HUMBERT Eugène, Jean-Baptiste

Par Jean Maitron

Né le 6 mars 1870 à Metz (Moselle), mort le 24 juin 1944 à Amiens (Somme) ; cordonnier, puis journaliste ; anarchiste néomalthusien.

Eugène Humbert (Jeanne Humbert, <em>op. cit.</em>)
Eugène Humbert (Jeanne Humbert, op. cit.)

Eugène Humbert est fils d’une cigaretière à Metz. Dès 1896, il milita dans les milieux révolutionnaires où il défendait les théories « néomalthusiennes ». La théorie de Malthus, développée dans l’ouvrage publié en 1798 Essai sur le principe de population, visait à restreindre volontairement le nombre des naissances par la chasteté, pour que les sociétés puissent vivre de façon plus heureuse. Paul Robin* reprit les théories malthusiennes en rejetant le principe de la chasteté volontaire et en y substituant la théorie de la sélection scientifique ou « bonne naissance ».

Le néomalthusianisme eut beaucoup d’adeptes dans les milieux libertaires. Paul Robin* fonda la Ligue de la Régénération humaine et fit paraître un journal, Régénération. Vers 1902, Humbert abandonna son métier de cordonnier pour devenir gérant du périodique et tint à son domicile, 27, rue de la Duée, à Paris (XXe arr.), un commerce d’ouvrages et d’articles pour l’application de la doctrine qu’il propageait.

Après l’abandon du mouvement en 1908 par P. Robin, Régénération disparut. La propagande néomalthusienne continua néanmoins grâce en particulier à Eugène Humbert qui fonda en 1912 le journal Génération consciente, avec Sébastien Faure*, Victor Méric*, F. Kolney*, le gendre de P. Robin, G. Giroud*, et de nombreux autres collaborateurs. Le journal parut jusqu’à la Première Guerre mondiale.

En juillet 1914, Humbert, pour échapper à la mobilisation, se réfugia en Espagne où il mena une active propagande en faveur de la paix. Il fut un des organisateurs du « Congrès international contre la guerre », tenu au Ferrol (Espagne) du 30 avril au 2 mai 1915.
Au début de l’année 1921, Humbert rentra en France. Arrêté peu après, il fut condamné le 5 mai, par le 1er Conseil de guerre de Paris, à cinq ans de prison, pour insoumission, et, le 29 décembre, à deux ans de prison et 3 000 f d’amende pour « provocation à l’avortement ».
Libéré le 13 janvier 1924, il entra cette même année au service de la publicité de Paris-Soir et du Merle blanc. En 1926, il était directeur de « La librairie du Progrès et des livres pour tous », 142, rue Montmartre (IIe arr.). Humbert n’abandonna pas la propagande néomalthusienne. En 1929, il fondait la Ligue mondiale pour la Réforme sexuelle, dont la section française prit le nom, en 1932, de Ligue de Régénération humaine. Humbert en fut le secrétaire et mit à la disposition de la Ligue la Grande Réforme, organe mensuel qu’il avait créé le 1er mai 1931.

Eugène Humbert appartint également à l’Association des Études sexologiques, fondée par le docteur Jean Dalsace.
Arrêté durant l’occupation, il fut condamné par le tribunal correctionnel de Vervins d’abord, le 11 mars 1943, et par la cour d’appel d’Amiens ensuite le 7 mai, à deux ans de prison pour propagande antinataliste. Malade, il fut transféré de la prison d’Amiens à l’hôpital de cette ville. Il mourut sous un bombardement le 24 juin 1944.

Sa femme, Jeanne Humbert*, collabora elle-même aux publications néomalthusiennes et anarchistes. Outre le volume qu’elle a consacré à son mari — voir ci-dessous — elle a publié plusieurs ouvrages et notamment Sébastien Faure, Paris, 1949, 261 pages. Ils eurent une fille.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24677, notice HUMBERT Eugène, Jean-Baptiste par Jean Maitron, version mise en ligne le 23 février 2009, dernière modification le 18 décembre 2013.

Par Jean Maitron

Eugène Humbert (Jeanne Humbert, <em>op. cit.</em>)
Eugène Humbert (Jeanne Humbert, op. cit.)

ŒUVRE : Publication des périodiques ci-dessus cités et édition de nombreuses plaquettes dues à M. Devaldès, F. Kolney, A. Naquet, G. Hardy, etc...

SOURCES : Arch. Maitron, fiche Batal. — J. Humbert, Eugène Humbert, La vie et l’œuvre d’un néo-malthusien, Paris, 1947.— Les archives d’Eugène et Jeanne Humbert ont été versées à l’Institut international d’histoire sociale (Amsterdam).— Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin, Le Sexe apprivoisé. Jeanne Humbert et la lutte pour le contrôle des naissances, La Découverte, Paris, 1990.

ICONOGRAPHIE : Les Cahiers de Contre-Courant, n° 53, été 1954.

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