ESPIC Désiré, Victorin

Par Pierre Bonnaud

Né le 13 avril 1922 à Lussas (Ardèche), mort en 2012 ; employé municipal (chef des travaux et responsable des services techniques de la ville du Teil d’Ardèche) ; résistant ; militant communiste ; secrétaire fédéral adjoint en 1948-1949 ; secrétaire de la section PCF du Teil (1948-1983) ; secrétaire du syndicat CGT des employés municipaux du Teil (1948-1981).

Désiré Espic en 1944 avec ses camarades FTP-FFI
Désiré Espic en 1944 avec ses camarades FTP-FFI

Le père de Désiré Espic, Sabin Espic était forgeron (maréchal-ferrant sur l’acte de naissance) à Lussas dans les années vingt du XXe siècle. Il cultivait également une petite propriété agricole. Désiré Espic était son troisième enfant, né d’un deuxième lit. Sa première épouse fut emportée par l’épidémie de grippe espagnole. Il épousa Alphonsine Charon qui l’aida dans ses tâches agricoles et qui tint un temps une épicerie à Lussas. Les parents de Désiré Espic étaient catholiques, non pratiquants, sans engagements ou convictions politiques marquées.
Désiré Espic fréquenta l’école primaire de son village puis le collège de Privas qu’il quitta à la fin de la classe de quatrième pour entrer en apprentissage chez un garagiste d’Aubenas. Il se fit ensuite embaucher dans une entreprise de maçonnerie avant de reprendre l’exploitation des terres familiales et la forge de son père à Lussas.

L’entrée en résistance durant la Deuxième Guerre mondiale allait marquer un tournant dans le cours de la vie de Désiré Espic. Affecté aux chantiers de jeunesse à Die dans la Drôme en 1942-1943 et requis pour le STO, il prit la décision de ne pas partir en Allemagne et de rejoindre le maquis. Après un périple dans la montagne ardéchoise, en juin 1943 il trouva refuge dans une ferme-auberge à Rieutord, sur le plateau ardéchois, près du Gerbier de Jonc. Celle-ci servait de relais à la Résistance albenassienne. Il y rencontra notamment Georges Picard, officier juif entré dans la clandestinité et le « peintre des maquis », Robert Petit-Lorraine.

À la fin septembre 1943, Désiré Espic rejoignit une entreprise forestière en basse - Ardèche dont les chantiers se situaient sur les communes de Saint-Germain, Rochecolombe, Lagorce. Elle servait de « planque » aux jeunes réfractaires. Il y fit la connaissance de deux autres jeunes gens déjà engagés dans les FTP : Henri Guérin et Georges Serre. Doté de « vrais-faux papiers » de la préfecture par son patron résistant, Louis Eldin, Désiré Espic effectua avec ses camarades ses premières missions de liaison dans la région avec d’autres résistants de diverses organisations, notamment à Saint-Maurice d’Ardèche, Aubenas, Ruoms, Chomérac. Le groupe fut placé sous l’autorité de Jacques Maisonnasse, percepteur à Bourg-Saint-Andéol (lieutenant puis capitaine « Jacques » des FTP de l’Ardèche).

En mai 1944, les trois jeunes gens reçurent l’ordre de rejoindre une planque à Aubenas : une cabane située dans un jardin, à proximité du logis du militant socialiste Lantus qui les ravitaillait. Le 5 juin, ils rencontrèrent Maisonnasse qui leur demanda de rallier le village d’Antraigues, au cœur de la Cévenne ardéchoise et d’y préparer l’installation d’une compagnie FTP en liaison avec les résistants locaux. Désiré Espic avait la responsabilité du petit groupe (il fut homologué par la suite adjudant FTP) qui rallia Antraigues à vélo. Les trois jeunes gens furent accueillis par des « FTP » légaux de la localité : Louis Aymard, Julien Jouanny, Georges Terrisse, André Fayon et une vingtaine de jeunes, pour la plupart réfractaires du STO, qui se trouvaient déjà sur les lieux. Le 6 juin 1944, la caserne de gendarmerie fut investie et la brigade après discussion intégra le groupe des maquisards qui devint la 7105e compagnie FTP. Jacques Maisonnasse en assura le commandement. Les volontaires affluèrent, venus principalement du sud du département.

Désiré Espic prit part activement à l’organisation de la compagnie FTP : recrutement, accueil, instruction militaire de nouvelles recrues, ramassage de fonds contre reçus dans les officines postales de la région, réquisitions et entretien de véhicules, ravitaillement, missions de reconnaissance et de liaison, diffusion du journal « l’Assaut », arrestations de « collaborateurs », etc. Lorsque les commandements de l’AS et des FTP constituèrent un état-major unifié le 12 juillet, la place d’Antraigues était prête à l’accueillir.

Les effectifs de la 7105e compagnie au cours du mois de juillet devinrent pléthoriques. La compagnie fut scindée en deux. Désiré Espic demeura dans les effectifs de la 7105ème compagnie qui furent déplacés à Saint-félicien et Satillieu dans le nord du département, à proximité de la vallée du Rhône où l’armée allemande battait en retraite. Un corps franc demeura à Antraigues et fut placé sous les ordres du capitaine FTP Jacob Laznick, membre de l’état-major unifié des FFI (3e bureau opérations). La compagnie de Désiré Espic, commandée par Jacques Maisonnasse, fut intégrée dans la colonne placée sous les ordres du commandant Ravel et participa à la libération de Lyon en septembre.

Au retour en Ardèche avec ses camarades FTP à Lamastre, Désiré Espic souscrivit un engagement dans l’armée jusqu’à la fin du conflit. Cantonné à Tournon, il secourut en septembre 1945 les survivants du crash d’un avion de transport de troupes américain qui s’était écrasé sur les montagnes ardéchoises. En décembre 1945, il fut démobilisé et retourna à Lussas, son village natal.

Sur le plan politique, après un bref passage aux Jeunesses communistes alors qu’il était au maquis, Désiré Espic adhéra au PCF en 1944. Il fut élu au comité fédéral lors de la deuxième conférence fédérale qui se tint au Teil les 7 et 8 juin 1947. il y demeura jusqu’en 1962. Désiré Espic devint en 1948 permanent du parti et remplaça André Gallet au secrétariat fédéral. Il participa à plusieurs stages de formation du PC et vint résider à Privas. En 1948, la direction du parti le détacha dans la commune du Teil pour prendre en mains la section communiste dont il devint le secrétaire jusqu’en 1962.

Militant dévoué, Désiré Espic participa à tous les combats politiques du Parti communiste dans cette période, en particulier les luttes contre les guerres coloniales et pour la paix mondiale. Le PCF présenta sa candidature aux élections cantonales à Villeneuve de Berg en 1953 et 1959. Elément dynamique dans la vie sociale de la petite ville du Teil, Désiré Espic anima de 1964 à 1971 un club sportif de football en qualité de secrétaire de l’association.

Sur le plan professionnel, recruté en 1948 comme employé communal par le maire communiste Joseph Thibon, Désiré Espic assura d’abord une fonction de gestionnaire comptable. Lorsque René Montérémal succéda à Thibon, il devint chef des travaux de la municipalité. Il lui revint d’organiser l’ensemble des services municipaux et de suivre les chantiers de la municipalité. Désiré Espic réussit pleinement dans sa tâche. Lorsque la municipalité du Teil changea d’orientation politique, le nouveau maire socialiste (Paul Avon) puis le maire de droite (Étienne Bénistant) le confirmèrent dans ses responsabilités. Désiré Espic, secrétaire de la section CGT des municipaux était par ailleurs leur interlocuteur sur le plan social et s’efforçait de défendre les intérêts du personnel. Sa retraite coïncida avec le retour d’une municipalité de gauche (voir Robert Chapuis) aux affaires de la commune. Avec amertume, Désiré Espic assista à la restructuration des services techniques municipaux qu’il avait mis en place, largement confiés à la sous-traitance privée.

En 1950, Désiré Espic avait épousé Anise Foulhon, native de Villeneuve de Berg, fille d’un facteur des postes. Le couple eut un fils, Roger Espic, qui devint ingénieur INSAI et enseigne aujourd’hui à Digne (Hautes-Alpes). Anise Espic pour sa part milita à l’UFF dans les années cinquante et soixante. Elle prit sa carte au Parti communiste, partageant les convictions de son époux.

La chute du Mur de Berlin en 1989 et la fin de l’URSS ébranlèrent profondément les convictions de Désiré Espic au début des années quatre-vingt-dix. Sans renier ses idées de jeunesse et ses amis, il quitta l’organisation communiste en 1992. Fidèle à l’esprit de la Résistance, il demeure aujourd’hui adhérent à l’ANACR, et réside toujours avec son épouse au Teil d’Ardèche.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24684, notice ESPIC Désiré, Victorin par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 23 février 2009, dernière modification le 2 mai 2012.

Par Pierre Bonnaud

Désiré Espic en 1944 avec ses camarades FTP-FFI
Désiré Espic en 1944 avec ses camarades FTP-FFI

SOURCES : Arch. Dép. Rhône (Arch. Régionales), 668 W 89. — Arch. comité national du PCF. — Dossier de presse : articles du Dauphiné Libéré et de La Tribune. — La Voix du peuple de l’Ardèche (1944-1947). — Documents et archives personnelles de l’intéressé. – Pierre Bonnaud, Le Teil et la part des militants, Cahier MATP n° 89, 2006. — Entretien et correspondance avec Désiré Espic. — État civil de Lussas.

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