AMBERGER Charles [AMBERGER Joseph, Antoine dit Charles]

Par Frédéric Thébault

Né le 21 septembre 1812 à Thann (Haut-Rhin), mort en 1885 ; principal de collège, ingénieur de fabrique.

Amberger jeune
Amberger jeune

Charles Amberger naquit à Thann (Haut-Rhin), fils d’un notaire royal puis impérial, franc-maçon et ami proche du baron Joseph Antoine Charles de Reinach dont il sauvegardât la fortune pendant la Terreur.
Charles Amberger fit ses études à Thann, obtint de nombreux prix, puis les termina à Dijon (sans doute entre 1829 et 1833) au collège royal. Il fut nommé en 1833 régent de mathématiques. Il épousa en 1840 Mélanie Garozzi, fille d’un notable d’Altkirch (épicier, receveur municipal, adjoint au maire). Son père, âgé, décèda en 1838 et Charles, qui était le fils aîné, doit prendre en charge ses jeunes frères et sœurs. En août 1842, il fit une demande de mutation pour Altkirch, arguant de problèmes graves dans sa famille : il dut probablement s’agir du décès de sa sœur. Mais dans le même temps il fut nommé principal du collège de Thann, et accepta malgré tout : il prit ses fonctions le 19 mai 1843.

La presse locale reproduisit plusieurs de ses discours, qui sans être politiques révèlaient une partie de ses idées "M. Amberger a tout ce qui constitue le bon professeur, ardeur pour la science, grande lucidité dans les idées et faculté remarquable de les communiquer, amour pour la jeunesse et sentiment de la dignité de sa profession. ll s’est peint en partie, lorsqu’ après s’être félicité d’avoir embrassé la carrière de l’enseignement, il dit : « malheur à celui qui, tandis qu’il est livré aux occupations de son état, ne voit que le lucre ! Celui-là est un mercenaire, un parasite dans la société ! »

En 1848, il se montra républicain, épousant la cause de la Révolution, et annonça en pleine classe le Nouveau régime : un seul élève, Edouard Gerspach (futur directeur de la manufacture des Gobelins), osa l’applaudir.
À la suite de cela, on lui demanda de faire partie du comité populaire de 12 membres chargé de s’entendre avec la commission départementale, et de proposer une liste de candidats aux fonctions de représentants de la nation. Il fut lui-même élu le 19 mars par 170 voix, comme secrétaire dudit comité, et rédigea une circulaire adressée aux maires et adjoints du canton dans laquelle on peut lire qu’elle est établie pour « fonder et consolider ces institutions démocratiques qui seule peuvent conduire la France à la réalisation de ses grandes et nobles destinées. »

Quelques jours plus tôt, il envoya au ministre provisoire de l’instruction publique, une lettre signée par tous les fonctionnaires du collège : « Monsieur le ministre, Citoyens français, nous sommes heureux de voir s’ouvrir pour notre pays l’ère de la liberté ; instituteurs de la jeunesse et membres de l’Université, nous sommes fiers d’avoir contribué dès longtemps à l’acte généreux qui vient de rendre à la nation l’exercice de ses droits les plus sacrés : la jeunesse des écoles, qui s’est couverte de gloire dans les journées de Février, sort de nos mains ; nous la voyons avec orgueil rendre un éclatant témoignage des leçons de patriotisme que nous lui avons données. Notre passé, Monsieur le ministre, vous répond de l’avenir : si nous avons jusqu’ici donné à la jeunesse une éducation nationale ; si, par nos inspirations, si, en échauffant le patriotisme naissant au foyer du patriotisme antique, nous avons si puissamment aidé au réveil de la liberté, que ne ferons nous pas maintenant que le libéralisme n’est plus mis en suspicion, mais honoré comme la première vertu du citoyen ! Adhérer au gouvernement républicain et aux principes qu’il proclame, c’est de notre part promettre la continuation de notre dévouement à former, pour toutes les carrières de la société française, des citoyens d’un patriotisme éclairé, et comprenant le sens et l’étendue de cette sublime devise : Liberté, égalité, fraternité. »

Charles devint ensuite l’un des conseillers adjoints au conseil municipal, mais sans doute par modestie ou surplus de travail, il ne se porta pas candidat aux élections municipales d’août et cessa là sa carrière politique.

En 1856, souffrant de névralgies et de surmenage dû à ses fonctions (administrateur et professeur du collège) il quitta le collège au grand regret de tous. Il obtint ensuite un emploi à la filature Schmaltzer, à Malmerspach qu’il quitta assez vite pour devenir ingénieur à la fabrique de produits chimiques de Vieux-Thann, où il resta jusqu’en 1880 malgré l’annexion et son option pour la France dix ans plus tôt. À cette date, il choisit de passer sa retraite chez sa fille à Besançon, où il vécut d’une modeste pension que l’Empire lui avait refusée à cause de ses opinions républicaines bien connues, et qu’il n’obtint qu’après l’avènement de la République. Il mourut en 1885, à l’âge de 72 ans.

Lors de son enterrement, l’un de ses anciens élèves lui rendit hommage : « La vie de M. Amberger, écrit-il, n’a rien eu d’éclatant, et ce n’était pas ce qu’on appelle un homme heureux : il a connu le travail et l’adversité, mais à cette sévère école son âme a grandi, et c’est en souffrant qu’il a appris à compatir à toutes les souffrances... »

Son fils Gustave écrivit quant à lui en 1936 à son propos : « Mon père était avant tout un homme de devoir, dès sa jeunesse d’un sérieux au-dessus de son âge, ayant dû après la mort de son père servir en quelque sorte de tuteur à ses deux jeunes frères, Paul 19 ans et Henri 14 ans. Chargé plus tard d’une famille nombreuse, six enfants à élever avec des ressources médiocres, sa vie fut une lutte sévère et sans relâche où il perdit bientôt la santé.
D’une charité inépuisable envers tous, le "père de ses ouvriers" disaient eux-mêmes ceux-ci quand plus tard il en eut sous ses ordres. (...)
J’ai conservé surtout le souvenir d’un homme accroché à un travail épuisant qui le minait, il souffrait sans relâche, mais avec un courage inaltérable. A cette époque l’exigence des chefs n’avait de limites ni dans les lois ni dans les coutumes comme elle en a de nos jours et leur rapacité égalait leur exigence, ouvriers et employés devaient même dans des usines prospères se contenter de salaires misérables. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article25088, notice AMBERGER Charles [AMBERGER Joseph, Antoine dit Charles] par Frédéric Thébault, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 10 février 2018.

Par Frédéric Thébault

Amberger jeune
Amberger jeune
Amberger vieux
Amberger vieux

SOURCES : A. Sheurer Keustner, Souvenirs de Jeunesse, Paris, 1905. — Notes de J.-C. Dubos. — Mémoires manuscrites de son fils Gustave (1855-1950). — Feuille locale d’annonces de Thann et Cernay. — Charles Oberreiner, Le collège de Thann de 1856 à 1864 par (brochure, Imprimerie du Journal de Thann, 1929). — Bulletin de l’association amicale des anciens élèves du collège Scheurer-Kestner de Thann (6ème bulletin, 1930). — État civil (recherches généalogiques personnelles).

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