LAFIÈVRE Henri

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 21 mai 1903 à Saint-Méry (Seine-et-Marne), mort le 10 mars 1958 ; facteur des PTT domicilié à Valenton (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) ; militant socialiste puis trotskiste, syndicaliste.

Henri Lafièvre
Henri Lafièvre
Communiqué par sa fille, Jeannine Ramelet.

Issu d’un milieu paysan, orphelin à l’âge de trois ans, Henri Lafièvre travailla aux champs tout en fréquentant l’école primaire de Saint-Méry. Bon élève, il obtint le certificat d’études primaires et réussit à entrer dans les PTT, le 1er juillet 1928, comme facteur intérimaire. L’administration le nomma à Paris en mai 1929 et il s’installa dans une bicoque d’un lotissement de la banlieue sud-est, à Pompadour, commune de Valenton (Seine-et-Oise).

Devenu facteur à Choisy-le-Roi en 1931, il s’intéressa à l’action du Parti communiste dans cette ville avant de s’inquiéter de sa politique « sectaire » et de rallier le Parti socialiste SFIO. C’est vers 1932-1933 qu’il constitua une section socialiste à Valenton, localité où habitaient de nombreux cheminots de Villeneuve-Saint-Georges. Sa liste s’opposa sans succès à celle du Parti communiste lors des élections municipales de mai 1935. Ses sympathies allaient à la Gauche révolutionnaire du Parti socialiste où il fit connaissance de militants trotskistes.

Secrétaire de la section CGT des employés des PTT de la banlieue sud en 1935, Henri Lafièvre participa au congrès de fusion des Fédérations unitaire et confédérée au début de l’année 1936, mais, selon le témoignage de son fils, « il adopta une attitude critique face aux embrassades de la réunification et au partage des places entre réformistes et ex-unitaires ». Les fonctionnaires étant restés à l’écart des grèves de juin 1936, c’est sur le plan de la politique locale qu’il déploya son activité. La section socialiste locale organisa des réunions avec le Parti communiste français et contribua à la création d’un patronage laïque. Henri Lafièvre n’était pas en accord avec l’ensemble de la politique gouvernementale, mais il ne cachait pas son admiration personnelle pour Léon Blum, aussi certaines critiques de ses amis trotskistes qui rejoignirent le Parti ouvrier internationaliste le heurtaient. Il quitta le Parti SFIO en 1938 pour adhérer au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert. Dans les débats internes, son soutien alla aux thèses trotskistes. Il rejoignit le POI au début de la guerre.

Facteur dans le XIIIe arr., il utilisa les possibilités que lui offrait son travail pour distribuer des tracts dès 1941. En octobre 1943, l’organisation clandestine trotskiste fut touchée par une vague d’arrestations dont firent partie Marcel Hic, Roland Filiâtre et Yvonne Filiâtre.

À la Libération, son engagement dans le Parti communiste internationaliste fut complet. Il créa la cellule locale de Choisy-le-Roi et se présenta aux élections législatives de novembre 1946 en Seine-et-Oise. Son parti lui demanda également de prendre la parole dans des réunions publiques du XIIIe arr.

Militant actif de la Fédération postale CGT, il entraîna le bureau central du XIIIe arr. dans la grève, début août 1946. Le comité central de grève réuni les 16 et 17 août à Montrouge repoussa sa motion du « Front ouvrier », « pour le redressement de la CGT », par 99 mandats contre 24. Une scission intervint en octobre : Henri Lafièvre représenta les positions syndicalistes révolutionnaires du « Front ouvrier » au Comité de vigilance pour la défense de la démocratie et de l’indépendance syndicale ; mais, en décembre 1947, il refusa de rejoindre FO et resta secrétaire de la section CGT de Paris XIIIe arr. Il siégea comme minoritaire à la commission exécutive et participa activement aux grèves de décembre 1947. Abandonnant la tactique traditionnelle trotskiste du redressement de la CGT, il rejoignit le syndicalisme autonome en construction, fin 1952. La grande grève d’août 1953 le trouva parmi les dirigeants de la Fédération nationale des syndicats autonomes (FNSA) et fut un animateur de l’intersyndicale avec le cegétiste Georges Frischmann, en contact, au sein du PCI, avec la tendance Chaulieu (qui donnera naissance à Socialisme ou Barbarie) Henri Lafièvre ne suivit pas ses amis hors du parti en 1948. Il quitta le PCI au début des années 1950 tout en restant en contact avec les militants trotskistes. André Marty, exclu du Parti communiste, prit son fils Daniel Lafièvre comme secrétaire parlementaire et correspondit avec lui. Il avait également une fille, Jeannine, épouse Daniel Ramelet

Tombé gravement malade à l’automne 1957, il dut cesser son activité. Il mourut le 10 mars 1958 à l’hôpital Lariboisière.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24887, notice LAFIÈVRE Henri par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 7 mars 2009, dernière modification le 4 avril 2013.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Henri Lafièvre
Henri Lafièvre
Communiqué par sa fille, Jeannine Ramelet.
Henri Lafièvre assis à gauche de Georges Frischmann pendant la grève d’août 1953
Henri Lafièvre assis à gauche de Georges Frischmann pendant la grève d’août 1953

SOURCES : Arch. André Marty (J. Maitron). — La Vérité, notamment le numéro du 24 mai 1946. — Front ouvrier, décembre-janvier 1948. — Front ouvrier des PTT Paris XIIIe, n° 2, octobre 1947 (correspondance : Henri Lafièvre, Paris XIIIe), journal conservé à la BDIC. — Yves Le Braz [Gérard Guégan], Les rejetés. L’Affaire Marty-Tillon, 1974, 282 p. — J. Pluet-Despatin, La presse trotskyste en France de 1926 à 1968, Éd. MSH-PUG, 1978. — Témoignages de militants. — Renseignements fournis par son fils Daniel Lafièvre.

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