Né le 31 janvier 1902 à Varennes-en-Argonne (Meuse), mort le 11 janvier 1980 à Nice (Alpes-Maritimes) ; membre de la commission exécutive (1924-1927) puis secrétaire du syndicat CGTU des producteurs et distributeurs d’énergie électrique de la région parisienne (1927-1931), membre de la CE (1929), du bureau (1931-1933) et du secrétariat (1933-1935) de la CGTU, représentant de la CGTU à l’Internationale syndicale rouge (ISR) à Moscou (1930-1931), membre du comité central du PCF (1929-1972), membre du bureau politique (1945-1964), secrétaire (1953-1975) de la CGT, secrétaire (1956-1975) de la Fédération CGT de l’Énergie ; député (1946-1955), conseiller municipal de Paris et secrétaire du groupe communiste à l’Hôtel de ville (1935-1939).

[Nos édiles, op. cit.]
Léon Mauvais
L’Almanach de l’Humanité, 1949.
Les parents de Léon Mauvais tinrent un hôtel à Varennes-en-Argonne puis vinrent s’installer à Paris ; ils avaient quatre garçons ; Léon était le deuxième. D’anciens clients de l’hôtel, fortunés et catholiques, aidèrent les Mauvais à trouver un logement rue Championnet (XVIIIe arr.) et à placer le jeune Léon à l’école libre de cette rue. Son père travailla comme manœuvre dans le bâtiment puis comme cocher-livreur dans le XIIIe arr., sa mère faisait des ménages. Les parents de Léon déménagèrent en juillet 1914 à Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Léon Mauvais rompit alors avec l’Église sous l’influence de son frère, de tendance anarchisante. Le père partit pour le front et la mère se retrouva avec trois enfants de plus à élever, sa sœur étant morte et le mari à l’armée. La famille se mit alors à faire des chemises de soldats pour gagner quelque argent.
Léon entra à l’usine de roulements à billes (RBF qui devint SKF) à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), le 1er avril 1915. Il avait treize ans. C’est là qu’il apprit le métier de tourneur sur métaux en tournant des obus. Il y demeura deux ans environ puis travailla dans une usine voisine, à la Compagnie des lampes à incandescence. En juin 1917, il participa à sa première grève, prit sa première carte syndicale, participa à sa première assemblée de grévistes. Mis à la porte après cette action, il fit plusieurs « petits boulots » dont quatre à cinq semaines comme débardeur à la gare de marchandises de Vitry. Enfin, en novembre 1917, il entra à la centrale électrique de Vitry-Nord qui, à partir de 1919, appartint à l’usine d’électricité du groupe Mercier. « À l’époque, je n’étais pas communiste, devait-il déclarer à l’Humanité, j’avais été fortement influencé par les théories anarcho-syndicalistes professées par la plupart des délégués ouvriers que j’avais fréquentés pendant la guerre. »
Tourneur après un an, il commença à militer vraiment, devint collecteur et délégué d’atelier avant de partir à l’armée en mai 1922. Quand il revint en novembre 1923, ses camarades ne tardèrent pas à lui confier les fonctions de « délégué général » CGTU, l’équivalent de secrétaire d’une section syndicale. Il y avait alors plusieurs centaines d’employés dans cette centrale, en majorité de tendance CGTU et Mauvais fut élu à la commission exécutive du syndicat des producteurs et distributeurs d’énergie électrique de la région parisienne dirigée en 1924 et jusqu’en 1927 par Henri Bouveyron, Paul Martzloff et André Kéraudy de tendance syndicaliste révolutionnaire.
Léon Mauvais avait adhéré au Parti communiste le 1er novembre 1925, jour de la grève contre la guerre du Maroc, sous l’influence d’un vieux militant Justin Delbos.
En 1928, Léon Mauvais fut élu à la direction de la région parisienne du syndicat. François Salom avait été élu secrétaire permanent pour Paris, Léon Mauvais pour la banlieue. En 1928, le syndicat lança un ordre de grève pour le 1er Mai, mais François Salom et Léon Mauvais, qui avaient signé l’appel, furent révoqués (réintégrés seulement en 1937). Plus tard, Léon Mauvais fut inculpé de complot contre la sûreté de l’État ce qui le contraignit à la clandestinité pendant huit mois. Il bénéficia d’un non-lieu par la suite.
En avril 1929, au VIe congrès du PC (Saint-Denis), Léon Mauvais fut élu au comité central et y resta sans interruptions jusqu’à la guerre.
Début 1930, le secrétariat de l’Internationale syndicale rouge (ISR) pressait la CGTU d’envoyer un représentant permanent à Moscou et Henri Gourdeaux des Postes, télégraphes et téléphones (PTT) avait été pressenti mais il était alors détenu. Léon Mauvais fut désigné. Après une quinzaine de jours passés à Berlin, Léon Mauvais arriva à Moscou le 6 mars 1930 et devint membre du Bureau exécutif de l’ISR. Il fut envoyé en mission en Grèce et en Roumanie où il fut arrêté.
De retour en France en janvier 1931, il fut chargé par la CGTU de « suivre » de grandes grèves, celles de textiles du Nord à Roubaix et des dockers de Dunkerque. En novembre 1931, il fut élu au bureau confédéral à l’issue du VIe congrès de la CGTU (Paris) puis, en septembre 1933, au VIIe congrès (Issy-les-Moulineaux, Seine, Hauts-de-Seine)), il entra au secrétariat dont il resta membre jusqu’à la réunification. Secrétaire à l’organisation de la CGTU, il vécut le 6 février 1934 comme responsable de la sécurité du siège de la centrale, rue de la Grange-aux-Belles (Xe arr.) puis, le 12, dans le cortège CGTU qui se fondit finalement avec le cortège CGT.
Depuis 1932, il était devenu, au sein du Comité central du Parti communiste, membre de la commission des cadres.
Militant dans le XIVe arr. de Paris, Léon Mauvais fut candidat dans la 2e circonscription aux élections législatives des 1er et 8 mai 1932 : il recueillit 4 262 et 2 956 voix (20,4 et 14,2 % des 20 860 inscrits) et ne fut pas élu. Plus heureux en mai 1935, il fut élu conseiller municipal dans le quartier de Plaisance (XIVe arr.) par 3 086 et 4 964 suffrages. Il bénéficia du désistement du candidat socialiste Bellet qui avait obtenu 1 438 voix.
En mars 1936, Léon Mauvais fut délégué au congrès confédéral d’unité ; il avait été convenu que Benoît Frachon et Julien Racamond représenteraient les ex-unitaires dans le secrétariat réunifié et Léon Mauvais ne fut donc pas associé directement, et ce jusqu’en 1951, à la direction de la CGT. Au conseil municipal, il fut de 1935 à 1939 secrétaire du groupe communiste. En 1939, il fut chargé de la sécurité du Comité central, rue Lafayette.
Mobilisé, il rejoignit son régiment (415e pionniers) qui fut dirigé sur l’Alsace. Sa seconde femme, Henriette, la première était morte en 1924, avait quitté Paris avec leurs deux filles pour Plurien, près de Fréhel (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Il fut déchu de son mandat en janvier 1940. Après la débâcle, il fut démobilisé à Oradour-sur-Vayres (Haute-Vienne) et retrouva sa famille qui s’était repliée dans le Puy-de-Dôme. Ne parvenant pas à trouver le contact dans la région, il regagna Paris en octobre 1940. Début octobre (le 6 ou le 8 ?), Léon Mauvais fut arrêté avec d’autres communistes dont Eugène Hénaff. Il fut interné en différents lieux et, finalement, dirigé sur la centrale de Fontevrault (Maine-et-Loire) avec une centaine d’autres militants, dont Fernand Grenier. Début 1941, ils furent transférés à Clairvaux (Aube). Le 19 juin 1941, Léon Mauvais réussissait à s’évader de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), avec Fernand Grenier, Eugène Hénaff et Henri Raynaud où ils avaient été transférés.
Le Parti communiste le désigna comme un des responsables politiques de la zone sud où seul de la direction du triangle, Gabriel Roucaute demeurait libre. C’est fin juillet-début août qu’il arriva dans cette zone. Le triangle dirigeant était alors composé, en dehors de lui, de Hubert Ruffe du Lot-et-Garonne et d’Alain Signor.
Trois ans plus tard, le 7 novembre 1944, il regagna Paris où il fut nommé responsable à l’organisation du PC. D’abord membre suppléant du bureau politique (1945-1947), il en devint membre titulaire (1947-1964) ; il demeura jusqu’en décembre 1972 membre du comité central. À nouveau conseiller municipal de Paris à la Libération et élu conseiller de la République en 1946, il renonça à ces mandats pour se consacrer à ses tâches à la direction du parti.
En même temps, il accorda une grande part de son activité au mouvement syndical. Lors du XVIIIe congrès de la Fédération CGT de l’Éclairage auquel assistait Benoît Frachon, en novembre 1950, il fut élu au secrétariat fédéral, (Marcel Paul étant président et Émile Pasquier secrétaire général). Était-il question de remplacer à terme Marcel Paul ? Ce poste n’était-il qu’une transition, un moyen de reprendre pied dans la CGT en vue de sa « montée » au bureau confédéral ? Léon Mauvais était lié depuis longtemps à Benoît Frachon et sans doute aspirait-il à retravailler avec lui. Toujours est-il qu’au XXVIIIe congrès de la CGT en 1951, Léon Mauvais fut élu à la commission administrative de la CGT et au XXIXe congrès en 1953, au bureau confédéral. Sur la suggestion de Benoît Frachon alors clandestin, il écrivit une brochure intitulée La bonne route présentée par Gaston Monmousseau et suivie d’un article de Benoît Frachon (publié dans l’Humanité du 29 juin) ; dans cette brochure, Léon Mauvais tirait les enseignements de la grève des électriciens et gaziers du 25 juin 1953, se prononçait pour l’unité d’action à la base, avec des comités d’élus, contre l’unité au sommet seulement qui avait conduit la Fédération de l’Éclairage à des échecs dans les années 1950-1952.
En 1952, c’est Léon Mauvais qui fut chargé de présenter le rapport du bureau politique au Comité central lors de la session des 5-7 décembre 1952 à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine), rapport de 60 pages qui traitait des « désaccords politiques et l’activité fractionnelle d’André Marty et de Charles Tillon » et fut publié sous forme d’une brochure portant le titre : L’unité du parti. Ce rapport, particulièrement important, concluait en ce qui concernait André Marty, à la destitution « de toutes fonctions de direction », soulignant « ses liaisons avec des éléments policiers » et pour Charles Tillon à sa destitution « de toutes fonctions de direction dans le parti ».
Dirigeant des retraités de la CGT, membre du comité d’honneur de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) et président de l’Amicale des anciens de Châteaubriant-Voves, Léon Mauvais passa les dernières années de sa vie entre son domicile ivryen et Nice où il mourut. Il fut inhumé à Ivry-sur-Seine.

ŒUVRE : Collaboration aux Cahiers du bolchevisme. — Nombreux rapports aux congrès CGTU et CGT, congrès et Comité central du PC — L’Unité du parti, rapport au comité central du PCF à Gennevilliers 5-7 décembre 1952, 64 p. — La bonne route, 1953, 32 p.

SOURCES : Arch. FNE-CGT. — Arch. Jean Maitron (Batal). — R. Gaudy, Les Porteurs d’énergie, Paris, Temps actuels, 1982. — G. Lachapelle, Les Élections législatives, op. cit.Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 7, 1974. — L’Humanité, 24 mars 1956 et 11 janvier 1980. — Le Monde, 12 janvier 1980. — RGASPI, 495 270 1, dossier du Komintern absent, versement à la commission de politique extérieur du PCUS, RGANI, inconsultable jusqu’à 70 ans après la mort du militant.

René Gaudy

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