GABAÏ Georgette [née ITKINE Georgette]. Écrit parfois GABAY

Par Rodolphe Prager

Née le 16 mars 1918 à Paris (XIIe arr.), morte le 21 novembre 1981 ; journaliste ; militante trotskiste.

Georgette Gabaï et Lucien Itkine à Marseille, peut-être en 1941
Georgette Gabaï et Lucien Itkine à Marseille, peut-être en 1941
Cliché fourni par Irène Itkine.

Georgette Itkine était la fille de Daniel Itkine, un émigré israélite originaire de Kovno (Lituanie) qui s’établit très jeune à Paris à la fin du siècle dernier et exerça la profession d’ouvrier joaillier, et de Rachel née Braunstein, ménagère. Sœur de Lucien Itkine, elle fut influencée par son autre frère Sylvain Itkine, acteur et metteur en scène, de dix ans son aîné, très engagé politiquement, en particulier après les journées de février 1934, influença sans doute la personnalité de Georgette. Elle commença à s’engager sur le plan politique pendant sa scolarité au lycée Jules-Ferry au contact d’autres lycéennes politisées. Elle fit la connaissance d’élèves un peu plus âgés du lycée Condorcet — dont Élio Gabaï —, aux opinions plus affirmées, et se retrouva avec eux aux Jeunesses socialistes (JS) puis aux Jeunesses socialistes révolutionnaires (JSR) créées en janvier 1936. Elle y milita activement, eut des responsabilités à l’organisation de la région parisienne et épousa Élio Gabaï le 21 avril 1938 à Paris (XVIIIe arr.). Elle déploya également une activité dans les Auberges de la jeunesse au cours des années suivantes. En septembre 1939, elle fut engagée comme journaliste à l’agence Havas en remplacement de son époux mobilisé et elle y eut comme collègue Marcel Hic, dirigeant trotskiste.

En juin 1940, Georgette Gabaï fut transférée avec le personnel de l’Agence à Tours, à Bordeaux, puis à Clermont-Ferrand. Retrouvant son mari, démobilisé, et revenue à Paris en août 1940, elle revit ses camarades engagés dans la reconstitution des clubs d’usagers des Auberges de la jeunesse et en butte aux attaques de groupes fascistes français qui, à la faveur de l’occupation allemande, tentèrent de prendre d’assaut le siège des AJ. Elle jugea plus prudent de se réfugier à Marseille, en zone non occupée, et y entreprit, dès septembre, d’informer par circulaire les clubs ajistes du sud de l’état du mouvement dans la région parisienne et des faits survenus. À son initiative, une assemblée générale des clubs et fédérations du sud se tint en fin d’année à Chamalières et élut un comité directeur provisoire siégeant à Marseille. Georgette Gabaï en fut la présidente et son ami Henri Kunstlinger* (dit Henri Roger), dirigeant trotskiste, le secrétaire général. Tous deux décidèrent par la suite de ne plus se mettre à l’avant-plan en raison de leur situation de juifs. À l’encontre des tentatives de Vichy, Georgette Gabaï affirma que le mouvement devait demeurer mixte et ne pouvait accepter l’exclusion d’étrangers ou de juifs.

En septembre 1940, également, Georgette Gabaï forma avec son mari et Marcel Bleibtreu la première équipe du « Fruit mordoré » entreprise coopérative fondée par Guy d’Hauterive*, Sylvain Itkine* et Jean Rougeul*, entreprise qui fabriquait notamment « le Croquefruit », de succulentes bouchées, mélange de raisins, de dattes, de noisettes et d’amendes, produits non contingentés, « en vente libre ». D’où un succès étonnant en période de pénurie. Les commerçants s’arrachaient ces friandises énergétiques. On y travailla en deux équipes de cinq heures et le salaire fut égal pour tous, excepté pour les fondateurs qui étaient chargés de la gestion. Les effectifs passèrent de quinze personnes au début à cent cinquante, fin 1941.

Bien que conservant les mêmes convictions et tout en entretenant des rapports avec des amis trotskistes, Georgette Gabaï ne milita plus dans un cadre d’organisation après son retour à Paris, en janvier 1943, ni après la guerre. Elle eut la douleur de perdre ses deux frères, Lucien Itkine*, déporté à Auschwitz dans le dernier convoi quittant Lyon en août 1944 et mort à Mauthausen en février 1945, et Sylvain Itkine, mort sous la torture dans la même ville à la veille de la Libération.

Elle fut à nouveau rédactrice à l’agence Havas, devenue l’agence France-Presse, en 1945-1946 et collabora ensuite à divers journaux féminins : Pour vous Madame, La France agricole, Bonne soirée, etc. De 1962 à 1973, elle créa la rubrique « Enfants » dans le quotidien Le Monde et en fut responsable. Elle publia plusieurs ouvrages concernant les enfants.

Outre ses deux fils nés après la guerre, Georgette Gabaï éleva la fille de Sylvain Itkine. La mort dans un accident de route de son fils cadet Pascal, le 22 mai 1978, l’ébranla profondément. Le décès de son mari, le 7 septembre 1981, au terme de longues souffrances, après celui de son fils, fut pour Georgette Gabaï une épreuve insupportable. Elle mit fin à ses jours le 21 novembre 1981.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24902, notice GABAÏ Georgette [née ITKINE Georgette]. Écrit parfois GABAY par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 8 mars 2009, dernière modification le 27 mai 2017.

Par Rodolphe Prager

Georgette Gabaï et Lucien Itkine à Marseille, peut-être en 1941
Georgette Gabaï et Lucien Itkine à Marseille, peut-être en 1941
Cliché fourni par Irène Itkine.

ŒUVRE : J’élève mon petit frère, Horay 1968. — L’Enfant créateur (en collaboration avec Catherine Vimenet), Calmann Lévy 1973. — Mes premiers pas dans la vie, L’École 1973. — Créations, jeux et distractions pour les 3 à 13 ans (en collaboration avec Catherine Vimenet), la France agricole, 1974.

SOURCES : Lucette Heller-Goldenberg, L’Histoire des Auberges de la Jeunesse en France, des origines à la Libération, thèse de doctorat d’État, Université de Nice, 1985. — Renseignements communiqués par Emmanuel Gabaï. — Témoignages autobiographiques de Georgette Gabaï. — État civil de Paris (XIIe arr.).

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