HAMEL Robert, Louis, Henri

Par Jean-Pierre Besse, Jean-Sébastien Chorin

Né le 1er septembre 1902 à Bayeux (Calvados), fusillé le 15 février 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; chauffeur de taxi et ajusteur ; volontaire dans les Brigades internationales, syndicaliste et membre du Parti communiste ; résistant FTPF à Paris.

Robert Hamel était le fils de Prosper Joseph et de Joséphine Désirée Michel. Divorcé d’Odette Henry, il vécut maritalement avec Maria Salvi. Il fut chauffeur de taxi, ajusteur et syndicaliste. Membre du Parti communiste depuis 1925, il assura le secrétariat de sa cellule jusqu’à son engagement comme volontaire dans les Brigades internationales en Espagne. Il demeurait 27 rue de Tlemcen à Paris (XXe arr.).
Sous le pseudonyme d’Henri, il devint responsable militaire FTPF de la région P2 (arrondissements de la rive droite de Paris, à l’exclusion des VIIIe, XVIe et XVIIe). Les deux autres hommes du triangle régional P2 furent Adrien Vanderheyden (Vidal), responsable politique, et Boisseau (dit Benoît, remplacé ensuite par Jacques Magrisso), responsable technique. Le chef direct de Robert Hamel fut Henri Rol-Tanguy (Théo), responsable militaire interrégional. C’est Vanderheyden qui le lui présenta. Faute d’hommes sous son commandement, Robert Hamel fit, en réalité, fonction de chef de groupe. Il eut sous ses ordres Louis Camatte (Louis), Robert Soudade (Roger), Léon Agid (Paul, dit Louis Le Balanger), Jacques Magrisso (Yves) et Mohamed Lakhdar-Toumi (Totor). En juillet 1942, il recouvrit de peinture des panneaux indicateurs de l’armée allemande avec Léon Agid. De juin à août 1942, il organisa plusieurs actions auxquelles il assista. Le 18 juillet 1942, ses hommes lancèrent une grenade contre un bureau d’embauche au 10 rue Saint-Antoine (IVe arr.). Le 25 juillet, ils jetèrent une bouteille incendiaire dans un local occupé par l’armée allemande au 18 rue David-d’Angers (XIXe arr.). Le 1er août, son groupe participa à la manifestation de la rue Daguerre (XIVe arr.). Le 13 août, ils lancèrent une bouteille incendiaire dans un garage réquisitionné avenue de Saint-Mandé (XIIe arr.). La dernière action du groupe de Robert Hamel eut lieu le 14 août 1942. Ses hommes jetèrent une grenade dans une brasserie réservée aux soldats allemands rue Saint-Laurent (Xe arr.).
Au début du mois d’octobre 1942, il fut coupé de ses liaisons. La Brigade spéciale 2 l’arrêta à son domicile le 14 octobre 1942 dans le cadre de l’affaire Varagnat-Kieffer-Briquet. Le jour même, il subit un interrogatoire. Il fut remis ensuite à la Gestapo (rue des Saussaies, VIIIe arr.) et interné à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) où il fut mis « au secret ».
Le 4 février 1943, un tribunal militaire allemand siégeant à Paris le condamna à mort avec Louis Camatte, Léon Agid et Adrien Vanderheyden, pour actes de franc-tireur.
Le 15 février, les Allemands les fusillèrent tous les quatre au Mont-Valérien.
Son corps fut inhumé à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) le 15 février.
Il fut homologué adjudant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) en 1947 et reconnu Interné Résistant en 1960.
Il laissa une lettre à sa compagne publiée dans le livre Lettres de fusillés en 1946.

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Dernières lettres
 
[Sans date, texte parvenu à sa femme dans les doublures d’un vêtement]
 
Ma chérie,
 
Hier, j’ai comparu devant le tribunal qui vient de rendre son verdict Je suis, comme il fallait s’y attendre, condamné à mort avec quatre autres camarades : Van der Heyden [ne semble pas avoir été fusillé], du 6 de la rue Victor-Letalle, Vacher [ne semble pas avoir été fusillé], 10 rue Taine , Gannat, de l’hôpital Tenon, et Le Ballanger [ne semble pas avoir été fusillé ; est-ce Louis Le Balanger ?].
Je pense que dans une semaine tout sera fini et, bien que le tribunal m’ait autorise a. t’écrire, à recevoir des colis et ta visite, je ne pense pas que ma lettre arrive à temps. Je vais donc laisser ce mot dans mes affaires, avec l’espoir qu’il t’apportera mon dernier adieu. Je suis très calme et courageux, et je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas voir notre victoire qui est maintenant si proche.
Nos juges ont été étonnés de notre attitude devant le verdict et nous faisaient presque des excuses. Nous allons leur montrer comment savent mourir les communistes.
Ma dernière pensée sera pour toi, ma chérie, pour toi que je regrette tant. Je t’aime bien, tu sais, si parfois j’ai pu te faire souffrir, je te demande pardon. Garde-moi une place dans ton cœur, et surtout ne m’oublie pas trop vite. Je te demande de faire
le nécessaire pour prévenir mes parents. Ils habitaient Lacambe (Calvados). Fais l’impossible pour qu’ils soient prévenus.
Je te laisse toutes mes affaires, tu en disposeras à ton gré. Tu auras d’ailleurs besoin de meubles et de linge pour marier notre petite Yva, cela lui fera un souvenir de moi...
Depuis trois mois et demi que je suis au secret, le moral a été bon. Je n’ai souffert que du manque de nouvelles de toi et aussi de la faim. Tout cela va être fini, mais j’aurais bien voulu te revoir, c’était mon désir le plus cher. Mais il sera dit qu’avant de nous assassiner, nos bourreaux nous feront souffrir jusqu’en nos plus chères affections.
Ma chérie, il faut être courageuse, j’espérais vivre pour venger nos trop nombreux martyrs. D’autres me vengeront et tu pourras être fière de moi, car j’ai été vaincu en combattant.
Excuse. mon écriture, je n’ai qu’un tout petit bout de mine pour écrire. Lundi, c’est le jour des lettres, j’espère pouvoir t’écrire, mais il paraît que les lettres mettent près de quinze jours pour arriver, à cause de la censure. Aussi, je n’espère pas beaucoup te voir et recevoir ce que je te demanderais.
Transmets mon fraternel salut et mes. amitiés à tous nos amis et en particulier à Georges et : Madeleine, Marie-Thérèse, René N... et Hector B..., enfin à tous. Ils sont trop pour que je les nomme tous.
Mes meilleurs baisers à Yva avec tous mes vœux de bonheur pour elle qui commence sa vie.
A toi, ma femme chérie, ma dernière pensée et mes plus tendres baisers. ’
Ton Roby
 
[Sans date]
Je vais tâcher de te mettre un mot de temps en temps ; tu sauras ainsi que je serai avec toi jusqu’au dernier moment. Mais je suis très surveillé.
 
SAMEDI - J’ai un désir. Il est peut-être idiot, mais je te le soumets. Tu avais mis de côté ine bouteille de champagne pour fêter nos neuf ans de mariage. Je voudrais que. tu casses cette bouteille. Il me semblé que ce serait un sacrilège qu’elle serve à une autre fête N’ai-je pas raison.
DIMANCHE - C’est avec le. vendredi mon plus mauvais jour. Le vendredi, parce que je vois passer les colis des privilégiés, alors qu’une faim bestiale me tourmente. On dit aussi que l’on perd l’habitude de fumer. Je t’assure que cela m’a été d’un grand soulagement et d’un grand plaisir chaque fois que j’ai eu un peu de tabac.
On m’a laissé ta photo dans ma cellule. Le dimanche, à chaque instant, je suis à la, maison avec toi. Je m’imagine ce que tu fais. Je te parle.
Mais par un juste retour des choses, c’est toi maintenant qu ne me répond pas.
Les heures passent terriblement longues et je suis heureux devoir la nuit arriver pour tâcher de dormir.
Je suis sale comme je n’ai jamais été. J’ai des cheveux de près de deux mois. Et comme j’étais au tribunal le jour du rasoir, j’ai une barbe de quinze. jours. Et maintenant je n’ai plus de rasoir, alors tu vois d’ici !
Pour la nourriture, c’est très simple. A sept heures, le jus. A midi, une soupe aux légumes (pas besoin d’eau chaude pour laver la vaisselle) et à quatre heures, le jus,. C’est tout. Avec trois cents grammes de pain et un petit bout de beurre, de margarine ou de saindoux, et un petit bout de pâté de guerre, c’est tout juste de quoi ne pas crever de faim. Aussi, pour ne pas sentir la faim, je me couche. Je suis au lit vingt heures sur vingt-quatre. Quelle existence ! Tu serais bien édifiée. si tu me voyais après ma condamnation.
Comme de bien entendu, l’aumônier est venu 1me voir et m’a laissé de la lecture. Je suis en train de lire les Evangiles. Vois un peu si je me range. Ah si seulement j’avais mon tabac. Je pense que tu as continué. à le toucher, cela te servira à faire des échanges.
J’ai oublié de te dire que le jugement rendu par le tribunal doit être ratifié par le général en chef du Grand-Paris, qui examine en même temps le recours en grâce. Je pense que nous aurons sa réponse dans le courant de la semaine prochaine, et tu dois penser ce qu’elle sera, surtout que nous avons été condamnés le jour même où ils, annonçaient leur défaite de Stalingrad. Ils n’étaient pas d’humeur à la clémence.
LUNDI - J’ai été., dans une rage folle toute la journée, je réclamais à chaque occasion, du papier et de l’encre, et on ne m’apportait rien. Ce n’est qu’à cinq heures que j’ai pu écrire. Ma lettre est partie à neuf heures pour aller à la censure au tribunal. Le sergent m’assura que cela, ne demande pas beaucoup plus de vingt-quatre heures
Je renais à l’espoir de te voir et d’avoir mon colis. Quelle joie, si j’ai ce bonheur ! J’attends. vendredi avec impatience en m’efforçant de refroidir mon enthousiasme, car je serais terriblement déçu si je ne te voyais pas. Si seulement on m’en laisse le temps, car en ce moment j’ai l’impression de faire une course contre la montre...
Dans la nuit de mardi, on est venu chercher un copain qui, était dans mon cas. Cela faisait trois semaines qu’il était condamné, mais sa ratification de jugement est allée à Berlin. Enfin, j’en suis à me demander comme dans la chanson : « C’est-y pour ce soir, c’est-y pour demain ! » Et cela ne me coupe pas l’appétit. Au moins, en France, un condamné à mort mange à volonté. On a assez de cassements de tête sans encore être torturé par la faim.
Demain jeudi, cela fera une semaine. L’interprète m’a dit que cela demandait une quinzaine, mais le soldat qui figurait l’avocat disait six à sept jours. Qu’ils me laissent aù moins te voir. Mais j’ai tellement la poisse en ce moment...
JEUDI ’- J’ai constaté cette nuit et aujourd’hui, une plus grande surveillance. Pourvu qu’on me laisse attendre ta visite... .
VENDREDI - Et voilà le vendredi passé. Je n’aurai même pas eu le réconfort de ta visite, ni consolation d’une cigarette à fumer... Tant pis ...
DIMANCHE - Aujourd’hui, je viens bavarder un peu avec toi. Nous sommes le 14. Cela fait. quatre mois que je suis arrêté. Je revis ce jour et les derniers moments passés près de toi. Depuis quelque temps, j’avais le pressentiment qu’il allait m’arriver
une tuile.
Quand Mario me parlait de la fête de Thérèse, je lui disais que je ne savait pas ce qui se passerait d’ici là. Tu vois, je le sentais. Et pourquoi ne pas le dire aujourd’hui ? J’ai le grand espoir de te revoir. Cela fait dix jours que je suis condamné et je ne sais toujours rien. C’est peut-être à tort que l’espoir me revient...
J’ai presque la certitude d’avoir de tes nouvelles cette semaine. Visite ou colis ou, mieux, les deux. Pourvu que je ne sois pas encore déçu.
R. H.
[Robert Hamel a été fusillé le lendemain, sans revoir sa femme]

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24667, notice HAMEL Robert, Louis, Henri par Jean-Pierre Besse, Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 22 février 2009, dernière modification le 19 février 2017.

Par Jean-Pierre Besse, Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : DAVCC, Caen, 21P257610. – Arch. AVER (dossier MDN). – Arch. Nat., F60 1576/766. – Arch. PPo, BS2, Carton 14. – L’Éveil du 20e, 16 septembre 1945. – Lettres de Fusillés, 1946. — Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946.

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