [née LANGLET Marie-Anne]

Par Jean Risacher

Née vers 1756 à Amiens (Somme). Femme et collaboratrice de Gracchus Babeuf.

Employée dans la famille de Bracquemont au château de Daméry-en-Santerre, près de Roye (Somme) où vint travailler le jeune Babeuf, signant à peine son nom, Marie-Anne Langlet épousa François-Noël en 1782. De ce mariage d’amour naquirent au moins cinq enfants dont la première, Catherine-Sophie, née en septembre 1783, mourut en novembre 1787, 4 mois après avoir été gravement ébouillantée aux hanches. Une seconde fille, à laquelle ses parents donnèrent le même prénom que l’aînée, naquit en 1788 et mourut sept ans après, de malnutrition. Les Babeuf eurent trois fils, Robert dit Émile, en 1785, Camille en 1790 et Caïus, né à Vendôme, en 1797, quelques mois après l’exécution de son père.

La femme de Gracchus Babeuf avait assurément un caractère bien trempé. Elle partagea tous les tourments de son mari dont elle fut parfois la plus proche collaboratrice, comme en 1794 où, après Thermidor, elle l’aida avec leur fils Émile Babeuf* à imprimer le Journal de la Liberté de la Presse ou comme pendant l’hiver 1795 où elle fut arrêtée deux jours, le 5 février, parce qu’elle s’occupait des abonnements au Tribun du peuple. Elle multipliait les interventions pour faire libérer son mari lorsqu’il était en prison... On ne trouve pas trace de dissension entre eux et son courage dans l’adversité force l’admiration. Enceinte de son cinquième enfant, Caïus, au moment de l’arrestation de son mari, elle vint à pied de Paris, avec ses deux fils et la compagne de Buonarroti, s’établit à Vendôme (Loir-et-Cher), contribuant avec le concours de Pierre Hésine*, chez qui elle s’installa avec sa famille, à organiser la solidarité avec les accusés et assista sans faiblir au verdict et à l’exécution du 27 mai 1797.

Plus ou moins aidée par Félix Le Peletier*, par le général Thurreau, par Réal peut-être, elle parvint à élever ses trois garçons en bas âge, en pratiquant de petits métiers, tels que celui de marchande à la toilette. Surveillée et dénoncée en l’an VII, elle fut interpellée avec d’autres babouvistes en 1801 lors de l’affaire de la « machine infernale », tentative royaliste d’assassinat contre Bonaparte qui en profita pour incriminer la gauche républicaine et néojacobine.

En juin 1808 elle habitait 345 rue Saint-Honoré (IVearr. ancien, actuel Ier), quand, lors de la première conspiration du général Malet, la police vint perquisitionner chez elle et emporta ses papiers ainsi que ceux de son fils Émile. Elle habitait au même endroit en 1815-1817, lorsqu’elle eut l’autorisation de visiter Émile dans sa prison. D’après certaines sources, elle y aurait encore tenu une boutique en 1840, à 84 ans ! En 1842 (d’après Advielle, repris par Dommanget et Legrand) elle aurait toujours signé « Veuve Babeuf »... Mais on peut penser qu’il s’agirait plutôt d’une autre veuve Babeuf, par exemple celle de son fils Émile, Catherine Babeuf.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article25533, notice BABEUF Marie-Anne, Victoire [née LANGLET Marie-Anne] par Jean Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 8 mai 2017.

Par Jean Risacher

SOURCES : Arch. P.Po., A a/316, folo 485 et 486 et A a/333. — Maurice Dommanget, Babeuf et la conjuration des Égaux, Paris, 1924, rééd. Paris, Spartacus, 1970. — Maurice Dommanget, Sur Babeuf et la conjuration des Égaux, Paris, Maspero, 1970. — Robert Legrand, Babeuf et ses compagnons de route, Paris, Société d’Études robespierristes, 1981. — Jean-Marc Schiappa, Gracchus Babeuf avec les Égaux, Paris, Éditions Ouvrières, « La Part des hommes », 1991. — Notes de Claude Mazauric.

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