JACLARD Victor [JACLARD Charles, Victor]

Né le 18 décembre 1840 à Metz (Moselle), mort le 14 avril 1903 à Paris ; professeur de mathématiques ; docteur en médecine ; militant blanquiste ; franc-maçon ; colonel de la XVIIe légion fédérée ; membre de l’Internationale.

Issu d’une famille d’artisans — son père était sellier, 14, rue des Clercs, à Metz, son oncle, Nicolas Jaclard était fondeur de cloches — Victor Jaclard reçut une bonne instruction et devint professeur de mathématiques après s’être engagé au 17e régiment de ligne et avoir achevé son service à la 4e section d’infirmiers militaires à Nancy.
En 1864, voulant étudier la médecine, il arrivait à Paris. J’avais “ 22 ans ”, écrit-il dans une lettre saisie lors d’une perquisition et conservée aux archives de la préfecture de police. Il en résulte qu’il serait né en 1842. Or, l’état civil et le faire-part de décès établissent sans discussion qu’il est né en 1840. Ceci dit pour mettre un terme aux variations sur la date de naissance de Jaclard qui sont nombreuses.

Nous ne possédons aucun renseignement sur les influences qui orientèrent Jaclard vers l’action sociale, révolutionnaire et athée ; mais il est à noter qu’il avait un cousin, Nicolas Jaclard, fils d’un fondeur de cloches, qui fut interné comme révolutionnaire et socialiste, puis surveillé par décision de la commission mixte de la Moselle en 1852 et peut-être y eut-il filiation.

Une sœur aînée, Marie-Sophie, née en 1827 et qui devint religieuse de Sainte-Chrétienne et enseignante (elle mourut en 1868), joua peut-être elle aussi un rôle, mais a contrario. Quoi qu’il en soit, les “ militants ” ne manquaient donc pas dans la famille.
Dès 1864, Jaclard était membre du noyau blanquiste qui constituait en somme l’“ embryon du Parti ” — voir Casse. Au début de l’année 1865, Jaclard fut présenté à Auguste Blanqui et, le 27 août, il aidait à l’évasion du “ Vieux ” de l’hôpital Necker. Avec Clemenceau et d’autres, il fit partie de la commission chargée d’élaborer les statuts de l’association fraternelle des étudiants en médecine, puis, en octobre de cette même année, il fut à Liège où il assista au congrès international des étudiants qui se tint dans cette ville, du 29 octobre au 1er novembre. Des déclarations socialistes et athées furent faites par les étudiants français Germain Casse, Lafargue, Regnard, Aristide Rey, etc., qui manifestèrent avec vigueur contre l’Empire.

Le 26 décembre, le conseil impérial de l’Instruction publique, aggravant la décision déjà prise par le conseil académique de Paris (exclusion à vie de cette université), l’exclut pour deux ans de toutes les universités de France. Il était notamment reproché à Jaclard d’avoir déclaré au meeting tenu à Bruxelles le 3 novembre : “ Il est un congrès que nous hâtons de tous nos efforts et qui sera d’une autre nature que celui de Liège. Il se tiendra dans la rue, celui-là, et nos fusils concluront ”.

Arrêté le 21 janvier 1866 avec Villeneuve, Levraud, Granger et autres blanquistes, pour avoir pris part à une manifestation de rue, il fut condamné, le 16 février, par la 6e Chambre du tribunal correctionnel, à six mois de prison ; 1867 et 1868 furent des années de grande activité militante pour Jaclard qui mit sur pied, avec Genton et Duval, les premiers groupes blanquistes de combat. Il appartenait également à la franc-maçonnerie, loge l’Avenir — voir E. Thirifocq En septembre 1868, il assista au congrès tenu à Berne par la Ligue de la Paix et de la Liberté et fit partie, avec Keller, Élisée Reclus, A. Rey, A. Richard, de la minorité de dix-huit congressistes qui suivirent Bakounine, se séparèrent de la Ligue et créèrent, le 28 octobre, à Genève, sous une forme publique, l’Alliance internationale de la démocratie socialiste qui se constitua en branche de l’AIT. 84 personnes firent partie du “ groupe initiateur ” (cf. Études et documents sur la Première Internationale en Suisse, J. Freymond, 1964, p. 205). “ Il se peut même, écrit Dommanget, op. cit., p. 216, que Blanqui ait approuvé ce geste de Jaclard donnant son adhésion à l’Alliance ”.

En 1869, toutefois, Jaclard, qui estimait que l’action révolutionnaire devait s’appuyer largement sur les masses, s’écarta peu à peu de Blanqui. À nouveau poursuivi par la police de l’Empire, il se réfugia en Suisse en juillet 1870. Après la proclamation de la République, il se rendit à Lyon et là, au cours d’une réunion publique, il fut désigné, le 8 septembre, avec A. Richard et Andrieux, comme un des trois commissaires, envoyés en délégation à Paris auprès du gouvernement de la Défense nationale pour s’entendre avec lui au sujet de la levée en masse. Jaclard demeura à Paris.

Élu chef du 158e bataillon de la Garde nationale, il prit part à la journée populaire du 31 octobre et fut révoqué de son grade le 6 novembre. Mis en liberté provisoire le 5 janvier 1871, il fut acquitté, le 9 mars, par le conseil de guerre. Aux élections municipales du 6 novembre 1870, il avait été élu maire adjoint du XVIIIe arr., Clemenceau étant maire.

Il ne devait pas résider de façon permanente à Paris, puisque, le 13 février 1871, il arrivait dans la capitale, venant de Strasbourg en même temps qu’Anna Korvin-Krukovskaja. L’objet du voyage de Jaclard était défini par le mot “ candidature ” qui figurait sur le laissez-passer et, en effet, il fut un des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la délégation des vingt arrondissements de Paris. Il ne fut pas élu.

Membre du Comité central des vingt arrondissements, Jaclard s’affirma pour la marche sur Versailles au soir du 18 mars. Le 28 avril (cf. J.O. Commune de ce jour), il fut nommé chef de la XVIIe légion fédérée. Les autres chefs militaires pour le XVIIe arr. étaient : Masson, chef d’état-major de la XVIIe légion, Vizet, capitaine d’état-major, major de la place par intérim, Mercier, commandant du 33e bataillon, Armand, commandant du 34e, François, capitaine du 90e, Harasse, commandant du 91e, Monipettier, commandant du 207e, Roncé, commandant du 222e, Girod, commandant du 223e de marche, Duprat, commandant du 223e bataillon sédentaire, Imbert, adjudant-major du 223e, Gérardin, commandant du 257e.

Avec Alba, Allons, Becker, Burois, Kubler et Roulier, Alsaciens et Lorrains de Paris, Jaclard signa une adresse au peuple de Paris, dans laquelle ils déclaraient considérer “ comme un devoir impérieux ” d’être volontaires pour la défense de la Commune. (Murailles... 1871, op. cit., p. 377).

Jaclard entra en conflit avec le conseil de légion et, finalement, dut démissionner. Il fut alors nommé inspecteur général des fortifications. Durant la Semaine Sanglante, il combattit aux Batignolles avec Malon, puis à la barricade du Château-d’Eau, 25 mai.

Le 5e conseil de guerre le condamna, le 29 décembre 1871, aux travaux forcés à perpétuité, mais par contumace, Jaclard, arrêté une première fois (rapport du 4 juin 1871), ayant réussi à s’échapper le 1er octobre du dépôt des Chantiers avec l’aide de son beau-frère, le mari de Sonia. Jaclard s’était évadé adroitement, malgré la stricte surveillance des gardes-chiourmes. Il s’était éloigné des autres prisonniers et le commandant de la prison qui le prenait pour un visiteur le menaça de le f… dedans s’il ne partait pas au plus vite, aussi Jaclard s’était-il empressé d’obéir. Il se rendit à Paris réfugié à Paris puis en Suisse.

Signalé à Berne en janvier 1872, Jaclard, fut appelé à Lausanne par Paul Pia pour travailler à la liquidation de la Société française Laurent et Bergeron longtemps chargée de l’exploitation du réseau de la Compagnie des Chemins de fer de la Suisse occidentale. Il contribua à “ ressusciter la section internationale de cette ville ” (J. Guillaume, L’Internationale..., op. cit., t. II, p. 267 et t. IV, p. 80). Le 7 septembre 1872, à Genève, il opta pour la nationalité française. En 1874, Jaclard se rendit en Russie.
Après l’amnistie, Jaclard et sa femme revinrent en France — on signala sa présence à Bois-Colombes en août 1880, à Paris en décembre — et fut secrétaire de rédaction de La Justice dirigée par Clemenceau.

En 1881 et 1886, il se présenta sans succès aux élections municipales dans le quartier de la Goutte-d’Or et, en 1887, dans le quartier de Clignancourt. Il devint conseiller municipal d’Alfortville en 1889. Pourtant, un conseiller municipal d’Alfortville répondait bien au nom de Jaclard (sans précision de prénom) mais il était ouvrier ajusteur. Élu en 1885, membre du Parti ouvrier, il fut un des deux élus socialistes le 6 mai 1888. Ses interventions au conseil étaient tournées vers les problèmes sociaux et présentées sans excès. En août 1891, il fut délégué au congrès international socialiste de Bruxelles. Le 9 novembre 1895, Jaurès lui adressait le télégramme suivant : “ Nos amis approuvent absolument votre idée. Faites proposition demain au congrès. Fonderons coopérative près Carmaux. Remerciements et amitiés. ” Jaclard fut alors nommé trésorier du Comité d’action pour l’édification de la verrerie ouvrière d’Albi. Il fut également secrétaire du syndicat des journalistes socialistes.
Le 27 mars 1871, Malon, maire adjoint du XVIIe arr., avait célébré le mariage de Jaclard avec Anna Korvin-Krukovskaja. Annulé, ce mariage fut reconstitué dans le XVIIIe arr. le 7 février 1874, en vertu d’un jugement du tribunal civil de la Seine en date du 23 décembre 1873. Un fils était né de cette union. Sa femme étant morte le 12 octobre 1887, Jaclard épousa en secondes noces, le 12 juillet 1894, à la mairie du Xe arr., Joséphine, Eugénie Desprès, née à Paris le 3 décembre 1868. Elle possédait une “ assez belle dot ”, et un contrat de mariage fut signé le 11 juillet.

Jaclard, qui habitait alors, 135, rue Mozart, mourut le 14 avril 1903. Sa bière fut recouverte d’un drap rouge ; les obsèques furent civiles et le corps fut incinéré au Père-Lachaise, le 19, tandis que Camélinat, Jean Longuet et d’autres prononçaient des discours. Les cendres furent déposées dans la case portant le n° 1787.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24849, notice JACLARD Victor [JACLARD Charles, Victor], version mise en ligne le 6 mars 2009, dernière modification le 6 octobre 2018.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/862, n° 5155. — Arch. PPo., B a/1123 ; Arch. pref. police : BA 1123. Dossier Jaclard, Rapport du 20 juillet 1874 non signé. — Minutes..., op. cit. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire à la fin du Second Empire, A. Colin, 1960, et Blanqui, la Guerre de 1870-1871 et la Commune, Domat, 1947. — J.O. Commune, op. cit., 28 avril 1871. — Note de Louis Comby, Natalie Pigeard et Jean-Pierre Bonnet.

ICONOGRAPHIE : H. Jouve, Les Alsaciens-Lorrains, Dictionnaire..., Paris, 1896, t. I, planche hors-texte.

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