LONGHI Pierre

Par Claude Pennetier

Né le 23 août 1909 à Corte (Corse), mort en déportation le 31 juillet 1942 à Auschwitz ; ajusteur ; secrétaire de la Région communiste Paris-Est ; maire adjoint de Montreuil-sous-Bois ; conseiller général.

Pierre Longhi dans les années 1930
Pierre Longhi dans les années 1930
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Fils d’un artisan serrurier (forgeron sur l’acte de naissance) et d’une ménagère, Pierre Longhi fréquenta l’école primaire de Chatellux-sur-Cure (Yonne), dont il sortit avec le certificat d’études primaires à treize ans. Il avait un frère, Jean Longhi, qui fut un responsable communiste.

La famille s’installa ensuite à Montreuil-sous-Bois (Seine). Son père, Antoine Longhi, ajusteur chez Pinchard, apparaît sur les listes électorales de Montreuil en 1930 et sur la liste nominative en 1931, rue Danton. Pierre Longhi travailla dans diverses entreprises du XIIe et de XXe arr. de Paris, avant d’entrer comme ajusteur mécanicien à la Cartoucherie de Vincennes qui employait 800 ouvriers. Adhérent du syndicat unitaire du personnel civil des Établissements et services de l’État de la région parisienne, il devint archiviste de la Fédération nationale en juin 1929, puis secrétaire adjoint vers 1932. Il collaborait à la Tribune fédérale des Établissement militaires. Il était proche de Pierre Dadot, secrétaire fédéral.

À l’occasion des manifestations en faveur de Sacco-Vanzetti, "enthousiasmé par les formation des Jeunes grades anti-fascistes", comme par le travail de la cellule communiste de la maison Bardet, Pierre Longhi adhéra aux Jeunesses communistes et au Parti communiste en août 1927 et milita au sous-rayon de Vincennes avec René Humberdot. Il était, dès 1929, secrétaire du 3e rayon de la 4e Entente des Jeunesses communistes. Le 24 mars 1929, la police l’avait appréhendé au cours de la conférence communiste de la Région parisienne, salle Reflut à Clichy. Voir Maurice Ancelle. Il siégea au bureau régional est-parisien.

En janvier 1933, il fut envisagé pour être envoyé à Moscou suivre les cours de l’École léniniste internationale. Fernand Soupé soutenait cette perspective : "Le camarade Longhy (sic) est de l’ensemble des militants de notre région un de ceux qui a certainement les plus grandes facilités d’assimiler les problèmes essentiels qui se posent devant un militant. Il possède une grande facilité d’expression et a un façon tout à fait populaire de poser les question à la masse. A l’heure actuelle ce camarade a un travail plus orienté vers le mouvement syndical, il est un responsable de la fédération des EM [Établissements militaires]". Il répondit : "Pour des raisons particulières il m’est impossible d’accepter la mission dont tu voulais me charger". Soupé écrivit à Albert Vassart le 30 janvier 1933, "je crois que nous devons discuter de la façon la plus sérieuse avec ce camarade."

Pierre Longhi accéda très jeune à des fonctions électives. Candidat sur la liste communiste lors des élections municipales du 12 mai 1935, il fut élu 7e sur 36. Il n’avait que vingt-six ans lorsqu’il devint 4e adjoint au maire de Montreuil-sous-Bois (voir Fernand Soupé*) et fut élu conseiller général de la 2e circonscription de Montreuil (il était le benjamin du conseil) en juin. Parallèlement, il devint en 1936 secrétaire de la Région communiste Paris-Est et conserva cette responsabilité en 1937. Il était permanent politique depuis 1935.

Mobilisé en octobre 1939 à Toulouse (Haute-Garonne), il fut déchu de ses mandats en janvier 1940. Il reprit son travail à la Cartoucherie de Vincennes. À la différence de Fernand Soupé*, il ne manifesta pas publiquement son désaccord avec le Parti communiste. Cinq sources signalent cependant une prise de distance :

- dans un témoignage recueilli par la justice militaire, il déclare avoir manifesté son opposition aux distributions de tracts et avoir tout fait pour dissuader un militant de Montreuil de continuer à diffuser des tracts après le Pacte germano-soviétique (Archives de la gendarmerie, le Blanc, recueilli par Jean-Pierre Besse)- Voir Henri Sourdeau ;

- un rapport de police du 25 mai 1941 affirme qu’il « a cessé, depuis le début des hostilités, toute activité politique et n’a plus de relation avec les éléments communistes » (Arch. PPo. 101) ;

- quant à Jean Jérôme, il déclara qu’il aurait « décroché pendant la guerre » ;

- un témoin local interrogé par Didier Frydman (op. cit.) indique que Longhi fut arrêté à son domicile « car il n’était pas rentré dans la clandestinité. Il n’a pas fait de Résistance malgré des sollicitations. ». En fait la rupture se situe avant que le Parti communiste ne rentre dans la Résistance, et il se lia ensuite avec la Résistance mais sans lien avec le communisme local.

- Suite à un courrier de la veuve du 6 février 1946, exprimant son « indignation » devant l’oubli dont est victime son mari, une lettre de Léon Mauvais, le 1er avril 1946, affirme qu’il ne faut pas l’associer aux hommages : « Nous te retournons les trois lettres ci-jointes que tu nous as communiquées et qui ont trait à Longhi et Le Bigot ( Georges Le Bigot). Nous t’indiquons qu’il n’y a pas lieu de changer l’attitude que le Parti a eue jusqu’à présent » Le Secrétariat. Curieusement, il mention en marge d’un document joint, on associe aux noms de Longhi et Le Bigot, celui de Ernest De Saint-Etienne, maire de Clamart, sans qu’on en comprenne la raison.

Pierre Longhi fut arrêté le 28 avril 1942 à son domicile et déporté à Auschwitz où il mourut le 31 juillet 1942.

Sa femme Émilienne, Jeanne née Lebreton (née le 3 mars 1911 au Havre, elle avait épousé Longhi, à Romanville, le 30 janvier en 1937 ; elle était divorcée de Paul Lallemand depuis octobre 1935), coiffeuse, resta militante communiste à Montreuil. Elle avait trois enfants dont une fille de Pierre Longhi. Dans sa lettre du 6 février 1946, elle écrivait : « Je suis bien étonné que vous ayez oublié d’honorer la Mémoire de mon mari Pierre Longhi, ancien conseiller général de la Seine et maire adjoint à Montreuil dont le nom à été honoré aux Morts pour la France dans sa commune d’élu le 11 novembre 1945. je dois vous signaler que mon mari n’a pas démérité, il a été arrêté comme résistant le 28 avril 1942, il revenait de faire une liaison dans la Nièvre et devait repartir deux jours plus tard après pour rester en province, mais il n’a pas eu le temps, la Gestapo est venu le chercher le lendemain matin. Il a été emmené à Compiègne et le 6 juillet 1942 déporté au camp d’Auschwitz où il est mort des mauvais traitements des boches. je suis en mesure de vous faire parvenir des attestations que mon cher disparu a bien travaillé pour la bonne cause, d’ailleurs le groupe de camarades qui travaillait avec lui [est] à même d’attester qu’il a fait son devoir de Français jusqu’au bout, et moi-même j’étais agent de liaison au Maquis Camille dans la Nièvre [maquis dirigé par Jean Longhi, frère de Pierre Longhi] et mon mari m’avait écrit sur sa dernière lettre jetée du train qui l’emportait en Haute-Silésie qui je reste digne de lui, cela serait sa seule consolation, en suivant la ligne de notre grand parti. J’ai fait mon devoir et j’en suis fière ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24771, notice LONGHI Pierre par Claude Pennetier, version mise en ligne le 1er mars 2009, dernière modification le 12 octobre 2017.

Par Claude Pennetier

Pierre Longhi dans les années 1930
Pierre Longhi dans les années 1930
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Lettre de secrétariat du PCF, 1er avril 1946

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 4982, autobiographie, classé A. — Arch. Nat. F7/13119, 13184. — Arch. Dép. Seine, DM3. — Arch. PPo. 100, 101 et 306. — État civil. — Arch. Gendarmerie, Le Blanc. — Nos édiles, op. cit.L’Humanité, mai 1935. — Didier Frydman, Les communistes montreuillois de 1935 à 1939, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1983. — Témoignage de Jean Jérôme, 27 novembre 1984. — Renseignements communiqués par Michèle Rault et Jean-Pierre Besse.

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