VARLIN Eugène [VARLIN Louis, Eugène]

Par Jean Maitron, Michel Cordillot

Né le 5 octobre 1839 au hameau de Voisins, commune de Claye-Souilly (Seine-et-Marne), fusillé à Paris le 28 mai 1871, rue des Rosiers ; célibataire, ouvrier relieur ; militant socialiste ; syndicaliste ; coopérateur ; un des dirigeants de l’Internationale en France ; membre de la Commune de Paris.

Couverture du livre de Michel Cordillot, <em>Eugène Varlin, chronique d’un espoir assassiné</em>, Collection La Part des Hommes, Éditions de l’Atelier
Couverture du livre de Michel Cordillot, Eugène Varlin, chronique d’un espoir assassiné, Collection La Part des Hommes, Éditions de l’Atelier

D’une famille de petits paysans, Eugène avait trois frères et sœur : Louis, Hippolyte, Clémence. Après être allé en classe jusqu’à treize ans, il entra en apprentissage à Paris chez un confrère de son oncle, puis chez son oncle lui-même, relieur, rue des Prouvaires, Ier arr. Il y resta deux ans, puis, de 1855 à 1859, pour parfaire son apprentissage, il fit six ateliers autour de Montmartre et dans le quartier Saint-Sulpice, VIe arr. En 1859, il fut engagé comme contremaître, rue de l’Échelle, Ier arr. Durant l’année scolaire 1860-1861, il suivit les cours de l’Association philotechnique, section de la Sorbonne, rue des Poirées, s’y montra très studieux et obtint deux prix et une mention en fin d’année. En juillet 1862, Eugène Varlin se mit dans ses meubles, 33, rue Dauphine, VIe arr., et son frère Louis, apprenti peintre, vint loger avec lui. Tous les deux commencèrent à apprendre le latin en 1864 sous la direction d’un employé de la préfecture de la Seine, Jules Andrieu, futur membre de la Commune, qui “ exerça une grande influence sur ses élèves ” (Foulon, op. cit. p. 22). Eugène travaillait alors à domicile, ce qui lui permettait de poursuivre sa propre éducation en même temps que celle du peuple. C’est que dès 1857, il avait participé à la fondation de la Société civile des relieurs, société de secours mutuels officiellement constituée en groupant patrons et ouvriers.

En 1862, Varlin fit partie de la commission chargée de préparer la désignation des délégués qui représenteraient les principales corporations ouvrières parisiennes à l’Exposition universelle de Londres. Il ne se rendit pas lui-même dans la capitale anglaise, mais il contribua à l’élaboration du rapport rédigé à la suite de ce voyage. En août 1864, il participa avec Adolphe Clémence, A. Delacour et Nathalie Le Mel à la grève des relieurs qui dura trois semaines et fut couronnée de succès. C’est à la suite de cette grève que Varlin, qui s’était dépensé sans compter, reçut des ouvriers relieurs une montre en argent. Les avantages accordés ayant été remis en question, une deuxième grève se produisit en 1865 ; elle échoua. Exclu de la société mixte patrons-ouvriers, Varlin aida alors à la création de la Société d’épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs dont il fut élu président. On trouvait à ses côtés, dans le conseil d’administration de quinze membres, son ami Clémence et, à la demande de Varlin partisan de l’égalité des sexes, chose rare à l’époque, même parmi les ouvriers, Nathalie Le Mel.

Cependant, l’année précédente, avait été créée l’Internationale. Le premier bureau parisien s’installa en janvier 1865, 44, rue des Gravilliers, IIIe arr., Varlin y adhéra et fit partie de la commission de vingt membres qui l’administra et dont les secrétaires-correspondants étaient Tolain, Fribourg et Ch. Limousin ; sa carte porte le n° 256. En février, il signait, avec beaucoup d’autres Internationaux, une déclaration de caractère “ ouvriériste ”. Voir Aubert Jean. Il collabora au premier journal français de l’Internationale, la Tribune ouvrière, 4 juin-9 juillet 1865, qui devint, après interdiction, la Presse ouvrière, 13 août, numéro unique imprimé à Bruxelles. Du 25 au 29 septembre, il assista à Londres, avec les trois secrétaires-correspondants du bureau parisien, à la conférence de l’Internationale. C’est à cette occasion qu’il fit la connaissance de Karl Marx.

Du 3 au 8 septembre 1866 se tint à Genève le premier congrès de l’AIT. Varlin y fut délégué. Voir Tolain. Avec son ami Bourdon, graveur, il se trouva en minorité dans la délégation parisienne sur deux points importants : le travail des femmes, l’instruction des enfants. Varlin et Bourdon se prononcèrent pour l’amélioration des conditions du travail des femmes et non pour la femme au foyer ; ils concluaient sur le second point “ à l’enseignement par la société [et non par la famille], sous la direction des parents, et obligatoire pour tous les enfants ”, mais ils demandaient aussi, et “ quoi qu’il arrive, la liberté d’enseignement ” (cf. Mémoire des délégués français, in La Première Internationale, J. Freymond, op. cit. t. I, p. 98).

Après ce congrès, Varlin continua à faire partie du bureau parisien et, ayant remplacé Ch. Limousin, signa désormais avec Tolain et Fribourg comme correspondant de ce bureau.
L’année suivante, Varlin fut élu en tête des cinq délégués relieurs à l’exposition. Il rédigea le rapport de la délégation dont le premier volume parut en 1868 ; le second, avec une préface signée E.V. et V. Wynants, ne fut publié qu’en 1875. Varlin n’assista pas au second congrès de l’Internationale qui se tint en septembre 1867 à Lausanne. Comme président de la commission administrative de la Société des ouvrières et ouvriers relieurs, il adressa une lettre au congrès dans laquelle il critiquait l’insuffisance du travail du secrétaire correspondant pour la France du conseil général — c’était Eugène Dupont — et du conseil général lui-même qui n’avaient pas publié le compte rendu officiel du congrès de Genève, ni exécuté les résolutions du congrès concernant la publication d’un bulletin, des statuts et règlements de l’association, qui, enfin, n’avaient adressé aux sections le programme du congrès qu’un mois avant la tenue de celui-ci.

Coopérateur, Varlin fonda la coopérative de consommation “ La Ménagère ” et, le 19 janvier 1868, fit adopter les statuts d’un restaurant coopératif “ La Marmite ” qui s’installa, 8, rue Larrey, VIe arr., et dont trois succursales fonctionneront en 1870. Il fut également un correspondant actif du journal lancé en 1865 par Jules Vinçard, La Mutualité. Journal du Travail et des sociétés coopératives (15 nov. 1865-15 nov. 1866), qui reste à ce jour l’une des meilleures sources pour l’histoire des associations ouvrières de Paris et de province. Il y donna notamment un compte rendu du congrès de Genève de l’AIT.

En cette année 1868 commencèrent les poursuites contre l’Internationale. Le 30 décembre 1867, des perquisitions avaient eu lieu chez Chemalé, Héligon, Murat, Tolain, et une action judiciaire engagée contre les quinze membres constituant la commission parisienne. Le 19 février 1868, ces quinze membres démissionnèrent et invitèrent à élire une commission nouvelle. Constituée le 8 mars, elle se composa de neuf membres : Bourdon, Charbonneau, Combault, Granjon, Humbert, Landrin E., Benoît Malon, Mollin, Varlin ; les trois secrétaires correspondants étant : Landrin, Malon et Varlin, le trésorier, Granjon.
Ce second bureau parisien de l’Internationale, entièrement composé de collectivistes beaucoup plus résolus que la précédente équipe, prépara le troisième congrès de l’AIT qui devait se tenir à Bruxelles en septembre. Foulon, qui a retrouvé les notes prises par Varlin à une des réunions préparatoires, a relevé (op. cit., p. 80). à propos du temps de travail : “ Pour que l’ouvrier puisse s’éduquer, développer son intelligence, il faut réduire la journée de travail à 8 heures et, avec le progrès des machines, le travail sera aussi bien fait qu’aujourd’hui ”.

La seconde commission fut à son tour poursuivie et tous ses membres condamnés, le 22 mai, et en appel le 24 juin, à trois mois de prison et 100 f d’amende, la durée de la contrainte par corps étant fixée à trente jours. Varlin, puis Combault avaient présenté la défense collective des accusés. Varlin entra à Sainte-Pélagie le 6 juillet et ne put de ce fait participer au congrès de Bruxelles, mais ses amis détenus et lui-même suivirent le déroulement des travaux et, le 17 septembre, protestèrent, à l’exception de Bourdon et Charbonneau, contre l’invitation du congrès à la Ligue de la Paix et de la Liberté d’avoir à se dissoudre et à se fondre dans l’Internationale. Et ils ajoutaient : “ Le droit de se croire la seule expression des aspirations d’une époque ne peut appartenir à aucune association isolée ”. Cluseret, détenu alors pour délit de presse, s’était joint aux protestataires.
Du Varlin de cette époque, nous avons le portrait qu’en a laissé Cluseret (cité par Foulon, p. 93).

“ Il était grand, mince, avait eu les cheveux noirs et les avait gris [...]. Son front, sans être extrêmement développé, était admirablement dessiné et proportionné ; mais le triomphe de Varlin était dans ses yeux. De ma vie je n’ai vu deux yeux semblables. Ils n’étaient pas très grands, mais reluisaient de tels feux qu’ils commandaient immédiatement l’attention, bientôt remplacée par l’estime et l’affection. Ces deux petits yeux noirs si vifs rayonnaient d’une telle bonté, étaient si honnêtes et si intelligents qu’ils pénétraient en vous et y allaient réveiller les mêmes sentiments qu’ils reflétaient ”.

Lorsque Varlin et ses compagnons sortirent de prison en octobre 1868, tout était à refaire. L’Internationale n’existait plus en tant qu’organisation structurée. Il fallut regrouper les militants, renouer avec les correspondants de province. Ce fut ce à quoi Varlin s’employa en toute priorité et avec un succès croissant. Deux facteurs l’aidèrent dans cette entreprise : les liens déjà noués par les Internationaux avec les représentants des corporations ouvrières au sein de la Commission ouvrière de 1867 et les importants mouvements de grève qui se produisirent un peu partout en France et à l’étranger, mettant en évidence la nécessité d’une puissante organisation pour impulser la solidarité. L’année 1869 fut fertile en grèves, souvent très longues : celles des fleurs de laine de Vienne, des ovalistes de Lyon, des brossiers pour peinture, des tisseurs en canevas, des doreurs sur bois, des mégissiers parisiens (à elle seule cette dernière grève nécessita la distribution de plus de 50 000 f de secours, somme énorme pour l’époque). Eugène Varlin se montra dévoué défenseur des grévistes et il se tourna pour les aider vers la “ Caisse du Sou ”. Il a précisé son point de vue dans un article du Travail, organe des associations ouvrières qui continuait le Commerce (6 juin-26 septembre 1869), article reproduit dans L’Égalité du 20 novembre :
“ Aujourd’hui, en présence de l’acharnement que les détenteurs de capitaux mettent à défendre leurs privilèges, la grève n’est qu’un cercle vicieux dans lequel nos efforts semblent tourner indéfiniment...
“ Pourquoi donc les ouvriers dévoués, actifs et intelligents consacrent-ils toute leur énergie, toute l’influence qu’ils sont susceptibles d’avoir sur leurs camarades, à poursuivre ce mouvement qu’ils savent être sans issue ? C’est que pour eux la question préalable à toute réforme sociale, c’est l’organisation des forces révolutionnaires du travail ”.

La grève apparaissait donc en son temps à Varlin comme une école de lutte plus que comme un moyen d’améliorer la condition ouvrière. Le syndicalisme révolutionnaire reprendra cette idée...
L’année 1869 fut aussi une année d’élections. Et Varlin qui présenta, en compagnie de dix-neuf autres citoyens, membres comme lui de l’AIT, un programme d’inspiration républicaine et socialiste lors des élections générales du mois de mai 1869, eut ainsi l’occasion de préciser sa position au sujet des candidatures ouvrières. “ J’espère, écrivait-il à Aubry le 8 janvier 1869, que nous allons bientôt nous entendre à ce sujet ; que malgré les abstentionnistes, proudhoniens enragés, nous entrerons dans la lice électorale, concurremment avec les républicains bourgeois de toutes nuances, afin de bien affirmer la scission du peuple avec la bourgeoisie ”.

Et il précisait encore, le 6 août suivant, s’adressant aux mêmes correspondants :

“ ... Je tiens à relever encore un point de votre dernière. Vous semblez croire que le milieu dans lequel je vis est plus préoccupé de la révolution politique que des réformes sociales. Je dois vous dire que, pour nous, la révolution politique et les réformes sociales s’enchaînent et ne peuvent aller l’une sans l’autre. Seule la révolution politique ne serait rien ; mais nous sentons bien, par toutes les circonstances auxquelles nous nous heurtons, qu’il nous sera impossible d’organiser la révolution sociale tant que nous vivrons sous un gouvernement aussi arbitraire que celui sous lequel nous vivons... ”

L’année 1869, année de grèves, année d’élections, fut aussi l’année pendant laquelle se tint le 4e congrès de l’Internationale, celui de Bâle, 6-12 septembre. Varlin y assista en qualité de délégué de la section des ouvriers relieurs de Paris. Il fut, avec Creuzot de Sotteville-lès-Rouen, Piéton d’Elbeuf, Langlois et Murat de Paris, l’un des membres français de la Commission chargée d’étudier la question de la propriété collective. Il se prononça pour la culture et l’exploitation du sol “ par les communes solidarisées ”, tandis que les quatre autres estimaient que “ la société devra accorder l’occupation de la terre soit aux agriculteurs individuels, soit de préférence à des associations agricoles qui paieraient la rente à la collectivité ”. Ils s’abstinrent lors du vote en séance plénière, et Varlin se prononça pour la propriété collective du sol (54 voix pour, 4 contre, 13 abstentions).
Il rendit compte du congrès dans le Commerce du 19 septembre et insista notamment sur l’importance des chambres syndicales :

“ Les Sociétés corporatives (Résistance, Solidarité, Syndicat) méritent surtout nos encouragements et nos sympathies, car ce sont elles qui forment les éléments naturels de l’édifice social de l’avenir ; ce sont elles qui pourront facilement se transformer en associations de producteurs ; ce sont elles qui pourront mettre en œuvre l’outillage social et organiser la production ”.

Le premier numéro de La Marseillaise parut le 19 décembre et Varlin se réjouit de voir J.-B. Millière veiller à la ligne socialiste, “ celle affirmée par la presque unanimité des délégués de l’Internationale au Congrès de Bâle, c’est-à-dire le socialisme collectiviste ou communisme non autoritaire ”. Troisième procès, op. cit., p. 34.

Arrêté le 13 février 1870, Varlin fut relâché le 27 sans avoir été interrogé. Le 7 mars, il fut désigné pour représenter les sections parisiennes à la grande assemblée qu’il alla présider à Lyon le 13 mars et au cours de laquelle fut constituée la Fédération lyonnaise de l’Internationale. Il se rendit ensuite au Creusot, à Lille où il constitua des sections. Le 19 avril, il présida la réunion générale des sections parisiennes où furent discutés et adoptés les statuts de la Fédération parisienne. À la fin de ce mois se produisit une vague d’arrestations à Paris et en province. Varlin prit le nom d’Henri Barfeld et passa en Belgique (Bruxelles, puis Anvers). Impliqué dans le troisième procès de l’Internationale, il fut convaincu d’avoir “ fait partie d’une société secrète ” et condamné, le 8 juillet, avec Combault, Héligon, Johannard, Malon, Murat et Pindy, à un an de prison, 100 f d’amende, un an de privation des droits civiques, la durée de la contrainte par corps étant fixée à quatre mois. Vingt-sept autres inculpés à qui était reproché le même délit, mais qui étaient considérés comme simples membres et non plus comme chefs de l’association, étaient condamnés à deux mois de prison et 25 f d’amende, la durée de la contrainte par corps étant toujours fixée à quatre mois. C’étaient : Allard, Ansel, Avrial, Bertin, Boyer, Carle, Casse G., Chalain, Cirode, Collot, Colmia dit Franquin, Delacour, Durand, Duval, Fournaise, Frankel, Giot, Langevin, Leblanc, Malzieux, Mangold, Pagnerre, Passedouet, Robin, Rocher, Sabourdy, Theisz.

Quatre inculpés : Assi, Dugauquié, Flahaut, et Landeck, étaient renvoyés des fins de la prévention, sans amende ni dépens.

Rentré en France au lendemain de la proclamation de la République, Varlin s’engagea et devint commandant du 193e bataillon de la Garde nationale. Dès septembre 1870, il appartint au Comité central provisoire des vingt arrondissements de Paris avec Chouteau, Haan, Hamet, Privé, Robillard, Spoetler, membres de l’Internationale à l’exception de Privé et de Robillard pour lesquels nous manquons d’informations. À cette date, la chambre syndicale des ouvriers relieurs que dirigeaient Delacour et Varlin constituait une section de l’Internationale. Voir Dict., t. IV. p. 76. Les pensées de Varlin à cette époque — qui rejoignent l’adresse de l’Internationale du 9 septembre 1870 que Marx rédigea — nous sont connues par une circulaire aux Internationaux de province qu’il signa avec Malon et Bachruch au nom du conseil fédéral parisien de l’Internationale, circulaire que l’on peut dater des premiers jours de la République :
“ Par tous les moyens possibles, nous concourrons à la Défense nationale qui est la chose capitale du moment. Depuis la proclamation de la République, l’épouvantable guerre actuelle a pris une autre signification ; elle est maintenant le duel à mort entre le monarchisme féodal et la démocratie républicaine. Paris assiégé par le roi de Prusse, c’est la civilisation, c’est la révolution en péril. Nous voulons défendre Paris à outrance [...].

“ Notre révolution à nous n’est pas encore faite, et nous la ferons lorsque, débarrassés de l’invasion, nous jetterons révolutionnairement les fondements de la société égalitaire que nous voulons ”. (Cité par J. Rougerie, Le Mouvement social, n° 37, octobre-décembre 1961, pp. 7,8.).

Révoqué de son grade de commandant après la journée révolutionnaire du 31 octobre, Varlin, installé rue Lacroix dans le XVIIe arr., aida Malon, adjoint à la mairie, à assurer le ravitaillement de l’arrondissement. Il fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements de Paris. Il ne fut pas élu. À la séance du 22 février du conseil fédéral de l’Internationale, il fit partie de la commission chargée d’élaborer de nouveaux statuts (avec lui : Babick, Deliot, Frankel, Lacord, Pindy, Rochat, Theisz). Le 1er mars, il fut désigné avec Goullé comme secrétaire pour la France de ce conseil, tandis que Frankel et Theisz assumaient les mêmes fonctions pour l’étranger.

Le 18 mars 1871, Varlin occupa avec Bergeret l’état-major de la place Vendôme. Les jours suivants, il participa avec Jourde aux vaines discussions entre le Comité central de la Garde nationale auquel il appartenait et les maires de Paris.

Les XVIIe, XIIe et VIe arr. le désignèrent le 26 mars pour les représenter à la Commune (premier élu dans le XVIIe avec 9 356 voix sur 11 394 votants ; premier élu dans le XIIe avec 9 843 voix sur 11 329 votants ; cinquième et dernier élu dans le VIe avec 3 602 voix sur 9 499 votants). Varlin choisit le VIe arr. Il fut élu le 29 mars à la commission des finances et intervint auprès de Jourde à la Banque de France. Le 21 avril, il passa aux Subsistances, enfin à l’Intendance (5 mai). Le 2 mai, il fut nommé directeur général de la manutention et des approvisionnements militaires avec pleins pouvoirs. Le 15 mai, il signa la déclaration de la minorité : “ La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public ”. Voir Jourde F..

Au cours de la Semaine sanglante, 21-28 mai, Eugène Varlin demeura au service de la Commune. Après avoir dirigé la défense du VIe arr. : barricades de la rue de Rennes le 22 mai, de la Croix-Rouge le 23, le Panthéon le matin du 24, il commanda autour de la mairie du XIe arr. dans la soirée du même jour. Le 26, avec Camélinat et quelques autres, il tenta de s’opposer au massacre des otages, 85, rue Haxo, XXe arr. Le 27, vers midi, il se battait encore à la barricade de la rue de la Fontaine-au-Roi et, le soir, à celle de la rue Ramponneau, non loin du Père-Lachaise.

Le dimanche 28, vers trois heures de l’après-midi, écroulé sur un banc rue Lafayette, près de la place Cadet, IXe arr. il fut reconnu et dénoncé. Le lieutenant Sicre l’arrêta et, par les rues Rochechouart, de Clignancourt, Ramey, le conduisit jusqu’à la rue des Rosiers — aujourd’hui rue du Chevalier-de-la-Barre — à l’état-major du général Lavaucoupet. Varlin déclina son identité, mais se refusa à toute déclaration. Une foule hurlante, qui l’avait accablé d’injures et de coups durant son transfert, attendait sa victime qu’on adossa à un mur. Aux cris de : “ Vive la République ! Vive la Commune ! ” Eugène Varlin mourut comme il avait vécu, “ superbe de courage ” (témoignage du général Percin qui assista à la scène).

Par contumace, le 4e conseil de guerre condamna Varlin, le 30 novembre 1872, à la peine de mort. Il fallut attendre 1878 pour que ce jugement par contumace qui empêchait tout règlement de la succession de la famille Varlin fût déclaré “ nul et sans effet ”.
Dans un rapport à son colonel, le lieutenant Sicre avait déclaré : “ Parmi les objets trouvés sur lui [Varlin] se trouvaient : un portefeuille portant son nom, un porte-monnaie contenant 284 f 15, un canif, une montre en argent et la carte de visite du nommé “ Tridon ”.

Sicre s’appropria la montre — présent des ouvriers relieurs en 1864 — ce qui provoqua pendant longtemps les protestations d’amis de Varlin. Ces protestations se manifestaient encore en 1878, puisqu’un rapport d’un indicateur, le “ 2 ” faisait état, à la date du 24 janvier, du “ joli scandale ” qui pourrait en sortir. Et il ajoutait : “ Le lieutenant en question est en garnison à Soissons ”. “ Ce militaire serait bien mieux dans l’infanterie de marine en garnison en Cochinchine ou dans la Nouvelle-Calédonie ” !

Si l’on excepte un Delion, op. cit., qui l’a vu “ mauvais ouvrier relieur, aussi intelligent que paresseux, aussi ambitieux que remuant ”, on peut affirmer que Varlin a été célébré à l’envi comme un modèle par tous ceux qui ont écrit sur lui. Sans outrance hagiographique, disons avec Adolphe Clémence, op. cit., qu’il est “ une des gloires du prolétariat français ”.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24876, notice VARLIN Eugène [VARLIN Louis, Eugène] par Jean Maitron, Michel Cordillot, version mise en ligne le 12 avril 2009, dernière modification le 18 novembre 2018.

Par Jean Maitron, Michel Cordillot

Couverture du livre de Michel Cordillot, <em>Eugène Varlin, chronique d’un espoir assassiné</em>, Collection La Part des Hommes, Éditions de l’Atelier
Couverture du livre de Michel Cordillot, Eugène Varlin, chronique d’un espoir assassiné, Collection La Part des Hommes, Éditions de l’Atelier

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE : Arch. PPo., B a/1291 et E a/104-5. — Troisième procès de l’AIT à Paris, op. cit. — Les Séances officielles..., op. cit. — P.V. Commune, op. cit. — A. Clémence, Revue socialiste, 1885, t. I. — Eug. Faillet, Biographie de Varlin, Paris, 1885, 61 p. — J. Gaumont, Revue socialiste, 15 juin 1913. — La Vie Ouvrière, 5 mai 1913, numéro spécial consacré à E. Varlin. — J. Guillaume, L’Internationale, op. cit., passim, et notamment t. I. pp. 241, 257-259. — M. Dommanget, Eugène Varlin, Saumur, 1926, 48 p. — Foulon, Eugène Varlin, Clermont-Ferrand, 1934, in-8°, 244 p. — Jean Maitron, De la Bastille au Mont-Valérien, Paris, 1956. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit.Jean Bruhat, Eugène Varlin, Paris, 1975. — Michel Cordillot, Eugène Varlin, chronique d’un espoir assassiné, Paris, Éditions ouvrières, 1991 ; réédition augmentée Eugène Varlin, internationaliste et communard, Paris, Éditions Spartacus, 2016. — id., “ Le Fouriérisme dans la section parisienne de la Première Internationale, 1865-1866 ”, Cahiers Charles Fourier n° 3, 1992. — id., “ À propos d’une lettre d’Eugène Varlin aux relieurs ”, Cahiers d’histoire de l’IRM n°49 (1992). — Numéro spécial de la revue Itinéraires consacré à Eugène Varlin, 1993. — Notice revue par Michel Cordillot.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 384. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit. p. 163.

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