GIROD François, Marie, Lucien

Par Madeleine Singer

Né le 11 avril 1912 à Vervins (Aisne), mort le 1er août 1992 à Saint-Bénin-d’Azy (Nièvre) ; professeur d’histoire ; militant de la JEC puis syndicaliste, représentant du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) au conseil confédéral CFTC (1953-1959).

Fils de Maurice Girod, receveur de l’enregistrement, François Girod avait une sœur aînée ; il perdit son père en 1918. Il fit des études secondaires à Besançon et obtint en 1937 la licence d’histoire qu’il avait préparée tant à Besançon qu’à Paris. Après un an de service militaire, il se maria en août 1939 avec Odette Druez dont il eut trois enfants. Il fit la guerre comme agent de liaison auprès de l’armée britannique dans un régiment antitank, embarqua à Dunkerque pour l’Angleterre et fut rapatrié par les Anglais au Maroc en juillet 1940. Il enseigna alors au collège de Mazagan (Algérie), puis au lycée Moulay-Idriss de Fès (Maroc). Après le débarquement américain en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, il s’engagea dans la 5e DB en formation au Maroc, débarqua à Saint-Tropez, fit la campagne d’Alsace et fut démobilisé en mars 1945.

Il revint alors au collège de Mazagan qu’il quitta en 1946 pour le lycée Jérôme de Vesoul (Haute-Saône). Nommé l’année suivante professeur titulaire au collège moderne de Besançon (Doubs), il passa quatre ans plus tard au lycée Victor-Hugo de cette ville. Après avoir en 1969 soutenu sa thèse, Une famille parisienne à Saint-Domingue : les Hecquet, Duval, Dewailly et Léger (1724-1796) , il devint maître-assistant d’histoire à l’IUT de Besançon. Il prit sa retraite en 1972 en qualité de maître de conférences honoraire.

En revenant à Mazagan en 1945, il y avait trouvé une petite section SGEN et adhéra aussitôt : ancien jéciste, il faisait confiance à la CFTC dont l’attitude sous l’occupation, dit-il, avait été exemplaire. Dans une Algérie où les Français avaient été presque tous vichyssois, l’organisation de Gaston Tessier faisait figure de mouvement de gauche. Simple adhérent jusqu’à son arrivée à Besançon, il lisait Le Monde depuis son retour en France. Il fut intéressé par l’arrivée au secrétariat général du SGEN de Paul Vignaux : ce dernier était pour lui une des personnalités les plus remarquables de la jeunesse catholique des années trente, mais il ne le connaissait que de réputation par ses amis jécistes qui avaient rencontré Paul Vignaux à Barèges entre 1930 et 1934. François Girod lança donc une section syndicale au collège moderne de Besançon où il n’y avait qu’une seule adhérente. Puis en 1949, le secrétaire académique de Besançon lui demanda de le remplacer au comité national. Devenu secrétaire académique de Besançon en 1952, François Girod quitta cette fonction l’année suivante car Paul Vignaux l’avait prié de représenter le SGEN au conseil confédéral, né de la réforme des structures adoptée au congrès CFTC de mai 1953 ; à ce titre François Girod siégea désormais également au bureau national du SGEN. Son amitié et son intimité avec Paul Vignaux, déclara-t-il, datent de ce moment-là. Le conseil confédéral fut pendant cette période 1953-1959 le théâtre d’affrontements parfois violents : tout annonçait, dit-il, l’incompatibilité de deux conceptions syndicales et politiques fondamentalement différentes. Le SGEN et son représentant étaient particulièrement visés par les représentants d’Unions régionales puissantes et de Fédérations qui ne regroupaient pas toutes des cols blancs… Un ouvriérisme réagissait de façon souvent élémentaire contre l’intellectuel et le bourgeois qu’il était. François Girod ne fut donc pas étonné de voir après 1964 la CFTC se maintenir dans certaines régions et certains secteurs ouvriers (mines notamment). Si toute la minorité était parfois malmenée, François Girod était peut-être plus visé certains jours car il était considéré, dit-il, comme l’oeil de Vignaux et son porte-parole ; derrière les minoritaires, ajoute-t-il, on voyait aussi Reconstruction.

L’affrontement fut particulièrement vif après les grèves de l’été 1953. Au conseil confédéral des 29 et 30 août, François Girod présenta au nom du SGEN une motion aux termes de laquelle ce conseil informé des contacts pris au cours de la grève par le bureau confédéral avec les représentants des divers partis et plus particulièrement avec des parlementaires qui ne cessent de faire état de leur passé social pour affirmer la parenté de leurs préoccupations avec les nôtres, rappelle qu’il n’agit et n’entend agir sur la politique du pays qu’en étant auprès des partis le fidèle porte-parole des travailleurs qu’il représente. Cette motion fut évidemment rejetée car elle constituait un blâme des contacts pris par des dirigeants CFTC avec le MRP, contacts qui aboutirent à de nouvelles négociations, lesquelles entraînèrent l’ajournement de la convocation de l’Assemblée nationale. Le conseil rejeta également les amendements au texte confédéral, présentés par René Mathevet* et Albert Detraz. François Girod signale que ces amendements, comme le texte SGEN, furent le résultat d’un travail collectif : il avait vécu ces deux journées du 29 et du 30 en compagnie de René Mathevet*, Albert Detraz et Paul Vignaux, retrouvant ce dernier dans les couloirs entre les séances car, suppléant de François Girod, Vignaux ne siégeait pas.

Le mois suivant, au comité national confédéral, François Girod fut l’interprète de la minorité : la motion déclarait notamment qu’il appartenait à la CFTC, sans entrer dans les combinaisons de partis, de provoquer en août dernier un débat parlementaire sur les grands problèmes nationaux de la solution desquels dépend la condition des travailleurs. Elle réclamait une vigilance particulière à l’égard des hommes politiques qui se prévalent de leur passé social mais se trouvent effectivement engagés dans une politique de restauration capitaliste en France et en Europe. Malgré la question de confiance posée par Maurice Bouladoux et Levard* contre cette motion, celle-ci obtint 36 % des suffrages.

Au sein de la confédération, François Girod, compte tenu de son expérience personnelle et de ses liens privilégiés avec Paul Vignaux, souhaitait sensibiliser les militants aux réalités internationales. En 1950, il avait participé, dans le cadre du plan Marshall, à un voyage d’études de six semaines aux États-Unis. Sous l’égide d’un inspecteur du Travail, la délégation comprenait deux représentants de la Confédération générale des cadres (CGC), sept militants de Force ouvrière et sept militants de la CFTC parmi lesquels quatre enseignants du SGEN : outre François Girod, il y avait Guy Giry*, Bernard Vacheret* et Madeleine Singer*. Cette mission avait pour objectif d’étudier les méthodes d’éducation ouvrière dans les syndicats américains. Aussi en 1951, François Girod accueillit-il en France des techniciens de l’éducation ouvrière liés aux syndicats américains.

En 1955, nouvel affrontement : le SGEN fut attaqué à cause de ses prises de positions hostiles au projet de loi Saint-Cyr, relatif à l’enseignement agricole Jean Hanicaut, secrétaire de la Fédération des travailleurs de la terre, proposa au conseil confédéral une motion blâmant le SGEN. Lors de la séance des 16 et 17 juillet, François Girod rappela que depuis dix-huit ans, des enseignants publics adhéraient à la CFTC sous la garantie de statuts qui leur étaient propres. Il demanda si le conseil confédéral voulait contester cette indépendance que le SGEN de son côté maintiendrait par tous les moyens, même si pour ne pas trahir la vérité des faits et la confiance de ses adhérents, il était obligé de reconnaître publiquement qu’il devait pour le moment résister à une pression confédérale. François Girod fut d’ailleurs soutenu par les télégrammes qu’envoyèrent au conseil confédéral les militants Finistère tous secteurs réunis ainsi que ceux d’Ille-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord : ils estiment vital pour la CFTC le respect et la liberté du SGEN pour défendre sous sa propre responsabilité le service public de l’Éducation nationale. Le conseil confédéral ne retint pas le blâme et se contenta d’une lettre adressée au SGEN par le SG de la CFTC. Dans sa réponse, Paul Vignaux rappela la volonté du SGEN de tenir informées la confédération et les fédérations intéressées sans abdiquer l’autonomie du SGEN, condition inéluctable de son existence comme syndicat universitaire (spécialement en période de lutte scolaire).

En 1959, François Girod demanda à Paul Caspard, alors son suppléant, d’échanger leurs rôles respectifs. Tout en restant suppléant, il put en 1960 se retirer du bureau national et du comité national du SGEN. C’est aussi à ce moment-là, dit-il, qu’il abandonna progressivement ses responsabilités syndicales régionales ou locales. Membre depuis 1951 du groupe idéologique de Reconstruction, il considérait depuis longtemps que la fondation et l’action de cette revue, ainsi que des groupes qu’elle inspirait, étaient essentiels, inséparables de l’animation de la minorité à l’intérieur de la CFTC. 1965 lui semblait une date pivot, dans la mesure où elle marqua l’effort de Paul Vignaux pour multiplier les clubs locaux portant l’étiquette de Reconstruction. Plus engagés encore que dans la période mendésienne, les Cahiers lui paraissaient soutenir la tentative de Gaston Defferre et d’Horizon 80. Sensible à l’accentuation du caractère concret de l’inspiration politique de Reconstruction, il fonda en 1966 à Besançon, avec Gaston Bordet et quelques autres, un club dont certains comptes-rendus sont maintenant intouvables. Il y eut notamment le jour de l’Ascension 1967 une journée où Paul Vignaux vint rencontrer les militants CFDT, essentiellement SGEN, décidés à prendre un engagement politique par le biais de clubs affiliés à la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Avec Gaston Bordet, Joseph Pinard*, François Girod et Georges Godot*, se tint le 2 décembre 1967, une réunion du club Reconstruction : elle avait pour objectif « d’inviter tous ceux qui n’entendent pas demeurer de simples spectateurs dans cette période où le sort du pays risque de se jouer pour de nombreuses années, à rejoindre la Fédération de la gauche par le biais du club Reconstruction ». Après 1968, ajouta François Girod, certains comme Robert Schwindt* qui avaient adhéré à d’autres clubs, vinrent à Reconstruction. Tout s’arrêta au moment du congrès d’Épinay (1971) qui marqua l’entrée au Parti socialiste de beaucoup de militants de la FGDS.

François Girod prit sa retraite peu après. Il s’occupa alors de l’ARIM (association de rénovation immobilière) qui concernait essentiellement les immeubles anciens, et fut pendant des années vice-président du conseil d’administration du CHU. Il avait eu la Croix de guerre 1939-1940 et était officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24736, notice GIROD François, Marie, Lucien par Madeleine Singer, version mise en ligne le 27 février 2009, dernière modification le 22 août 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, thèse, Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, Presses universitaires de Lille. — École et Éducation (1949-1955). — Syndicalisme universitaire, 1955-1960. — Lettres de François Girod à Madeleine Singer, mars 1979, 19 avril 1979, 8 juin 1990, 11 octobre 1990. — Lettres de Madame Girod à Madeleine Singer, 10 février 1995, 7 juin 1996. — Lettre de Joseph Pinard à Madeleine Singer, 17 juin 1996, 24 juillet 1999 (avec des documents) (Arch. privées).

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