FINGERCWEIG Moska [Maurice] ou FINGERCWAJG [dit Marius]

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Né le 25 décembre 1922 à Varsovie (Pologne), fusillé par condamnation le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier tapissier domicilié à Alfortville (Seine, Val-de-Marne) ; résistant FTP-MOI ; un des condamnés du procès dit de l’Affiche rouge.

L’Affiche rouge
L’Affiche rouge

La famille juive de Moska Fingercweig arriva en France en 1926. Il perdit sa mère en 1933 et son père, ouvrier tailleur, laissa le soin d’élever Moska à son frère aîné Jacques. Ce dernier qui militait aux Jeunesses communistes eut une grande influence sur son jeune frère et Maurice déjà membre de la CGT, adhéra à son tour aux Jeunesses communistes en 1940. La déportation en juillet 1942 de son père et de son frère à Auschwitz (Pologne) poussa Maurice Fingercweig à entrer dans la Résistance.

Affecté à la Main-d’œuvre immigrée, il distribua des tracts et des papillons et demeurait 74 avenue Ledru-Rollin (XIIe arr.). En février 1943 il devint permanent FTP sous le pseudonyme de Marius, matricule 10152, et habitait 124 rue Véron à Alfortville (Seine, Val-de-Marne). Il appartint au 2e détachement des FTP-MOI (détachement juif). En avril, il déposa un engin explosif sur l’entablement d’une fenêtre dans le quartier de la Muette (XVIe arr.). Le 8 mai 1943 vers 23 heures, devant le 34 rue Miollis (XVe arr.), deux FTP dont Moska Fingercweig tirèrent sur une sentinelle allemande qui riposta. Le 19 juillet il était dans l’équipe qui jeta une grenade sur un détachement de marins allemands rue du 4-Septembre à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine).

Muté en août 1943 au détachement des dérailleurs, il prit part à plusieurs actions. Le 14 septembre, avec notamment Émeric Glasz, ils sabotèrent la voie ferrée de la ligne Paris-Troyes à la hauteur de Gretz ; plusieurs wagons d’un train allemand déraillèrent. Les policiers de la BS2 filaient les militants de la MOI et les combattants FTP. Le 21 octobre Fingercweig, Goldberg, Martiniuk et Elek prirent le train de 11 h 45 à la gare de l’Est à destination de Troyes avec sacs et musettes ; plusieurs inspecteurs étaient dans le même convoi. Arrivés à 14 h 45, les FTP se restaurèrent, puis partirent à pied sur la route de Dijon. Les policiers des Renseignements généraux observaient puis les perdirent de vue. Les policiers apprirent le lendemain qu’un attentat avait eu lieu à la hauteur de Chaumont sur la ligne Paris-Troyes. Le 26 octobre, Moska Fingercweig était dans le groupe qui fit dérailler un train près de Mormant en Seine-et-Marne. Les policiers de la BS2 savaient qu’il habitait à Alfortville, qu’il participait à des actions de sabotage mais n’en poursuivaient pas moins les filatures.

Le commissaire politique des FTP-MOI de la région parisienne, Joseph Dawidowicz, fut identifié par la police le 18 octobre 1943. Responsable aux effectifs, il coordonnait le travail politique, disposait de liaisons avec la direction de la MOI et avec celle des FTP, il en était également le trésorier, un poste clef. Le 26 des inspecteurs de la BS2 l’arrêtèrent à midi en gare de Conflans-Sainte-Honorine, et les perquisitions de ses domiciles clandestins permirent de découvrir des listes d’effectifs, des comptes rendus d’activité de la MOI, des ordres du jour des FTP, un état numérique dactylographié des divers détachements, etc.
Le 17 novembre 1943, la direction des Renseignements généraux décidait d’une opération d’ensemble. Moska Fingercweig fut appréhendé, portant sur lui une fausse carte d’identité au nom de Jean Bourniera. Des tracts édités par la sous-section juive du Parti communiste furent saisis à son domicile. Il y eut soixante-sept arrestations de militants de la MOI et des FTP-MOI. Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales, il fut battu, torturé. Il était l’un des vingt-quatre accusés qui comparurent le 18 février 1944 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.) et la presse aux ordres des Allemands, dont Le Matin, s’en fit l’écho : « Le tribunal militaire allemand juge 24 terroristes ayant commis 37 attentats et 14 déraillements. Un Arménien, Missak Manouchian, dirigeait cette tourbe internationale qui assassinait et détruisait pour 2 300 francs par mois. »

Moska Fingercweig fut passé par les armes le 21 février 1944 à 15 h 47 au Mont-Valérien avec les vingt-deux autres condamnés à mort. Son inhumation eut lieu dans le carré des corps restitués aux familles dans le cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Son nom et sa photographie figuraient sur l’Affiche rouge placardée par les nazis sur les murs des grandes villes : « Fingerweig, Juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements. »

La Médaille de la Résistance lui fut accordée le 26 juillet 1947 à titre posthume.
Le nom de Moska Fingercweig figure sur les plaques commémoratives dédiées au groupe Manouchian au 19 rue au Maire à Paris (IIIe arr.), à Marseille, près de la gare d’Évry-Petit-Bourg (Essonne) où furent arrêtés Missak Manouchian et Joseph Epstein (colonel Gilles) et au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24863, notice FINGERCWEIG Moska [Maurice] ou FINGERCWAJG [dit Marius] par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 6 mars 2009, dernière modification le 9 juillet 2019.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

L’Affiche rouge
L’Affiche rouge
Moska Fingercweig
Moska Fingercweig

SOURCES : Arch. PPo. BA 1752, BA 2297, PCF carton 15 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux sur l’activité communiste, 77W 2122. – DAVCC, Boîte 5 B VIII, Liste S 1744 098/44 (Notes Thomas Pouty). – Le Matin, 19 et 20 février 1944, 21 février 1944, 22 février 1944. – Gaston Laroche (Boris Matline), On les nommait des étrangers. Les immigrés dans la Résistance, ÉFR, 1965. – David Diamant, Combattants, héros et martyrs de la Résistance, Éd. Renouveau, 1984. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Denoël, 1986. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1994. – Boris Holban, Testament, Calmann-Lévy, 1989. – Serge Klarsfeld, Léon Tsévéry, Les 1 007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 juifs, Éd. FFDJF, 1995. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 178

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