ARON. (écrit aussi ARONS, Avon ou HARON)

Tailleur parisien. Républicain, sans doute membre de sociétés secrètes, puis icarien.

Aron était l’un des « printemps » (chefs) de la Société des Saisons, sans doute proche d’un autre tailleur, Quignot*. On ne connaît pas sa participation aux journées de mai 1839. D’après les dossiers de la Cour des Pairs, en tant que membre de la Société des Saisons, il fit partie des « individus à l’égard desquels il n’y a pas eu d’instruction ». D’après certaines sources (Jeanjean et Bergmann), peu confirmées, c’est chez lui que Blanqui* aurait terminé sa fuite après les journées de mai 1839, avant d’être arrêté en octobre. Blanqui ayant sans doute été trahi, les soupçons se seraient portés sur lui et les codétenus de Blanqui au Mont-Saint-Michel ne manquèrent pas de le faire savoir à travers une lettre écrite par Vilcoq que nous ne connaissons pas. Lorsqu’il l’apprit, Aron s’en défendit et écrivit à un destinataire anonyme, sans doute Blanqui, chargeant le beau-frère de Barbès*, Claude Carles, qui se rendait souvent au Mont, de la lui remettre. L’adresse du domicile qu’il donne dans sa lettre est celle du gendre de Cabet, Firmin Favard*, tailleur lui aussi, cabétiste de la première heure. Aron était devenu cabétiste en 1841, ce qui explique sans doute la présence de sa lettre à Carles dans les papiers Cabet, qui n’a peut-être jamais été envoyée. Cette affaire sera évoquée lors de la commission d’enquête sur le document Taschereau le 9 avril 1848, à l’initiative de Cabet, où Quignot prendra la défense d’Aron, qui était Commissaire pour le maintien de l’ordre à la Société fraternelle centrale de Cabet en mars 1848. Aron avait en effet adhéré au communisme icarien après la publication par Cabet, le 28 octobre 1841, de Ma Ligne droite, ouvrage dans lequel sont attaqués les partisans du babouvisme, du matérialisme, de l’action violente et des sociétés secrètes. Il signa une adresse, « Vingt ouvriers communistes à leurs camarades », publiée dans Le Populaire de décembre 1841 et dans la brochure de Cabet, Toute la vérité au Peuple, en 1842, avec, entre autres les frères Favart. Dans cette adresse, qui aurait recueilli plus de 1 600 signatures, les signataires expliquent leur ralliement aux principes exposés dans Ma Ligne Droite. Aron devint actionnaire du journal en 1842 et joua un rôle assez important auprès de Cabet sans toutefois appartenir au premier cercle de ses disciples. Il fut collecteur pour toutes les souscriptions importantes lancées par les icariens, au moins jusqu’en 1851, et fit partie de la commission chargée en 1847 d’organiser l’émigration en Icarie. D’après certaines sources (Sutton), il aurait accompagné l’un des voyages, vers la fin de l’été 1848. En arrivant à La Nouvelle-Orléans durant l’automne (avant Cabet, qui y fut le 19 janvier 1849), il aurait trouvé les rescapés de l’aventure texane. Ce premier échec cinglant l’aurait décidé alors à tout laisser tomber pour revenir en France. Il ne paraît pas avoir figuré au nombre des plaignants dans le procès intenté à Cabet pour escroquerie.Voir Cabet*, Favart*, Maillard*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article25304, notice ARON. (écrit aussi ARONS, Avon ou HARON) , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 27 novembre 2016.

SOURCES : Bibl. Nat. NAF 1302 f. 64 et sq. — Le Populaire de 1841, n° 6, 16 mars 1848. — Cour des Pairs. Procès politiques, 1835-1848. Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1984. CC 748 n° 511. — J. F. Jeanjean, Armand Barbès (1809-1870), sa vie, son action politique, sa correspondance, Paris, Cornély, 1909, Carcassonne, 1947, 1952. — M. Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848. Premiers combats et premières prisons, Paris, Mouton, 1969. — K. H. Bergmann, Blanqui, ein Rebell im 19. Jahrhundert, Francfurt/Main, New York, Camus Verlag, 1986. — L.-A. Blanqui, Œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993. —Robert P. Sutton, Les Icariens. The Utopian Dream in Europe and America, Champaign, Univ. of Illinois Press, 1994. — François Fourn, thèse en cours sur Cabet et les cabétistes. — Notes de M. Cordillot et de J. Risacher.

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