FILIPPETTI Tommaso [francisé en Thomas]

Par Pierre Schill

Né le 21 juillet 1896 à Gualdo Tadino (Ombrie, Italie), mort en déportation en avril 1945 au camp de Bergen-Belsen (Allemagne) ; sidérurgiste aux aciéries de Micheville (Meurthe-et-Moselle) puis mineur de fer à Audun-le-Tiche (Moselle) ; militant communiste et antifasciste de la Ligue italienne des droits de l’Homme (LIDU) au Luxembourg et en Lorraine ; résistant du Groupe « Mario » en Moselle annexée.

Fils d’Angelo, meunier, né en Italie, et de Regina née Macchiaroli en Italie, Tommaso Filippetti se maria le 14 août 1922 à Audun-le-Tiche (Moselle) avec Guillaumine née Capracci le 11 novembre 1902 à Audun-le-Tiche (Lorraine annexée) ; le couple eut six enfants.

Tommaso Filippetti arriva en Lorraine en 1919 après avoir été mobilisé pendant la Première Guerre mondiale sous l’uniforme italien. Installé à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), puis à Esch-sur-Alzette (Luxembourg), il trouva d’abord un emploi à l’usine sidérurgique de Micheville (Meurthe-et-Moselle) avant de travailler comme mineur de fer à la société des Mines Terres Rouges (filiale d’ARBED et du Creusot) à Audun-le-Tiche.

Le 22 novembre 1928, le gouvernement du Grand duché de Luxembourg décida d’expulser 55 antifascistes italiens au motif qu’ils étaient « communistes ». Tommaso Filippetti en faisait partie. Le PC luxembourgeois réagit et le 6 décembre l’Humanité dénonça les « 60 expulsions d’ouvriers italiens ». Henri Barbusse*, avec une cinquantaine de personnalités françaises, belges et luxembourgeoises protesta auprès de la grande-duchesse Charlotte. L’expulsion fut finalement suspendue pour onze d’entre eux, dont Tommaso Filippetti qui était chargé de famille.

Tommaso Filippetti milita à la CGT et aux côtés des antifascistes italiens de la Liga Italianna dei diritti de l’Uomo (LIDU) dont il anima la section d’Esch-sur-Alzette (Luxembourg). La famille déménagea pour Audun-le-Tiche en 1935. Sensible à la lutte antifasciste à l’échelle de l’Europe, il continua à militer à la LIDU et fut particulièrement actif dans la campagne organisée en soutien à l’Espagne républicaine.

Alors que sa famille fut évacuée à Loudun (Vienne) en septembre 1939, Tommaso Filippetti fut muté au site d’Algrange (Moselle) des mines de l’ARBED. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fit partie du groupe de résistance « Mario », le plus important du département de la Moselle alors annexé à l’Allemagne. Ce groupe affilié au mouvement de résistance communiste Front national et aux FTPF, avait été mis sur pied à partir de l’été 1941 par l’instituteur messin Jean Burger dont le pseudonyme de résistant était « Mario ».

Tommaso Filippetti fut arrêté par la Gestapo le 3 février 1944 au fond de la mine. Le directeur de la mine des Terres Rouges de l’entreprise ARBED accompagnait les Allemands dans la rafle de quatorze mineurs, dont Tommaso et deux de ses frères, Mariano et Filippo. Ils furent emprisonnés au SS Sonderlager du Fort de Queuleu à Metz (Moselle annexée), puis déportés au camp de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin annexé). Tommaso fut envoyé au camp de Dora et de là fut transféré au camp de Bergen-Belsen où il mourut du typhus entre le 20 avril et le 1er mai 1945, après la libération du camp par les Anglais.

Les quatre frères Filippetti étaient originaires de la cité de Gualdo Tadino en Ombrie qui fournit un nombre important de mineurs de fer à la Lorraine (voir Albert Balducci). Mineurs et militants antifascistes, trois d’entre eux furent déportés et deux moururent dans les camps nazis : Tommaso, mais aussi Mariano en mars 1945 à Dora.

Pour honorer leur combat antinazi et antifasciste, leur ville natale décida de faire porter le nom de « Place des martyrs de la Liberté » à la place centrale de la commune en précisant sur une plaque que ces martyrs étaient notamment Tommaso et Mario (diminutif de Mariano) Filippetti, enfants de Gualdo morts dans les camps nazis.
Aurélie Filippetti, petite-fille de Tommaso, raconte leur « histoire » dans un roman paru en 2003 : Les derniers jours de la classe ouvrière (Stock). Après avoir fait partie de l’équipe de campagne de Ségolène Royal aux élections présidentielles de 2007, elle fut élue députée de la 8e circonscription de la Moselle (50,96 % des voix) face à un entrepreneur héritier de la dynastie de Wendel, Alain Missoffe, frère de Françoise de Panafieu.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24718, notice FILIPPETTI Tommaso [francisé en Thomas] par Pierre Schill, version mise en ligne le 25 février 2009, dernière modification le 2 avril 2014.

Par Pierre Schill

SOURCES : Archives familiales. — Archives du camp de Bergen-Belsen. — Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance Lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965. — Luigi Peruzzi, Mes mémoires, Esch-sur-Alzette (Luxembourg), Éditions Le Phare, 2002 (traduit de l’italien par Véronique Igel, présenté et annoté par Denis Scuto). — Pierre Schill, « Antifascisme et résistance ouvrière organisés autour de la CGT et du Parti communiste en Moselle annexée (1940-1945) : entre histoire et mémoire », actes du colloque international de Metz (7 et 8 novembre 2003), « Annexion et nazification, une expérience européenne », organisé par le Centre de recherches en histoire de l’Université de Metz, à paraître sous la direction de Sylvain Schirmann. — Renseignements fournis par Mme Simon Burini (questionnaire, 2004) et Aurélie Filippetti (questionnaire, 2006).

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