GREPPO Jean, Louis

Né le 8 janvier 1810 à Pouilly-le-Monial (Rhône), mort le 27 août 1888 à Paris. Canut lyonnais, représentant démocrate-socialiste du Rhône sous la Seconde République, député sous la Troisième République.

coll. Musée d’histoire vivante.

Fils d’un vigneron, il devint tisseur à Lyon et, sous la monarchie de Juillet, il participa aux émeutes lyonnaises de 1831 et 1834. Voir Jean-Claude Romand Il organisa une association mutualiste parmi les canuts et, après 1840, entra au comité directeur de la Société des Égaux, branche lyonnaise de la Société des Familles, où prédominait l’idéologie néo-babouviste. Voir Antoine Blanc* et Maurin*. En fait la Société des Familles, se réclamant de Barbès qui aurait participé lui-même à la création de la branche lyonnaise en avril 1839, au cours d’un très bref passage en route vers l’insurrection de mai, n’existait plus depuis le procès des poudres de 1836 et avait été remplacée par la Société des Saisons, elle même détruite en mai 1839. Il s’agit donc soit d’une société spécifiquement lyonnaise soit d’une confusion. On peut penser que la Société des Égaux était reliée aux diverses sociétés à tendance néo-babouviste qui ont succédé aux Saisons et que le terme Familles ait été conservé pour des questions de facilité ou de sécurité ou encore que les témoignages sur lesquels sont basées ces désignations avaient perdu de leur précision dans le temps...

En 1848, il figurait dans le comité révolutionnaire qui s’installa à l’Hôtel de Ville de Lyon. Candidat aux élections à la Constituante du 23 avril, il fut élu avec 45 194 voix. En même temps que lui, trois autres ouvriers furent élus députés du Rhône : le canut Joseph Benoit, le typographe Esprit Doutre, le typographe et aubergiste Claude Pelletier.

Ce canut, qui avait une physionomie de sermonnaire, se comportera, avec quelque suffisance et vantardise, en casuiste de la démocratie. Austère, il était mécontent d’être traité en suspect par les spartiates du parti démocrate-socialiste. En effet, à leurs yeux, il représentait l’industrie de la soie, donc le luxe, et les rouges de 1848-1849 jouaient volontiers les frugaux, les amateurs de brouet noir. En fait, Greppo se rendait bien compte qu’il était mandaté par des hommes vivant dans un monde économique en déclin. En juin 1848, il vota contre l’établissement de l’état de siège. Le 5 juillet 1848, à la tribune de l’Assemblée, quand Proudhon lut et soutint au milieu de furieuses clameurs la fameuse proposition de loi dont il était l’auteur, et dans laquelle il préconisait un impôt du tiers sur tous les revenus, en même temps qu’une suspension du paiement et une réduction du taux des loyers, et que la proposition fut mise aux voix par assis et levé, un seul député se leva, Greppo. Voici comment Gustave Lefrançais raconte la chose : « Or l’amusant de l’affaire, c’est que n’ayant point assisté, la veille, à la réunion de ses collègues de la gauche, il ignorait la résolution prise par ceux-ci de s’abstenir afin de conserver à la proposition de Proudhon le caractère tout platonique d’une déclaration de principe. De là, le vote tout spontané de Greppo. On prétend qu’alors, Proudhon était furieux contre lui. » Quoi qu’il en fût, dans l’opinion publique, Greppo passa pour un disciple de Proudhon.

Greppo signa le Catéchisme social de Constantin Pecqueur qui parut en 1848. Son auteur, sous-bibliothécaire au Palais Bourbon, ne pouvait le faire lui-même Cette substitution souleva un certain nombre de problèmes, et longtemps après. On insinuait dans son entourage qu’il n’était pas l’auteur d’ouvrages qu’il publiait sous sa signature. À priori, nous n’en voyons pas d’autres. Dans ses Mémoires, Joseph Benoit, tout en lui reconnaissant des qualités « d’excellent républicain et d’homme intègre », prétend qu’il manquait totalement de culture et était incapable d’écrire les articles et les brochures qu’il signait. Il ajoute que Greppo « était lié d’amitié avec Gérard, employé au ministère de la guerre, lequel écrivait pour lui ». (Gérard, était un « communiste matérialiste », il fut incarcéré quelques jours avant le 2 décembre pour la rédaction de pamphlets signés « Les amis du peuple » et pour la publication des Bulletins du comité de résistance.) On n’est pas obligé de croire sur parole Benoit qui a toujours manifesté à l’égard de Greppo une mauvaise humeur particulièrement acerbe, dont on discerne mal les raisons. Greppo était, en effet, beaucoup plus cultivé et nuancé que ne le laisserait supposer Benoit. Dans le Catéchisme qui justifie pleinement son titre et qui est écrit d’une encre dogmatique, l’auteur, quel qu’il soit, souhaitait, comme Proudhon, que la France fût une nation de paysans aisés plutôt qu’une nation ouvrière. L’ouvrage comporte aussi des vues originales sur les problèmes de l’éducation. L’auteur se préoccupait de renouveler le caractère de l’enseignement et de faire donner à tout citoyen une instruction en rapport avec ses facultés. Il disait : « Les enfants, instruits, logés, nourris dans les écoles publiques, seront élevés dans le but d’être utiles à la société au milieu de laquelle ils trouveront le bien-être [...] La gratuité des études est la base de notre système. » Il voulait que des récompenses fussent attribuées à tous ceux qui, transformant les conditions techniques du travail, épargnaient aux citoyens des besognes pénibles, rebutantes, dangereuses. Il souhaitait que l’on en finisse avec la distinction traditionnelle établie entre les professions nobles ou libérales d’une part et les professions avilissantes ou serviles d’autre part. Bien entendu, l’enseignement primaire serait obligatoire, sans que les écoles primaires fussent pour cela des casernes. Dans les autres ordres d’enseignement, le régime serait l’internat, entièrement aux frais de l’État. Les ouvriers les plus intelligents devraient sortir des Arts et Métiers. Enfin, dans la cité socialiste qu’il dessinait, les artistes seraient entourés d’une grande sollicitude.

Greppo fut réélu à la Législative en mai 1849. Il tenta de s’opposer au vote de la loi Falloux en déposant un amendement que défendit Joseph Benoit. Il vota également contre l’expédition de Rome. Pour lutter contre le parti de l’Ordre et contre le prince-président, il entra en relation avec les sociétés secrètes qui se reconstituaient, telle, à Lyon et dans le Sud-Est, la Nouvelle Montagne de Gent. Il dirigea le Comité central de Résistance, second masque de la Commune sociale, « organe des communistes », contrainte à la dissolution à la fin de 1849. Au Comité Central de Résistance, il travaillait avec Miot et Pecqueur Ollivier. Mais l’organisation fut découverte, dut se dissoudre, et certains de ses membres furent poursuivis. Peu avant le coup d’État, le procureur général de Lyon proposait de poursuivre Greppo pour le délit d’attaque contre le respect dû à la loi, parce qu’il avait dit que la loi du 31 mai 1850 portait atteinte à la souveraineté nationale, pour le délit d’excitation à la haine et au mépris du gouvernement, parce qu’il avait insinué que l’administration se livrait à un immense gaspillage du budget ; en fin pour le délit d’offense à l’Assemblée nationale parce qu’il avait reproché à cette Assemblée d’avoir plus de pitié pour les chiens que pour les citoyens.

Greppo avait été, en 1851, un des vingt-cinq représentants de la Montagne qui s’étaient séparés de leurs collègues du cercle Richelieu, parce qu’ils ne prenaient pas de mesures en vue de la lutte inévitable de 1852. Il fut un des cinq, avec Bruys*, Faure*, Cholat* et Laboulaye*, qui furent désignés par les vingt autres pour organiser le Comité ou la Société de Résistance. Il s’agissait de recruter des hommes d’action parmi les anciens des sociétés secrètes de la monarchie de Juillet et parmi les transportés de Juin. Il devait y avoir des groupes de six. Chaque groupe désignerait son chef et le prendrait à l’intérieur du groupe. Cinq chefs de groupe constitueraient une seconde formation, dont le chef retrouverait quatre autres chefs de seconde formation pour nommer encore un chef parmi eux et ainsi de suite. L’organisation s’arrêterait à 3 750 membres, qu’elle ne put recruter parce qu’elle était encore à ses débuts quand se produisit le coup d’État. Elle avait choisi comme chef supérieur, sous les ordres du comité directeur composé de cinq représentants, un agent de... la police secrète en service depuis 1838, Jean-Étienne Pensée. Le comité directeur, en relations suivies avec tous les départements, préparait les esprits au mouvement qui devait se produire à l’occasion des élections de 1852 : on devait appeler les masses à se rendre aux élections comme si la loi du 31 mai 1850 n’existait pas et, si on repoussait les électeurs exclus, y retourner les armes à la main. Aussi, le comité directeur, évidemment trahi par Pensée, fut-il arrêté le 2 décembre au matin et Greppo lui-même dès six heures, chez lui, 15, rue de Ponthieu. Voir P. Léculier

Menacé de déportation à Cayenne, Greppo fut en fin de compte exilé. Il résida en Belgique jusqu’à l’amnistie de 1859, animant de nombreuses conspirations en France.

En 1855, il se trouvait à Londres. Franc-maçon, il était l’un des dignitaires du « Temple mystique » (voir Berjeau Jean-Philibert). Il prononça cette même année un discours à l’occasion du grand banquet républicain du 7 mars.

En 1862, il fut impliqué dans un vaste procès ouvert contre 54 prévenus, anciens amnistiés en majorité. Il ne s’agissait pas de la reconstitution d’une société secrète, mais d’un complot dont l’initiative lui revenait. Il avait proposé d’embaucher 800 ouvriers choisis parmi les plus vigoureux (la majorité travaillaient à Grenelle aux ateliers Cail), de les réunir, le 2 mars, à 10 heures du soir, place de la Concorde, pour leur faire escalader le mur des Tuileries, enlever l’empereur, puis s’emparer du ministère de l’Intérieur et télégraphier ensuite les nouvelles parisiennes aux sociétés secrètes de Lille, Marseille, Toulon, Bordeaux. Le complot fut éventé et il y eut de nombreuses arrestations.
Le 4 septembre 1870, Greppo devint maire du IVe arrondissement de Paris. Il n’était plus tout à fait le même homme qu’en 1848. Il avait perdu quelque peu de son austérité. Il avait fait, quelque temps, à Bercy, le commerce des vins et il était, désormais, à ses heures, un joyeux luron. Lefrançais* ne reconnaissait plus en lui l’homme qui avait soutenu Proudhon le 5 juillet 1848 : « Que n’a-t-il conservé cette naïveté, cette spontanéité ! Il n’aurait pas donné à ses anciens amis le triste spectacle de ses palinodies depuis le 4 septembre 1870, où une sotte ambition lui fit emboîter le pas à Jules Favre et à ses complices de la Défense nationale. »

En février 1871, Greppo fut élu député de la Seine à l’Assemblée de Bordeaux et donna son appui aux essais de conciliation entre Versailles et la Commune. Il fut réélu en 1876 et en 1877 (après le 16 mai) par le XIIe arrondissement de Paris, vota l’amnistie pour les Communards. Comme Madier de Montjau et Martin Nadaud, autres vieux quarante-huitards, il s’était rapproché des opportunistes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24760, notice GREPPO Jean, Louis, version mise en ligne le 28 février 2009, dernière modification le 5 août 2019.
coll. Musée d’histoire vivante.

ŒUVRE : — [co-auteur avec Genton et Allerat], La Vérité sur les événements de Lyon au mois d’avril 1834, Paris, Dentu, Lyon, Chambert, 1834, 280 p. — Réponse d’un socialiste à M. le maréchal Bugeaud, Paris, Sandré, 1848, 20 p. — Le Citoyen Greppo, représentant du Rhône, à ses électeurs, Paris impr. de Gratiot, puis typ. Beaule et cie, janvier-juillet 1850, 4 nos. — La République, Paris, impr. de Lacour, in-folio plano, 1859.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. PPo., B a/1100 et E a/44-4. — Arch. Nat., BB 30/394, P. 414 bis. — Joseph Benoît, Confessions d’un prolétaire, publiées par M. Moissonnier et J. Nicot, Paris Éditions Sociales, 1968., d’après le manuscrit conservé aux Arch. Mun. Lyon, M 302. — J. Godart, Journal d’un bourgeois de Lyon en 1848, Paris, 1924. — Martin Nadaud, Mémoires de Léonard..., édition Duveau-Follain, 1949. — G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire. — P.-J. Proudhon, La Révolution sociale démontrée par le Coup d’État du Deux-Décembre, Paris, Rivière, 1937 (note rédigée par E. Dolléans et G. Duveau, p. 164). — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire. — Ch. Marcilhacy, « Les caractères de la crise sociale et politique de 1846 à 1852 dans le département du Loiret », Revue d’Histoire moderne et contemporaine, t. VI, janv-mars 1959. — V. Hugo, Histoire d’un crime, Paris, EFR, 1958, notices biographiques, p. 459. — G. Duveau, La Pensée ouvrière sur l’éducation. — André Combes, « Des origines du Rite de Memphis à la Grande loge des Philadelphes, 1838-1870 », Chroniques d’histoire maçonnique, n° 34, 1 er semestre 1985. — Notes de M. Cordillot et J. Risacher.

ICONOGRAPHIE : Une lithographie des députés de la Montagne sur laquelle figure Greppo se trouve aux Arch. Dép. Rhône, série U (Parquet, général, an IX-1848).

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