GABAÏ Élio. Pseudonymes : GABARD, GABEY

Par Rodolphe Prager

Né le 20 décembre 1915 à Vienne (Autriche-Hongrie), mort le 7 septembre 1981 à Paris ; journaliste et enseignant ; militant socialiste puis trotskiste de Paris et des Bouches-du-Rhône.

Le père d’Élio Gabaï était né en Turquie et sa mère en Bulgarie, tous deux étaient juifs sépharades. Il passa son enfance en Italie et en Belgique avant de venir en France. Il fréquenta le lycée de Versailles à quatorze ans et termina ses études au lycée Condorcet, son père s’étant établi à Paris et possédant une boutique de tapis d’Orient dans le quartier du Sentier.

En 1931, Élio Gabaï adhéra au 9e sous-groupe des Étudiants socialistes, qui se réunissait rue Rodier. Il fit partie des Faucons rouges à leur création, en 1933 et participa à des camps de vacances en qualité « d’aide » (moniteur). Dans son lycée, il appartint en même temps à un petit groupe de socialistes révolutionnaires avec de proches amis comme Marcel Bleibtreu et Paul Parisot, futurs dirigeants trotskistes.

Devenu étudiant, il adhéra à la section des Jeunesses socialistes du XVIIe arrondissement. Il s’y lia bientôt aux trotskistes du Groupe bolchevik-léniniste qui avaient choisi, en août 1934, de rejoindre la SFIO. Délégué au congrès national des Jeunesses socialistes à Lille, fin juillet 1935, il s’y rendit en auto-stop avec son ami Abraham Sadek qui disparut tragiquement fin 1943 dans un maquis FTP de la Haute-Loire. Ce congrès provoqua une scission du mouvement, en prenant des mesures d’exclusion à l’encontre des principaux dirigeants du courant révolutionnaire. Élio Gabaï rallia la nouvelle organisation, créée en janvier 1936, les Jeunesses socialistes révolutionnaires (JSR) qui s’affilièrent au mouvement pour la IVe Internationale. Il fut élu membre du comité central des JSR à leur premier congrès les 30-31 mai 1936 et eut la responsabilité des liaisons avec la province. Il fut rapporteur au second congrès national des 2-3 janvier 1937 et devint membre du bureau politique. Il milita également au sein du Parti ouvrier internationaliste (POI).

Au cours d’une réunion internationale, à l’été 1937, Élio Gabaï fut élu au Secrétariat international des jeunes pour la IVe Internationale. Il assista à ce titre au congrès national des JSR belges réuni en novembre 1937 à Gilly, près de Charleroi. Il fut l’un des orateurs au meeting de protestation contre la répression exercée par les organisations communistes en Espagne contre les forces révolutionnaires du POUM et des anarchistes, qui se tint le 22 octobre à la salle Wagram.

Une partie des trotskistes ayant décidé de rejoindre le Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert, Élio Gabaï adhéra en mai 1939 à la 21e section de ce parti, réservée aux travailleurs de nuit. Il fut à cette époque rédacteur au service étranger de l’agence Havas et travaillait dans la soirée. Au moment de sa mobilisation, en septembre 1939, l’agence engagea sa femme Georgette Gabaï pour le remplacer à son poste. Par ailleurs, sur la recommandation d’Élio Gabaï, Marcel Hic, principal dirigeant trotskiste sous l’occupation nazie, fut admis également à l’agence Havas.

Après sa démobilisation, Élio Gabaï se réfugia avec sa femme à Marseille, en septembre 1940. Se trouvant sans ressources, le couple forma avec Marcel Bleibtreu la première équipe du « Fruit mordoré », coopérative ouvrière fondée par Guy d’Hautesive, Sylvain Itkine et Jean Rougeul, (entreprise qui fabriquait notamment « le Croquefruit »), sise 3 rue des Treize-Escaliers, qui eut son heure de célébrité. Elle employa, en effet, un nombre important d’artistes et d’intellectuels et permit à un total de près de 300 personnes, dont beaucoup d’étrangers, de juifs et de clandestins, de survivre. Pendant ses heures de liberté, Élio Gabaï suivit les cours de la Faculté d’Aix-en-Provence et obtint, en fin d’année, trois certificats de licence de langue allemande. Il était déjà licencié en philosophie. Il quitta alors le « Croquefruit », prépara son diplôme d’études supérieures et enseigna l’allemand au lycée Thiers de Marseille. Il demeura en contact, pendant cette période, avec les trotskistes locaux.

Après l’arrivée des troupes allemandes en zone sud, le 11 novembre 1942, le couple Gabaï jugea plus prudent de retourner à Paris et réintégra la capitale en janvier 1943. Ils y eurent des relations épisodiques avec des militants trotskistes. En 1945, Élio Gabaï retourna à l’Agence Havas, devenue l’agence France-Presse qu’il quitta bientôt pour devenir à Berlin, de 1946 à 1949, correspondant à la Radiodiffusion française. Il quitta, en 1950, le journalisme pour devenir professeur d’allemand au collège Lavoisier, puis au lycée Chaptal, à Paris, où il eut en charge les classes préparatoires aux grandes écoles. De 1968 jusqu’à sa retraite, en 1977, il fut assistant à l’Université de Tours (Indre-et-Loire). Il fut, en outre, expert assermenté près de la Cour d’appel et du Tribunal de grande instance de Paris. Il poursuivit, après sa retraite, sa recherche sur la vie et l’œuvre de Ferdinand Lassalle. L’accident mortel de son fils Pascal, âgé de trente ans, survenu le 22 mai 1978, l’affecta considérablement.

Après des rémissions et deux rechutes étalées sur une quinzaine d’années, Élio Gabaï mourut d’un cancer généralisé le 7 septembre 1981.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24901, notice GABAÏ Élio. Pseudonymes : GABARD, GABEY par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 8 mars 2009, dernière modification le 27 mai 2017.

Par Rodolphe Prager

ŒUVRE : Notes politiques pour le livre Évidences politiques, de Günther Grass, Le Seuil. — Traduction et notes de La Haine et La Honte, Le Seuil. — Traduction de Journal d’un aristocrate allemand, de Reck-Malleczewen, Le Seuil. — Visages de Ferdinand Lassalle, éléments d’une mythologie, thèse de 3e cycle, Université de Tours.

SOURCES : Révolution, 5 février 1935. — La Lutte ouvrière, 16 décembre 1936 et 7 octobre 1937. — La Commune, 8 juillet 1938. — Le Jeune Léniniste (bulletin intérieur des JSR), juin 1937. — Renseignements et témoignages de J.-M. Brabant, L. Bonnel et É. Gabai.

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