GOUNON André, Louis

Par Madeleine Singer

Né le 12 janvier 1908 à Saint-Denis (Seine), mort le 20 septembre 1989 à Brest (Finistère) ; agrégé de mathématiques ; syndicaliste CFTC puis CFDT du Nord, puis proche de FO dans le Finistère, membre du bureau national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1948 à 1964.

André Gounon était l’aîné des quatre fils de Frédéric Gounon, cheminot SNCF, qui s’intéressait beaucoup à l’action syndicale ; celui-ci, atteint de tuberculose, fut malade pendant plusieurs années et mourut en 1921. André Gounon vécut donc sa jeunesse dans un état de gêne financière permanente. C’est grâce à un oncle maternel, son parrain, qu’il put faire des études à Paris, d’abord au collège des Francs-Bourgeois où il obtint en 1925 son baccalauréat, puis en classe préparatoire au lycée Saint-Louis. Entré en 1928 à l’École normale supérieure, il fut reçu quatrième à l’agrégation et fit un an de service militaire. Il fut alors chargé à Cherbourg de la classe de préparation à l’École navale, puis de l’« hypotaupe » de Montpellier. Mobilisé en 1939 en qualité de lieutenant dans une batterie où il assura l’intendance, il fut à son retour nommé en « hypotaupe » à Douai et muté en 1942 dans la « taupe » de Lille devenue vacante. Il y prit sa retraite en 1970. Il avait épousé en 1941 Madeleine Martinelli qui était la belle-soeur d’un de ses amis à qui il avait rendu visite à Brest. Ils eurent trois enfants qui firent de brillantes études.

Grand lecteur de journaux pendant son séjour à l’ENS, il se passionnait pour l’actualité. S’il adhéra au SGEN dès 1937, c’est qu’il en connaissait les fondateurs : à son entrée à l’École, dit-il, Paul Vignaux, alors agrégé préparateur, fit le laïus de présentation du groupe « tala » ; l’année suivante, ajoute-t-il, François Henry* et Raynaud de Lage* lancèrent une quête au profit des syndiqués chrétiens en grève dans le textile d’Halluin. Il lui paraissait d’ailleurs normal qu’un salarié chrétien s’inscrivit à un syndicat dit « chrétien », d’autant plus qu’il connaissait le laïcisme du SNI et ses efforts dans certains départements pour faire vider de l’enseignement public les suppléantes coupables d’aller à l’église. Il réadhéra au SGEN fin 1944 en lisant dans la presse qu’il y avait une réunion du Syndicat à Lille. Devenu en décembre 1945 l’adjoint du secrétaire académique, Daniel Quénu*, il le remplaça quand celui-ci partit à Paris en 1946 et il occupa cette fonction jusque 1955.

Au cours de cette période, il se fit toutefois suppléer pendant deux ans car en 1948 il était devenu rédacteur d’École et Éducation, vu qu’il croyait pouvoir faire confiance à l’imprimerie lilloise qui travaillait déjà pour le SGEN. Or il mesura peu après la charge que cela représentait : le bulletin syndical alors mensuel devint tout-de-suite bimensuel comme l’avait souhaité au congrès de 1947 le secrétaire du Premier degré, vu que l’instituteur, étant le plus souvent un isolé, ne pouvait être informé par circulaire comme l’étaient les sections du Second degré. En outre au comité national de juin 1949, André Gounon proposa qu’il y ait deux éditions, les adhérents du Premier et du Second degré recevant chacun un supplément de huit pages qui s’ajoutait aux huit pages communes. La formule, approuvée par le congrès de 1950, entraînait un travail écrasant car le rédacteur devait comprimer la copie envoyée par le Second degré, alors qu’il remplissait avec peine les pages du Premier degré. En outre le bureau national lui demandait de rechercher la publicité. André Gounon se fit donc remplacer, en restant toutefois le gérant du bulletin car il assura la liaison avec l’imprimeur jusqu’à ce qu’en 1952, le SGEN trouvât à Paris un imprimeur susceptible de donner satisfaction.

Entré au bureau national en 1948 en qualité de rédacteur d’École et Éducation, il y demeura longtemps vu l’importance de sa collaboration. Il étudia pour le SGEN les problèmes les plus divers, faisant dès 1947 paraître dans le bulletin syndical des articles portant notamment sur les commissions administratives et les comités techniques. Il prit en charge toutes les catégories qui n’avaient pu encore s’organiser au sein du SGEN. Ce furent d’abord les maîtres d’internat et surveillants d’externat pour lesquels en 1949 il rassembla les textes définissant leurs obligations ; aussi aidait-il les intéressés à rédiger leurs motions lors des congrès nationaux.

En même temps il épaulait les petits groupes d’agents qui s’étaient syndiqués à Charleville et à Saint-Quentin, villes qui faisaient alors partie de son académie. Jusqu’à son départ de Lille en 1970, il assura, avec le responsable agent de l’académie, la rédaction du bulletin de la catégorie, bulletin qu’il ronéotypait et expédiait ensuite avec l’aide de sa famille, comme il le faisait également pour le bulletin de la section Premier degré du Nord. Lors des réunions « agent » qui se tinrent à l’occasion des congrès nationaux à partir de 1954, il contribua à l’élaboration des motions de la catégorie. Quand en 1957 une section nationale put se constituer grâce à l’arrivée d’un nouveau militant, Pierre Boissière, il entama avec celui-ci une collaboration permanente qui permit l’existence d’un bulletin national « agent ».

André Gounon se préoccupa également du personnel administratif des Rectorats et Inspections académiques dont une bonne partie était, comme les agents, classée en catégorie C et D dans l’échelle des fonctionnaires. En 1955 il lança une section nationale avec l’aide d’un militant de l’académie de Strasbourg. Cette section démarra vraiment quelques années plus tard lorsqu’en 1961, le SGEN obtint le détachement d’une sténodactylo, Arlette Pelabay (voir Arlette Lacombe*). Mais André Gounon ne s’en désintéressa pas pour autant : lors du congrès de 1962, il envoya aux secrétaires académiques ainsi qu’aux responsables « agent » et « secrétariat » une circulaire de trois pages, leur demandant de réfléchir à une meilleure gestion des sections nationales, ainsi qu’au taux des cotisations de ces catégories car la section nationale des CET venait de s’intégrer dans le SGEN et amenait des adhérents qui payaient des cotisations élevées. Jusqu’à son départ en 1968 pour élever ses enfants, Arlette Pelabay, devenue Lacombe*, travailla en liaison étroite avec André Gounon pour organiser les élections aux diverses commissions administratives paritaires ainsi que le suivi au ministère de toutes les questions. En 1965 c’est encore André Gounon qui interrogea par circulaire tous les intéressés pour définir la conduite à tenir tant à propos des élections que des cotisations.

Bien entendu le sort des maîtres auxiliaires, particulièrement nombreux dans une académie déficitaire, ne pouvait le laisser indifférent. Certes la question était prise en charge au plan national comme nous l’avons montré dans l’annexe I de notre thèse. Mais l’académie de Lille souhaitait une action encore plus énergique : aussi pour le congrès de 1957, André Gounon rédigea-t-il au nom de son académie un long rapport qui étudiait la situation des auxiliaires dans le Premier degré, le Second degré, l’intendance, chez les agents de service et dans l’administration académique ; il préconisait des solutions pour leur intégration dans l’Éducation nationale, solutions que le congrès reprendra à son compte. Quelques mois plus tard, à son instigation, le bureau académique de Lille réclamait des informations sur la mise en oeuvre de ces motions qu’il jugeait peu apparente. Certains résultats furent pourtant atteints : la pression du SGEN aboutit notamment au décret de 1958 qui permettait aux maîtres auxiliaires d’accéder à la catégorie des professeurs certifiés par les seules épreuves pratiques du CAPES.

Enfin André Gounon était surtout l’auteur des Vade-mecum. Aidé par un maître d’internat de son lycée, il fit paraître en 1949 un petit volume qui concernait les maîtres d’internat, les professeurs-adjoints, les adjoints d’enseignement, les délégués, les maîtres auxiliaires. La troisième édition en 1953 s’enrichit de textes relatifs aux titulaires ; c’est désormais Le Vade-mecum du Second degré et de l’Enseignement technique. La quatrième édition, quelques mois plus tard, comportait un deuxième tome réservé au personnel non-enseignant (agents, services économiques et administratifs). En 1956 parut Le Vade-mecum de l’instituteur titulaire, la Moselle publiant déjà un Vade-mecum du remplaçant ; mais dans l’édition suivante, les principaux textes de ce dernier y furent intégrés. En 1959, refonte des Vade-mecum : aux deux volumes concernant l’un les enseignants, l’autre les non-enseignants, se substituaient deux volumes destinés soit au Second degré, soit à l’Enseignement technique ; ceux-ci pouvaient désormais être envoyés au secrétaire SGEN de chaque type d’établissement. En même temps paraissait Le Vade-mecum de l’Enseignement supérieur, puis en 1962, celui du CNRS. Dernière mutation en 1966 : les Vade-mecum du Second degré et de l’Enseignement technique furent fondus en un seul volume car les statuts des deux catégories de personnel se rapprochaient de plus en plus.

La composition et la mise à jour des Vade-mecum représentaient un travail considérable que André Gounon effectuait presque seul, aidé seulement par C. Wiart* pour le Premier degré : ils repéraient tous deux les nouveaux textes et confrontaient leurs renseignements au moment de la rédaction. Lorsque les Centres d’apprentissage apparurent en 1959 dans Le Vade-mecum de l’Enseignement technique, il fut aidé par Claude Bonvin, alors secrétaire de ces Centres (futurs CET) dans l’Académie. L’audience des Vade-mecum a été considérable : l’auteur de ces lignes se souvient du chaleureux accueil qui lui était réservé au Rectorat lorsqu’au nom du Bureau académique, elle offrait un exemplaire de la nouvelle édition à chacun des chefs de service ; dans son lycée, l’Intendante lui en commandait chaque fois pour les différents bureaux. Exacts, complets, maniables sous leur couverture cartonnée dont la couleur variait avec les éditions au temps du Vade-mecum unique, puis avec le secteur concerné quand ils se multiplièrent, ils étaient une source précieuse de documentation qui, au moins à l’époque, n’avait pas son équivalent ailleurs.

Tout ce travail technique qui conditionne l’efficacité de l’action syndicale, n’empêchait pas André Gounon de s’intéresser à l’orientation générale du SGEN. Élu au comité national dès 1948, il figura jusqu’en 1970 sur la liste présentée par Paul Vignaux pour cette élection, car celui-ci appréciait sa compétence hors pair en de nombreux domaines. Mais le dialogue entre eux n’allait pas sans heurts : comme Guy Giry et René Perrin*, André Gounon estimait qu’à partir des années 1955-1956, le SGEN ne se préoccupait plus assez de la liberté de conscience des enseignants, mais « s’orientait vers des objectifs politiques » qu’il jugeait « nébuleux » : il regrettait la publicité faite à Reconstruction lors des congrès et des comités nationaux. En décembre 1960, lorsque le comité national adopta un texte acceptant la déconfessionnalisation du titre de la CFTC, André Gounon vota contre, non qu’il fût hostile à cette modification, mais il estimait indispensable qu’on précisât les raisons d’être du SGEN dans l’éventualité d’un changement de titre. Le comité national de mai 1961 lui donna satisfaction. Il fréquenta ces assises nationales jusqu’à la retraite alors que, dans les dernières années, il n’avait plus de responsabilités académiques : ce fut, dit-il, pour suivre les questions des agents, de l’administration académique, participer à la commission « organisation et finances » qui s’occupait de l’impression des Vade-mecum.

Sa retraite en Bretagne fut aussi laborieuse que sa vie professionnelle. Il poursuivit l’édition des Vade-mecum jusqu’en 1973 ; il mit alors au courant un collègue de Brest qui prit la relève car lui-même, suivant l’exemple de Paul Vignaux, quitta le SGEN en 1974. Resté en relation avec Edmond Gundermann, trésorier SGEN de la Moselle, qui cette année-là démissionna également et fonda dans son département un syndicat des instituteurs FO, il le soutint en lui fournissant tous les textes administratifs. Aussi lorsqu’en 1982, la Fédération nationale de l’Éducation et de la Culture (FO) publia le « Mémento du fonctionnaire », c’est André Gounon qui mit au point la totalité des textes ; de même en 1984 pour leur « Mémento de l’instituteur et du PEGC » dont il assura la mise à jour jusqu’à ce qu’à la veille de ses quatre-vingts ans, il demanda à « être relevé ». Il donnait aussi « un coup de main » à la section des instituteurs FO du Finistère, établissant en janvier 1987 le fichier des quelques 3 500 instituteurs et institutrices du département en vue des futures élections ; il rédigeait également des bandes « pour envoyer de la prose FO lors des élections aux prud’hommes », etc.

À ce travail syndical se joignait la poursuite d’autres tâches qu’il avait entreprises depuis longtemps en marge de son enseignement. Il collabora avec son épouse aux cours par correspondance « Auxilia », destinés aux handicapés et aux prisonniers. Il traduisit en braille des ouvrages scientifiques divers et consacra pendant sa retraite beaucoup de temps à ce fastidieux travail de perforation, rendu difficile par l’abondance des symboles et formules techniques. Il m’écrivait en 1987 que la traduction en braille d’un ouvrage sur le Scrabble posait moins de problèmes que celle du livre de François de Closets, Tous ensemble contre la syndicratie. Cela ne l’empêchait pas de trouver encore le temps de taper des stencils pour sa paroisse.

La clé d’une vie aussi riche et aussi contrastée réside peut-être dans l’influence d’une mère que sa petite fille décrit comme une « personne assez exceptionnelle », ayant à la fois une grande rigueur et une grande bonté, qui a transmis à ses enfants le sens du devoir et de la responsabilité envers autrui. Déjà officier de l’Instruction publique depuis 1953, André Gounon fut fait en 1964 chevalier de la Légion d’honneur. Il aurait voulu, m’écrivit-il, une cérémonie toute simple, sans publicité ; mais il accepta la présence des photographes parce que le Proviseur lui avait fait observer que parler dans la presse de cet événement était utile au lycée. À la fin de sa vie, André Gounon confiait à ses enfants que son seul regret était de n’avoir pas eu l’occasion pendant la guerre d’entrer dans la Résistance : ce dernier trait achève de le définir.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24739, notice GOUNON André, Louis par Madeleine Singer, version mise en ligne le 27 février 2009, dernière modification le 26 février 2016.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, thèse, Lille III, 1984, 3 vol., notamment le ch. VIII qui n’a pas été imprimé (Arch. Dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, Presses universitaires de Lille. — Notice sur André Gounon, rédigée par André Monbureau, Annuaire des anciens élèves de l’ENS, 1991. Lettres de André Gounon à Madeleine Singer, 16 novembre 1964, été 1979, 4 février 1987, 24 juin 1987, 4 novembre 1987, 13 novembre 1987, 13 décembre 1988. Lettres de Thérèse Encrenaz-Gounon à Madeleine Singer, 25 février 1995, 13 juillet 1996, 5 octobre 1996. — Lettre d’E. Gundermann à Madeleine Singer, 5 juillet 1996 (Arch. privées).

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