Né à Cognocoli (Corse) le 21 avril 1863, mort à Cognocoli le 24 août 1943 ; notaire ; secrétaire de la Fédération socialiste SFIO, puis responsable de l’organisation communiste corse de sa constitution à 1936 ; maire de Cognocoli.

Louis Costa
Hubert-Rouger, op. cit., p. 48.
Louis Costa
Communiqué par Alberti Vanessa et par la famille de Costa.
Fils de Baptiste, Amédée Costa, Louis Costa fit ses études primaires à Cognocoli, puis, de 1878 à 1883, ses études secondaires au collège d’Ajaccio. Après avoir accompli son service militaire à Nîmes (1885-1886), il fut employé à Bastia, pendant deux ans, dans une entreprise chargée de la construction de la voie ferrée Bastia-Corte. Il passa l’année 1889 à Cognocoli et, en 1890-1891, fut à nouveau employé au tracé du chemin de fer, à Sainte-Lucie de Porto-Vecchio. Clerc de notaire à Corte en 1891-1893, Louis Costa ouvrit, en 1893, une étude à Cognocoli et vécut également des modestes revenus de ses terres.
Le 28 novembre 1908, il épousa Marthe Colonna d’Istria dont il eut trois enfants : Angèle, Marie, née à Cognocoli le 7 janvier 1909, Jean, Baptiste, Amédée, né à Sollacaro le 17 avril 1910, Charles, Dominique, Rémy, né à Cognocoli le 14 septembre 1911.
Depuis dix ans déjà, Louis Costa déployait une grande activité politique. En 1898, il avait fondé à Pila-Canale le groupe socialiste « Les Indépendants » qui essaimera et sera le noyau de la Fédération socialiste de l’île constituée par l’union des onze groupes au congrès tenu à Ajaccio le 29 novembre 1903. Louis Costa en fut le secrétaire général et fut délégué au congrès du PSF à Saint-Étienne (1904). Il demeura secrétaire général à l’unité et, en compagnie d’Antoine Salini, représenta la Fédération socialiste SFIO au congrès de Nîmes en février 1910. Toujours secrétaire, il fut élu conseiller municipal et maire de Cognocoli en 1919. Le 14 mars 1918, il avait demandé son affiliation à la loge « L’Émancipation ajacienne ». Si l’on en croit une lettre du 19 septembre 1940, il se serait retiré de la franc-maçonnerie en 1929.
Louis Costa professait un socialisme libéral. Lorsque Millerand devint ministre, il lui écrivit, en même temps qu’à Jaurès — 1er août 1899 — « Je viens (...) vous donner l’assurance, citoyen ministre, que les socialistes de la Corse approuvent l’entrée d’un des nôtres dans le ministère Waldeck-Rousseau et vous adressent leurs plus chaudes félicitations pour avoir assumé cette lourde et courageuse tâche ».
Dans sa jeunesse, Louis Costa avait été anarchiste et il avait conservé une grande sympathie pour l’idéologie libertaire. Aussi, en 1907, favorisa-t-il l’installation, sur des terres lui appartenant, d’une colonie anarchiste. « J’ai souvent rêvé, écrivait-il le 3 janvier 1907, d’une colonie de libertaires où le communisme que nous préconisons serait mis en pratique ». Et l’année suivante, il écrivait encore — 24 février — « Je suis sur le point d’évoluer et de devenir anarchiste. Le suffrage universel est une vaste blague ».
Au cours des premières années de la guerre, Louis Costa fut en accord avec son parti et approuva l’Union sacrée. « J’ai été pris, comme beaucoup d’autres, écrivait-il à un ami en décembre 1917, par la vague chauvine. Depuis j’ai eu le temps de réfléchir ».
La Révolution russe, à ses débuts, ne suscita pas d’enthousiasme parmi les socialistes corses si l’on en juge par le vote intervenu le 15 décembre 1918, au congrès fédéral : « Le congrès a adopté à l’unanimité une motion exprimant des regrets pour les félicitations adressées par la CA au gouvernement des Soviets et faisant appel aux majoritaires et minoritaires pour les engager à revenir à l’ancienne unité plus nécessaire que jamais à l’heure actuelle ».
Les Cahiers de correspondance que tint L. Costa ne comportent aucune indication sur le congrès de Tours de 1920 et la scission. Ce que l’on peut dire c’est que contrairement à ce que l’on pouvait, semble-t-il attendre, la Fédération corse se rallia à la IIIe Internationale à l’exception de quelques défections individuelles. Une lettre à Frossard, de février 1921, en témoigne : « À cause des difficultés de communication, je n’ai pu réunir un nouveau conseil fédéral pour faire confirmer l’adhésion du Parti à la IIIe Internationale, décidée par le congrès de Tours » ; et L. Costa indique qu’il va procéder par referendum (nous n’en avons pas connu le résultat, si toutefois ce referendum eut lieu).
Secrétaire de l’organisation communiste corse alors rattachée à la Fédération de Marseille — elle le demeura jusqu’en 1936 — Louis Costa conserva, à ses débuts dans le Parti communiste tout au moins, des conceptions très libérales puisqu’il s’abonna au Libertaire en 1921 et qu’il témoignait estime et affection au leader anarchiste Sébastien Faure*. Le 17 octobre 1921 tout en lui annonçant qu’il était secrétaire fédéral du Parti communiste, il ne l’invitait pas moins à venir en Corse : « Vous y ferez ou non de la propagande, écrivait-il, mais nous sommes quelques-uns qui serons heureux de vous avoir pendant quelque temps. »
En 1923, la Fédération aurait compté 80 membres environ et elle eut un temps un journal la Corse rouge mais en 1923, il avait cessé de paraître.
Louis Costa mourut pendant la Seconde Guerre mondiale.
Son fils aîné, Jean, Amédée, fit carrière dans l’enseignement et devint « principal » ; il mourut à Aix-en-Provence le 7 juillet 1970. Très jeune, il avait adhéré au Parti communiste dont il était, à sa mort, un « vétéran ». « Son fils cadet, Dominique fut maire communiste de Cognocoli où il mourut, le 9 avril 1944, des suites d’une maladie contractée dans le maquis pendant la Résistance.
Voir Escalaïs* et Grune*.

SOURCES : Compte rendu du congrès de Nîmes. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, II, p. 48 à 50, passim. — Archives à la famille Costa. — François Giacomini, L’implantation du Parti communiste en Corse 1920-1939, Mémoire de maîtrise, Paris1, 1972.

Jean Maitron

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