JOURDE François (ou JOURDE Francis)

Né le 4 juillet 1843 à Chassagne (Puy-de-Dôme), mort à Nice (Alpes-Maritimes) le 20 mars 1893 ; comptable ; franc-maçon (loge des Zélés Philanthropes) — Voir E. Thirifocq ; élu membre de la Commune de Paris, déporté en Nouvelle-Calédonie, d’où il s’évada.

Ancien élève de l’école Turgot, il fut clerc de notaire, comptable dans une banque, puis employé dans les services des Ponts et Chaussées de la Ville de Paris. En dernier lieu, du 12 septembre au 24 octobre 1870, il fut manœuvre dans les ateliers de construction d’un ingénieur de Grenelle, M. Édoux.

Durant le 1er Siège de Paris, Jourde servit comme sergent au 160e bataillon de la Garde nationale. Le 1er mars 1871, il était secrétaire de la délégation du Ve arrondissement au Comité central de la Garde nationale. Le 18 mars, il devint membre de ce Comité puis, le 26 mars, fut élu à la Commune par 7 310 voix sur 12 422 votants du Ve arrondissement.

Clère — Les Hommes de la Commune — en a laissé le portrait suivant : “ Jourde est un jeune homme d’une taille élevée, à la figure pleine d’intelligence, encadrée par une longue barbe blonde. Son intelligence éclate dans son regard et dans toute sa physionomie. Il possède un véritable talent oratoire, qui lui permet de rendre les discussions financières claires et accessibles à tous les esprits. Son visage, long et osseux, est défiguré par une tache dartreuse qui forme une large cicatrice sur une de ses joues. ”

Jourde n’appartenait pas à l’Internationale “ à moins que dans les dernières semaines, il ne soit entré dans une section quelque part ” (déclaration de Tolain à l’Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars 1871, p. 423). Aucun écho ne permet de dire qu’il ait adhéré, malgré l’affirmation de Delion — “ il s’affilia pendant le Siège à l’Internationale ”, cf. Les Membres de la Commune et du Comité central — qui a laissé de Jourde, et de bien d’autres, un portrait peu flatteur.

Membre de la Commune, Jourde fut élu le 29 mars à la commission des Finances. Avec Varlin le 30 mars, seul à partir du 20 avril, il fut délégué aux Finances et fut l’auteur de différents projets, sur les échéances, le Mont-de-Piété, la pension aux femmes, mariées ou non, de gardes nationaux tués “ pour la défense des droits du peuple ”. Au cours de la séance du 2 mai, il démissionna, estimant qu’après le vote de la veille instituant le Comité de salut public dont le délégué aux Finances n’était plus “ que le commis ”, il ne pouvait désormais accepter les fonctions qui lui avaient été confiées. Réélu sur-le-champ par 38 voix sur 44 votants, il reprit ses fonctions (cf. Procès-verbaux, op. cit., t. II, p. 80). Ses adversaires reconnurent son honnêteté et sa compétence, mais, après coup, les socialistes lui reprochèrent de s’être montré, ainsi d’ailleurs que Beslay et Varlin, trop épris de légalité, “ trop timide et trop respectueux devant les forteresses du Haut Capital ”, de s’être constitués “ les protecteurs de cet établissement [la Banque de France], les gardiens jaloux de l’intégrité de son crédit, considéré par eux comme le crédit même de la France ” (Dubreuilh, Histoire socialiste, dirigée par J. Jaurès). Les archives laissées par Eudes ont permis d’apporter quelques précisions sur leurs rapports avec cette institution (cf. Jean Maitron, L’Actualité de l’Histoire, n° 5, octobre 1953).
Le 15 mai, Jourde signa la déclaration de la minorité : “ La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public ”. Ont signé cette déclaration : Andrieu, Arnold, Arnould, Avrial, Beslay, Clémence, V. Clément, Courbet, Frankel, Gérardin, Jourde, Lefrançais, Longuet, Malon (par lettre du 16 mai), Ostyn, Pindy, Serraillier, Theisz, Tridon, Vallès, Varlin, Vermorel.

Arrêté le 30 mai rue du Bac, Jourde fut condamné, le 2 septembre 1871, par le 3e conseil de guerre, à la déportation simple, après avoir présenté une défense que certains estimèrent avoir été trop limitée à celle d’une gestion personnelle sur un plan exclusivement technique. Il arriva à l’île des Pins en octobre 1872 (ou en novembre 1872) et la quitta en octobre 1873 pour aller travailler à Nouméa comme comptable, puis caissier. Fondateur d’une société d’aide mutuelle entre les déportés, il en fut nommé président.
Le 21 mars 1874, il s’évada avec Rochefort et quelques autres qui débarquèrent à Newcastle. Jourde se rendit ensuite à Strasbourg et devint comptable de l’usine que deux autres communards, Avrial et Langevinvoir ces noms — dirigeaient tout près, à Schiltigheim. Il fut expulsé d’Alsace-Lorraine ainsi que ses amis, en mai 1876, puis de Bruxelles en 1877. Il alla alors habiter Londres.

En 1879, il collabora à La Révolution française, quotidien qui ne vécut que quelques mois. Il rentra à Paris en juillet 1880, après le vote de l’amnistie. Après avoir adhéré à l’Alliance socialiste républicaine opposée au Parti ouvrier français de Guesde, mais dont la durée fut éphémère — elle se disloqua dès 1881 — Jourde ne joua plus aucun rôle dans le mouvement ouvrier jusqu’à sa mort survenue en mars 1893. Mort pauvre, il fut enterré civilement, le 24, au cimetière Montparnasse, en présence notamment d’Édouard Vaillant, Léo Frankel, Jules Martelet et Zéphirin Camélinat. « Les amis du défunt avaient voulu placer un drapeau rouge sur le cercueil, mais la police le leur a interdit » (Le Rappel, 26 mars 1893).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24866, notice JOURDE François (ou JOURDE Francis), version mise en ligne le 6 mars 2009, dernière modification le 12 mai 2019.

ŒUVRE : (cotes de la Bibl. Nat.) : P. Grousset et F. Jourde Les Condamnés politiques en Nouvelle-Calédonie : Récit de deux évadés. Genève, impr. de Ziegler, 1876, in-8°, 79 p., Lb 57/6184. — Fr. Jourde, Souvenirs d’un membre de la Commune, Bruxelles, H. Kistemaeckers, 1877, in-8°, 8° Lb 57/6378. — La Convention nationale, Paris, Gr. in-fol. 1re année, n° 1, 11 septembre 1880-21 mars n° 124, 23 juillet 1881. Directeur Fr. Jourde, L c 2/4032 (le premier n° seulement).

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/860, B, n° 3762. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., B a/430 (fiche du 47 Testut 25 juillet 1879) et B a/1130 (dossier volumineux). — Procès-Verbaux de la Commune de 1871, op. cit. — Patrick O’Reilly, Calédoniens, Répertoire bio-bibliographique de la Nouvelle-Calédonie, Paris, 1953. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit. — La Revue Socialiste, n° 100, avril 1893 (article nécrologique par E. F. [Fournière ?]). — Arch. générales Royaume Belgique, 4e section, police des étrangers, n° 281.298. — Notes de Louis Bretonnière et de Julien Chuzeville.

ICONOGRAPHIE : Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 213. — G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 225.

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